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Les colères d'un optimiste

Claude Lévesque   17 janvier 2008  Livres
Laïc mais défenseur d'un certain communautarisme, citant plus volontiers les prophètes que Voltaire, auteur de nombreux romans et essais, intellectuel engagé, fondateur de deux collèges universitaires en Russie quoique «n'ayant pas fréquenté l'école», Marek Halter n'est pas facile à cerner.

Son dernier ouvrage s'intitule Je me suis réveillé en colère (Robert Laffont, 2007). Relatant ses conversations avec un vieux juif religieux, place des Vosges à Paris, Marek Halter y critique le racisme, le terrorisme, «le chantage des écolos», les ratés de la construction européenne, pour ne mentionner que ces sujets.

Pourtant, le jeune homme de 71 ans que nous avons rencontré à Montréal un jour de tempête cette semaine n'avait pas l'air d'un homme en rogne. «Pour être en colère, il faut être optimiste, dit-il. Je ne parle pas des colères que vous ressentez contre vos proches, mais des colères universelles. Pourquoi crier contre tout le monde si vous savez d'avance que ça ne changera rien? Si vous le faites, c'est que vous savez quand même que ça peut faire bouger les choses.»

N'a-t-il pas déjà confié à l'hebdomadaire L'Express que l'espoir constitue son principal trait de caractère.

«Quand on sort d'où je sors et qu'on continue à se battre, c'est qu'on est vraiment optimiste», poursuit-il. Né dans une famille juive en Pologne en 1936, Marek Halter fuit le ghetto de Varsovie en 1940 et trouve bientôt refuge en Union soviétique, d'abord à Moscou, puis en Ouzbékistan, où Staline a envoyé un million de réfugiés, qui y deviennent des «sans-loi». Sa jeune soeur meurt de faim pendant cet exil. La famille retourne en Pologne en 1946 avant d'émigrer en France en 1950.

D'abord artiste-peintre, il ne devient écrivain qu'en 1976. Mais déjà, en 1967, il a fondé le Comité international pour une paix négociée au Proche-Orient. Son activisme le fait participer à plusieurs autres mouvements, qu'il a souvent aidé à fonder: SOS-Racisme, Comité Ingrid Betancourt, Ni putes ni soumises, un collectif de défense des droits des femmes né dans les banlieues parisiennes.

Quels enjeux le préoccupent au premier chef? «Deux sujets qui vont de pair et qui sont peut-être à la base de toutes les autres questions que je me pose dans ce livre, répond-il. Le rapport à la vie de nos contemporains et, bien sûr, les religions.»

Il conclut son ouvrage en exprimant sa «haine de la mort et de tous ceux qui se donnent le droit d'apporter la mort au nom d'un dieu qui ne leur a rien demandé». Et aussi «de ceux qui se donnent le droit de transformer la vie en monnaie d'échange», ajoute-t-il, en parlant des enlèvements en Colombie.

«Est-ce que la vie reste pour nous ce bien suprême? demande-t-il. Le reste-t-elle pour ceux qui croient que l'homme est fait à l'image de Dieu? C'est là qu'on arrive à la religion.»

Marek Halter se définit comme un laïc, «puisque je ne suis pas sûr que Dieu existe», lui dont la trilogie sur des femmes de la Bible juive (Sarah, Tsippora et Lilah), de même que le livre consacré à Marie, la mère de Jésus, viennent pourtant spontanément à l'esprit de nombreux lecteurs.

Paraphrasant Claudel, il dit: «Ce n'est pas ma faute si les religions existent. [...] Je ne peux pas faire semblant que cet élément-là n'est pas important, peut-être même crucial, dans l'analyse de la société.»

«Si j'étais religieux, je serais laïque parce que la laïcité est le seul moyen de garantir l'autonomie et la libre expression des religions. [Mais] si vous partez du principe que la religion doit gérer la vie quotidienne des individus, le pas suivant, c'est la guerre de religion», poursuit-il. Une guerre qu'il ne croit pas inéluctable malgré l'instrumentalisation du fait religieux, qu'il déplore.

Parlant du débat sur le foulard islamique, Marek Halter note: «En France, dès qu'il y a un problème, on fait comme un prestidigitateur, on sort une loi de notre chapeau.» Il croit que la France a abordé le problème de la mauvaise façon en interdisant le foulard dans les écoles: «Vous pouvez interdire à quelqu'un de porter une petite étoile de David ou un foulard. [...] Ou vous pouvez dire: tu mets les bijoux que tu veux, le couvre-chef que tu veux, mais tu dois respecter les lois de la République.»

