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En aparté - Le Canada, Félix, les ours et la littérature

Jean-François Nadeau   16 février 2008  Livres
Le directeur de Charlie Hebdo, Philippe Val, expliquait à ses lecteurs, il y a quelques jours, qu'il connaît bien «le Canada». À preuve, voyez-vous, il y est déjà allé. Comme bien d'autres avant lui, il confond volontiers «le Canada» avec l'île de Montréal, mais bon...

Dans ses spectacles de faux chanteur, Val fredonnait jadis quelque chose qui se voulait un hommage à Félix Leclerc. Il préfère d'ailleurs encore notre bon vieux Félix au jeune Garou, avoue-t-il, puisque celui-ci «chante avec un ours dans la gorge, parce que là-bas il n'y a pas de chat». Personne n'en sera surpris: Val exècre aussi Céline Dion. Changera-t-il d'avis en lisant l'essai profond qu'entend lui consacrer Denise Bombardier, partie d'ailleurs ces jours-ci en Afrique du Sud sur la trace de son gibier de vedette?

Pour tout dire, le bavard directeur de Charlie Hebdo connaît aussi bien «le Canada» qu'il croit connaître Leibtniz et Spinoza, ces deux philosophes dont il saupoudre toujours allègrement ses éditoriaux pour parler de tout et de n'importe quoi.

Depuis les cimes de ses habituelles certitudes sur le monde, Philippe Val explique ainsi dans son canard parisien que le «gouvernement canadien a mis au point une sorte de système appelé "accommodement raisonnable"». Voulez-vous un exemple de ce que ces «accommodements» ont hélas permis au nom de l'affirmation du «racisme»? Val nous donne en pâture un fait que lui seul semble connaître. «L'année dernière, raconte-t-il, les religieux musulmans ont voulu exiger le port du voile pour les joueuses de hockey»!

Vous avez déjà entendu parler d'une équipe féminine de hockey qui voulait rendre le port du voile obligatoire en plus du casque à visière et des épaulettes? Cette équipe féminine, qui existe sûrement puisque Val en parle, joue-t-elle à l'aréna de Verdun ou à celui de Chicoutimi? Hélas, Val ne nous le dit pas...

Mais enfin, ce n'est rien de bien grave puisque pareille rigolade, qui se veut tout de même sérieuse, est signée Philippe Val. D'aussi loin que Paris, on voit souvent mal le détail. Normal. Excusons-le.

Du travail bâclé

Autrement plus sérieuse est la chronique très bâclée que signe cette semaine Pierre Assouline dans l'espace que lui réserve le site Internet du journal qu'est Le Monde. Sous l'habituel chapiteau de «La République des idées», Assouline reprend, dans un article intitulé «Tabarnak! et la littérature française?», les conjectures farfelues de Jacques Folch-Ribas et Lysiane Gagnon, deux chroniqueurs montréalais qui, eux, n'ont pas l'excuse de la distance pour se permettre de divaguer ainsi.

Sans rien vérifier, c'est-à-dire tout comme l'ont fait ses confrères montréalais, Assouline écrit ceci, qui résume assez le propos de nos deux gazetiers locaux: «Les autorités québécoises ont-elles sérieusement l'intention de bannir toute littérature française au profit exclusif de leur littérature nationale dans les programmes d'enseignement du secondaire? Déjà qu'elle a la portion congrue!»

Lysiane Gagnon et Folch-Ribas ont en effet laissé entendre que «le ministère de l'Éducation a fait parvenir aux enseignants un sondage» dont deux questions «laissent clairement supposer que l'on songe sérieusement, en haut lieu, à bannir complètement les cours de littérature française au profit de la littérature québécoise qui a déjà sa part du lion dans les programmes d'enseignement».

D'où sort cette histoire bourrée d'énormités? Le ministère aurait-il vraiment un programme caché? Ces supputations sont énoncées sur la seule base d'un simple sondage interne qui a plus ou moins circulé dans divers collèges.

Ce sondage n'est en fait qu'un simple questionnaire d'un «sous-comité des enseignantes et enseignants de français» qui fait poliment suite à une rencontre civilisée tenue le 14 mars 2007 entre certains professeurs et des représentants du monde de l'édition québécoise. Voilà pour le «haut lieu». On est fort loin ici, est-il besoin de le souligner, d'un simple embryon de mesure gouvernementale!

«Le sondage interne auquel les enseignants des départements de français du réseau collégial ont répondu provenait de moi», explique au téléphone la responsable du sous-comité en question, Marie Gagné. Ce document, purement consultatif, bien des professeurs de français affirment d'ailleurs ne l'avoir jamais vu! Le document avait tout au plus pour objectif de mieux cerner la position déjà établie par les professeurs à l'égard de leur enseignement de la littérature. Cet enseignement est justement centré sur la littérature française depuis plusieurs années, au contraire de ce qu'affirment les chroniqueurs de La Presse.

