Montréal dans tous ses rêves
C'est au tour de Montréal d'entrer dans l'éclairante et même brillante série «Le goût de» développée dans la collection «Le petit Mercure». La mécanique expressive a déjà célébré des dizaines de lieux magiques ou mythiques du monde, donné le goût de l'Afghanistan comme celui de Vienne. Le thé, les chats, le football — même la laideur — et d'autres plaisirs encore y sont passés.
La formule demeure toujours la même, celle d'extraits littéraires choisis et commentés par un auteur chargé d'inoculer l'agréable passion au futur visiteur comme à l'autochtone. Cette fois, la constitution et la présentation du florilège ont été confiées à la journaliste française Marie-Morgane Le Moël. La jeune femme a développé sa passion pour Montréal au moment d'un stage réalisé au Devoir il y a quelques étés. On retrouve sa trace comme correspondante du journal Le Monde en Australie.
Son goût de Montréal donc. La sélection variée va de Jacques Cartier à Alain Gerber, chroniqueur pour Radio-France, auteur, spécialiste du jazz, qui a consacré de très touchants textes à la métropole (Montréal Blues). Mme Le Moël a épluché les archives pour composer un bouquet bien balancé où se croisent André Major et Gabrielle Roy, Mordecaï Richler et André Duharme, Christian Mistral comme le baron de Coubertin. Tous les genres sont représentés, la poésie, la chanson, l'essai, le roman comme le récit de voyage.
Une digression éclairante sur le goût en question accompagne chacun des extraits. Quand le grand voyageur Stefan Zweig s'arrête ici en 1910, il reste admiratif devant la résistance linguistique des Canadiens français à Québec et remarque la suprématie de l'anglais dans la métropole. «Comment ne pas éprouver de l'estime devant cette admirable ténacité», commence son texte. Il note aussi que six millions de germanophones ont été «aspirés par l'Amérique et n'ont laissé pratiquement aucune trace».
Le commentaire de la journaliste-éditrice précise alors que les tensions linguistiques se sont énormément atténuées au Québec sans que les traces de division disparaissent totalement. «Ainsi le très chic Westmount, dans l'Ouest, avec ses somptueuses villas victoriennes, demeure incontestablement le quarter des anglophones aisés. Certaines citadelles restent imprenables... »
Au total, le petit ouvrage compose une très juste et très agréable introduction à la ville. Le Goût de Montréal donne le goût de Montréal. Pari bel et bien tenu, donc.
***
Le Goût de Montréal
Marie-Morgane Le Moël
Mercure de France
Paris, 2007, 140 pages
La formule demeure toujours la même, celle d'extraits littéraires choisis et commentés par un auteur chargé d'inoculer l'agréable passion au futur visiteur comme à l'autochtone. Cette fois, la constitution et la présentation du florilège ont été confiées à la journaliste française Marie-Morgane Le Moël. La jeune femme a développé sa passion pour Montréal au moment d'un stage réalisé au Devoir il y a quelques étés. On retrouve sa trace comme correspondante du journal Le Monde en Australie.
Son goût de Montréal donc. La sélection variée va de Jacques Cartier à Alain Gerber, chroniqueur pour Radio-France, auteur, spécialiste du jazz, qui a consacré de très touchants textes à la métropole (Montréal Blues). Mme Le Moël a épluché les archives pour composer un bouquet bien balancé où se croisent André Major et Gabrielle Roy, Mordecaï Richler et André Duharme, Christian Mistral comme le baron de Coubertin. Tous les genres sont représentés, la poésie, la chanson, l'essai, le roman comme le récit de voyage.
Une digression éclairante sur le goût en question accompagne chacun des extraits. Quand le grand voyageur Stefan Zweig s'arrête ici en 1910, il reste admiratif devant la résistance linguistique des Canadiens français à Québec et remarque la suprématie de l'anglais dans la métropole. «Comment ne pas éprouver de l'estime devant cette admirable ténacité», commence son texte. Il note aussi que six millions de germanophones ont été «aspirés par l'Amérique et n'ont laissé pratiquement aucune trace».
Le commentaire de la journaliste-éditrice précise alors que les tensions linguistiques se sont énormément atténuées au Québec sans que les traces de division disparaissent totalement. «Ainsi le très chic Westmount, dans l'Ouest, avec ses somptueuses villas victoriennes, demeure incontestablement le quarter des anglophones aisés. Certaines citadelles restent imprenables... »
Au total, le petit ouvrage compose une très juste et très agréable introduction à la ville. Le Goût de Montréal donne le goût de Montréal. Pari bel et bien tenu, donc.
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Le Goût de Montréal
Marie-Morgane Le Moël
Mercure de France
Paris, 2007, 140 pages
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