Il évoque un débat qu'il a eu avec le penseur musulman Tarik Ramadan, au cours duquel il avait «curieusement défendu l'idée du droit aux communautés, au communautarisme, alors que lui était tout à fait contre. Je pars du principe qu'une société est faite de communautés. [...] Plus il y a de particularités et plus la société est riche [et] ouverte sur le monde.» Son vis-à-vis, soutient-il, «ne voulait pas que l'islam soit enfermé dans une communauté parce qu'il veut que [cette religion] prenne en main le destin de toute la société».

«Au début, quand je parlais de communautés, je paraissais obscurantiste puisqu'en France, on pense que les différences doivent disparaître au profit de l'homme universel. Or j'ai dit que l'homme universel est fait d'individus particuliers. Les gens se sont rendu compte qu'en défendant le particulier, je défendais l'universel, mais que lui, en ayant l'air de parler de l'universel, défendait les intérêts de l'islam.»

Proche-Orient

Sur le conflit israélo-palestinien, Marek note une «régression» depuis la poignée de main de 1993 entre Itzhak Rabin et Yasser Arafat, «le dernier grand dirigeant laïque palestinien».

«Saddate m'a dit un jour que la seule solution au conflit israélo-palestinien est le partage de la Palestine et que, pour y parvenir, il faut en écarter Dieu parce que, si on peut partager la terre, on ne peut pas partager Dieu», raconte-t-il.

Dans le quotidien Libération, M. Halter a écrit qu'il voyait un espoir après la récente conférence d'Annapolis, même si cet événement devait «se réduire à une photo». «Le fait de voir sur la même photo des gens qui se détestent [...] ne peut que faire réfléchir les gens simples qui se diront: merde, s'ils sont sur la même photo, pourquoi ne pourrions-nous pas aller plus loin?»

Marek Halter prépare actuellement deux autres livres sur les femmes marquantes de l'histoire du monothéisme: la reine de Saba et Khadija, la première femme de Mahomet.

Sur ce dernier sujet, il s'attend à des attaques dans le monde musulman. «Premièrement, ils penseront que c'est un blasphème pour un non-musulman, surtout pour un juif, de toucher à quelque chose d'aussi sacré. Deuxièmement, je m'attaquerai à quelque chose de fondamental. C'est que, d'après moi, sans Khadija il n'y aurait pas eu de Coran. [....] Alors, dire que c'est une femme qui est à l'origine de tout [paraîtra] doublement blasphématoire.»

Khadija, riche propriétaire d'une caravane, avait pris le futur prophète comme employé puis, impressionnée par ses «révélations» (orales parce qu'il ne savait pas écrire), lui avait proposé, outre le mariage, la possibilité de les dicter à une équipe de scribes.

Comme «parrain» du collectif Ni putes ni soumises, Marek Halter espère, grâce à cet ouvrage, aider les jeunes musulmanes à étoffer leur argumentaire: «Elles ont besoin de ces références tirées de leur propre culture pour dire à leurs frères: on a lu le Coran, relis-le, regarde cette sourate.»

Apprenant son projet, l'ambassadeur d'Iran à Paris a proposé à Marek Halter d'écrire aussi un livre sur Fatima, la fille de Mahomet et de Khadija, à l'origine avec son mari, l'imam Ali, de l'avènement du chiisme.

«Il a dit: "Si vous le voulez, on vous ouvre toutes les archives que nous avons sur Ali." Naïvement, j'ai dit que c'était intéressant, à condition qu'ils me fassent rencontrer le président Ahmadinejad. J'attends la réponse», relate Marek Halter, ajoutant: «L'idée de faire deux livres sur des femmes de l'islam, sur Khadija et sur sa fille, n'est pas idiote. Fatima était une combattante, ce qui n'a rien à voir avec la femme soumise telle qu'on la conçoit aujourd'hui dans le pays du golfe Persique.»






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  • Yvon Montoya
    Abonné
    jeudi 17 janvier 2008 07h38
    De Ira.
    « Marek Halter dans le monde comme citoyen du monde, Irshad Manji au Canada et musulmane citoyenne du monde, sont entre autres des personnes dignes d'intérêts. Cela fait du bien d'avoir cette « famille » comme complice de ce que l'on pense et ressent. Il n'y a que les personnes de bonne volonté qui compte. Merci pour cet article qui fait qui souffle un vent d'espoir. Quand on voit ce qu'est devenu l'être occidental, on ne peut qu'apprécier ces voyageurs. n acompagnement de cet article, il serait judicieux de relire le De Ira (de la colère) de Sénèque qui fut un texte fondateur de la pensée et de la sensibilité occidentale. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 17 janvier 2008 07h48
    Limites humaines
    « Voici un homme bourré de certitudes qui, en 1967, a fondé le Comité international pour une paix négociée au Proche-Orient. Ça fait maintenant 41 ans de ça et le guerre est toujours là et, malheureusement, il ne semble pas qu'elle prendra fin bientôt. M. Halter a peur de la disparition d'Israël mais semble moins s'en faire pour les souffrances des Palestiniens qui sont les grandes victimes des Israéliens si on y va par le nombre de morts et de déplacés dans des camps, de chaque côté.