Qui parle par ailleurs de faire disparaître la littérature française de l'enseignement? Certainement pas l'Union des écrivains, ni même l'association des éditeurs.

Jamais l'Union des écrivains québécois, écrit sa vice-présidente, n'a «suggéré que l'on abandonne l'enseignement de la littérature française. Elle a simplement informé les professeurs de français, dans une lettre envoyée à tous les départements de lettres, en novembre dernier, de la possibilité qui s'offrait à eux d'inclure des oeuvres québécoises dans les quatre cours de littérature dispensés au collégial sur une période de deux ans.»

De son côté, le président de l'association des éditeurs, Gaston Bellemare, rappelle que, d'aussi loin qu'il s'en souvienne, «l'ANEL n'a jamais dit ni formulé l'hypothèse» avancée par Lysiane Gagnon, à savoir «d'exclure complètement la littérature des cours de niveau collégial».

Faut-il faire reproche au syndicat des écrivains ou à l'association des éditeurs de suggérer qu'on pourrait peut-être faire un peu mieux au collège pour la littérature québécoise? Est-il légitime de se soucier que les Aquin, Ferron, Blais, Miron, Hébert, Roy, Soucy et autres puissent aussi être connus des jeunes lecteurs? Une connaissance générale accrue de la littérature québécoise éviterait peut-être à Lysiane Gagnon elle-même de situer la parution d'Angéline de Montbrun de Laure Conan en 1848 plutôt qu'en 1881.

Lysiane Gagnon a tout faux lorsqu'elle affirme que la littérature québécoise a «déjà la part du lion dans les programmes d'enseignement». Une très forte majorité de collèges offrent deux cours de littérature française sur quatre, voire trois. Voltaire et Camus n'ont jamais été aussi lus au Québec! Pourtant, aucune directive du ministère ne les prescrit à titre de lectures obligatoires. Ce sont les départements des collèges qui ont choisi, de leur plein gré, cette répartition des corpus en penchant surtout en faveur de la littérature française. La majorité des élèves québécois passent donc en moyenne huit mois à étudier la littérature française et quatre seulement dans des ouvrages québécois. Nombre de profs de littérature des collèges sont pourtant membres de l'UNEQ, comme chacun le sait!

En un mot, personne ne remet en cause l'importance de cette acquisition d'une plus large culture qui intègre la littérature québécoise.

Mais comment fait-on aujourd'hui pour intéresser de jeunes collégiens, dont les aptitudes sont au demeurant très diverses, à un corpus littéraire commun, surtout lorsqu'ils sont souvent issus de plus de cent pays? Les taux d'échec sont élevés en littérature, si j'ai bien compris. Plusieurs collèges ont décidé en conséquence de ne plus essayer de couvrir l'ensemble de l'histoire littéraire française pour mieux se concentrer sur certaines périodes. Est-ce la bonne voie? Cela mérite certainement discussion. Nous avons déjà assez souffert des théoriciens patentés des facultés des «sciences de l'éducation» pour se donner la peine de mieux les surveiller.

Chose certaine, la littérature n'est pas passée sous le tapis dans les collèges. On le voit ne serait-ce que par l'enthousiasme que suscite depuis quelques années le Prix littéraire des collégiens.

La littérature est par contre de plus en plus abandonnée dans les médias. Si les chiens de garde du système d'éducation sont heureusement encore nombreux, où se trouvent ceux qui devraient rager de voir si peu d'attention accordée aux livres dans nos journaux de même que sur les ondes de nos radios et de nos télés?

jfnadeau@ledevoir.com






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  • Joseph Giguère
    Abonné
    samedi 16 février 2008 04h07
    Je ne me fie jamais à ce qu'écrit Lysianne Gagnon
    « Je ne me fie jamais à ce qu'écrit Lysianne Gagnon. J'ai trop souvent eu l'impression en la lisant qu'elle ne documente pas vraiment ses propos et que son émotion personnelle et ses préjugés intimes sont les paramètres déterminants de ses analyses. »

  • Jean Dunois
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 05h37
    L'Annihilation tranquille
    « L'Annihilation tranquille
    Jean Dunois, 16-02-2008

    Hélas, des énormités, et même souvent des inepties, c'est le lot continu de Mme Lysiane Gagnon au sein de ce groupe de Propaganda-Canada nommé « Gesca ». Il faut dire qu'elle est bien entourée avec les Alain Dubuc et les André Pratte, mais au sein également de cette armée de Pierre Jury de tous les « Droit » du conglomérat (près d'un million d'exemplaires quotidiens par le biais de 7 journaux, sans compter le site « Cyberpresse », largement consulté, ça finit par décerveler des peuples entiers...).