    Une preuve de plus que tout homme, même entre les plus doués, n'est tout-puissant et parfaitement neutre. »

  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    jeudi 17 janvier 2008 08h46
    L'Homme s'oppose aux forces invisibles.
    « Comme il est intéressant ce Monsieur.

    Pour ceux et celles qui croient dur comme fer et se soumettent volontiers à leur dieu et à ce qu'il leur a dit de faire, ils verront enfin et comprendront la manipulation de leur pensée.

    L'amour dot servir les hommes et la haine doit le protéger contre les dieux. Seul l'homme vivant dans la chair peut être le libérateur de la conscience endormie.

    Valdor »

  • martin grenier
    Inscrit
    jeudi 17 janvier 2008 09h05
    L'ecrivin Halter
    « Je crois que Halter est un grand ecrivin je le li et c'est
    extra grenier.martin@videotron.ca »

  • Zach Gebello
    Inscrit
    jeudi 17 janvier 2008 09h19
    Un violon sur le toit.
    « Manque juste les violons en fond de trame!

    Non, bien franchement, ce Marek Halter ne m'inspire vraiment aucune confiance.

    J'ai écouté l'interview avec Christianne Charette et déjà la première partie m'a fait douter de l'honnêteté de cet "écrivain", puis au début de la deuxième partie au sujet des produits transgéniques ce fut trop pour moi pour continuer plus loin.

    Déjà au départ je me doutait de quelque-chose lorsque j'ai lu une citation de Halter qui dit : "C'est pourquoi j'ai décidé de réintroduire les femmes dans les textes fondateurs des trois religions monothéistes d'où elles étaient chassées..."

    Or, la femme, bien loin d'être chassée ou absente des trois religions "Abrahamiques"(bien plus que monothéistes), car elles sont essentiellement de la même souche (Abraham) donc du judaïsme, la femme donc est le point central et fondamental de la fonction première de ces "versions" (chrétienté et islam) du judaïsme qui n'est autre chose que le contrôle du mâle sur l'utérus afin d'assurer la filiation et donc la loyauté et reproduction du "clan" ou de la "tribu". Comment en effet évité le communautarisme avec des concepts racistes pareils ?

    Ensuite ce fut son détournement du sens de l'expression « On est des passeurs sur cette terre » qu'il a présenté à Charrette et Lépine comme sens du passant (celui qui passe son chemin) tandisque cette expression est un fondement du judaïsme et qui se veut le sens de "transmission" du "passeur", celui qui transmet (sa filiation biensûr mais aussi la traite "trade" en économie) grâce à son contrôle sur l'utérus et/ou les routes de traites.

    Puis ensuite son propos d'enlever Dieu entre les hommes dans les discussions des États Palestinien et Israelien lorsqu'on sait que le coeur du problème est l'insistance d'Israel de se vouloir un État religieux, juif et donc non-démocratique. Ce discours est l'extrême sionisme qui émerge actuellement pour faire du judaïsme une "religion non-religieuse" pour la rendre acceptable à un État. C'est à dire un judaïsme national ethnique pur (Juif majuscule).

    Et finalement les produits agricoles transgéniques dont il fait l'éloge et condamne José Bové parce que dit-il ces produits sont ainsi manipulés pour êtres résistants aux insectes et plus productifs afin de nourrir les pauvres d'Afrique et autres sentimentalités, lorsque nous savons très bien et Bové sait très bien aussi que ce n'est pas aux insectes que ces produits transgéniques sont rendus résistants mais aux insecticides qui sont pulvérisés pour combattre ces insectes et que c'est avec ces insecticides produits par ces mêmes multinationales qu'elles font leurs fortunes rendant les cultivateurs esclaves de leurs produits (semence résitante et insecticide) parce qu'ayant ainsi éliminé les variétés de semences locales (fruits d'un travail de croisement millénaire).

    Désolé, mais ce Marek me semble rien d'autre qu'un "passeur" pour tous les discours propagandistes en faveur des puissants lobbys sionistes Israeliens qui dominent l'Afrique depuis le début du 20e sciècle.

    Parcontre, ce qui était prometteur dans ce texte mais qui malheureusement (volontairement?) a été passé comme un coup de vent, est ce petit paragraphe ci:

    "Quand on sort d'où je sors et qu'on continue à se battre, c'est qu'on est vraiment optimiste», poursuit-il. Né dans une famille juive en Pologne en 1936, Marek Halter fuit le ghetto de Varsovie en 1940 et trouve bientôt refuge en Union soviétique, d'abord à Moscou, puis en Ouzbékistan, où Staline a envoyé un million de réfugiés, qui y deviennent des «sans-loi». Sa jeune soeur meurt de faim pendant cet exil. La famille retourne en Pologne en 1946 avant d'émigrer en France en 1950."

    Voilà qui est bien plus intéressant et absolument intrigant !

    Il fuit le ghetto de Varsovie en 1940. Voyez-vous çà ! Chef de famille à 4 ans ! C'est quand même assez unique!
    Il fuit en 40 pour trouver "refuge" en Union Soviétique, mais en 40 l'Union Soviétique et l'Allemagne sont alliés et se partagent la Pologne ! Ils ne sont pas ennemis ! Et de plus, Halter sort sans problème de la "partition" de la Pologne Soviétique à Moscou ! Aucun Polonais n'aurait été permis de sortir comme çà ! N'aurais même considérer le faire! Le seul endroit où les Polonais était "permis" d'aller étaient les goulags de Sibérie et certainement pas Moscou. Plus de 3 millions de Polonais furent ainsi envoyés dans les goulags. Halter, du jour au lendemain, n'était plus considéré Polonais et fut ensuite envoyé en tant que "réfugié" avec des millions d'autres juifs en Ouzbékistan ! Quel danger à Moscou obliga Staline à donner refuge aux juifs ? Aussitôt après la guerre, "la famille" retourne dans un Pologne occupée par L'Union Soviétique (abandonnée à son sort par les alliées). Encore une fois, même après 5 ans, "la famille" n'a aucun problème à "émigrer" de la Pologne "soviétique" comme s'ils n'étaient pas Polonais !

    Mais M. Halter préfère nous discourir sur les musulmans, les femmes de la bible et les environementalistes !

    Qu'il nous parle un peu plus de lui et sa famille au lieu des "autres". Nous sommes très, très, intéressés. »

  • karim boujrada
    Inscrit
    jeudi 17 janvier 2008 11h06
    De l'universalisme et du particularisme.
    « Décidement, ou bien mr Halter n'a rien compris aux propos du PR Ramadan ou bien il est de mauvaise foi. L'essence de ce que dit le professeur suisse est la suivante: si vous êtes musulman, vous devez mieux apprendre l'histoire, la culture et les institutions du pays ou vous vivez afin d'y participer et d'y contribuer pleinement et positivement, cela fait partie des enseignements de votre religion. Soyez fiers d'êtres musulman mais que cela ne vous empêche jamais de liers des contacts avec la majorité non-musulmane.

    Ou bien Ramadan est un communautariste et quand il se défend de l'être et appuie l'idée d'une identité citoyenne commune qui rassemble les différents croyants libres de conserver leur religion alors, ce n'est pas le communautarisme qu'il défend mais plutôt une volonté d'islamisation des institutions de la République qu'il entreprend. Je conseil une lecture attentive et non superficielle et biaisée des ouvrages du professeur Ramadan, car pour avoir lu ses ouvrages et assister à quelques conférences, cette pensée que mr Halter attribue au prof Ramadan est erronnée. Il s'agit d'un fantasme et d'une phobie mais jamais une position défendue par l'intellectuel suisse. Ces propos mensongers ressemble à de la calomnie mais bon...

    C'est volonté de conscientisation et de participation citoyenne du PR Ramadan est tenue suspecte peut importe ce qu'il dit ou fait car un musulman qui parle trop bien et qui refuse de cesser d'être musulman, ça fait peur.

    Quant aux livres sur le Prophète (PBSL) et ses compagnes, ils sont nombreux et une source riche d'enseignements éternels et valables pour tous les humains. Peu importe les motivations de l'auteur, si le travail est bien fait, tous le monde gagnera à la publication d'un tel ouvrage.

    Personne n'attaquera Halter pour un livre sur une épouse du prophète à moins bien sûr, si ce n'est pour calomnier les musulmans, ce qui est une activité particulièrement prisée en Europe et aux États-Unis ces dernières années. Il semble évident que mr a à coeur de vouloir faire la morale aux musulmans en utilisant leurs propres sources.

    Je ne m'y oppose d'aucune manière malgré l'arrogance du projet. Dieu dans le Coran exhorte Musulmans, Juifs et Chrétiens à faire la compétition pour les bonnes oeuvres...

    Bonne journée et
    meilleurs voeux. »

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