    Et « Télé-Québec » qui par surcroît leur offre une demi-heure hebdomadaire d'« information » ! Surréaliste.

    Et dire que Jean Charest, notre présumé premier ministre, passe actuellement la fin de semaine à Paris pour participer - sans gêne et sans réserve - à l'hommage rendu à Paul Desmarais (le grand patron de cette « Pravda » québécoise, « La Presse » en particulier) par nul autre que le président de la République française !

    Le chef de l'État du Québec qui s'empresse d'aller célébrer le grand Capital "canadien" en personne, et dont la grande Cause de sa vie aura été de s'opposer par tous les moyens à la Libération du peuple québécois.

    Il faut le faire. Il faut vraiment le faire...
    Non mais... je rêve. Pincez-moi quelqu'un.

    Cet homme qui nous fait office de Premier ministre est en soi une aberration politique. Et cette aberration révèle, ce me semble, la pathologie profonde - profonde et suicidaire - qui affecte le Québec de notre temps.

    Aussi je crois que tout est dit sur l'individu dans le très court texte suivant : www.soreltracy.com/liter/2004/avril/24av.html . Réflexion qu'il faudrait placarder dans toutes les salles de cours de Science Po (y compris, plus largement, pour celui de « Politique 101 » en milieu collégial).

    Et ce, afin de nous aider à sortir de notre inquiétant état collectif de prostration intellectuelle.

    Il y a des limites à l'indécence et au mépris de la fonction que vous incarnez, M. John James Charest. Mais visiblement elles vous échappent complètement.

    J'ai toujours pris garde d'éviter d'être happé par le mépris, monsieur. Mais face à tant de mépris de votre part à l'égard de votre propre fonction, comment le citoyen pourra-t-il désormais échapper, dites-moi monsieur le premier ministre, à un incommensurable mépris à l'égard de votre personne même ?

    Monsieur Charest, vous êtes vraiment - mais vraiment - un danger national.

    JD
    Un citoyen québécois qui a atteint ses limites à l'égard d'un régime ouvertement voué à l'annihilation tranquille »

  • henri gabrysz
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 17h51
    @joseph giguère
    « par contre vous vous fiez aveuglément à ce qu'écrit Denise Bombardier, hein!?

    ... ici je suis scandalisé du fait que Denise qui est payée pour écrire ses sottises, soit aussi payée pour voyager en afrique du sud, suivre céline »

  • l poisson
    Inscrit
    samedi 16 février 2008 23h32
    SCOOP: Le Québec: "Un jeune pays"... (Mme Lysianne Gagnon)
    « On imagine mal un ouvrage de la jeune maison d'éditions "La République des Idées" être grevé d'un tel manque de vérification. Mais il y a une différence entre un livre et un journal.

    Sous la plume de Pierre Assouline dans son carnet "La République des Livres", ça demeure néanmoins désolant.Un erratum suivra probablement, car il s'agit d'un écrivain foncièrement honnête.

    Pourquoi ne pas espérer la même chose du quotidien de la rue St-Jacques malgré "(...)les conjectures farfelues de Jacques Folch-Ribas et Lysiane Gagnon, deux chroniqueurs montréalais qui, eux, n'ont pas l'excuse de la distance pour se permettre de divaguer ainsi."? Si l'erreur est humaine, il y en a qui sont plus humaines que d'autres... et deux fois plutôt qu'une.

    Un journaliste a un certain devoir de vérification de l'exactitude factuelle des informations transmises. Mais dans le feu de l'action, il se glissera toujours un "Chicoutimi" au lieu de "Saguenay", n'est-ce pas ?

    Mais espérer d'une chroniqueuse chronique une quelconque admission d'un semblant d'erreur aussi flagrante que la date d'édition du roman de Laure Conan, c'est rêver en couleurs.
    Mme Gagnon dont le texte fait l'objet d'un hyperlien dans le texte de M. Assouline mentionne textuellement:

    "Un jeune pays doit enseigner sa littérature nationale, certes, mais pas seulement celle-là."

    Sans doute une déplorable faute de frappe !
    À moins qu'elle n'imite Me Guy Bertrand. Sans rien en dire à M. Pratte... Ne manquez pas la prochaine chronique de M. Alain Dubuc sur le sujet »

  • henri gabrysz
    Inscrit
    dimanche 17 février 2008 20h36
    je me réjouis
    « c'est assez réjouissant de voir et de surtout de lire les kystes qui se débattent comme des diables dans l'eau bénite »

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