Les joueurs de piano
Photo : Pascal Ratthé
Fin décembre, Dany Laferrière dénonçait dans La Presse le «silence» des intellectuels québécois.
Il y a quelques années, j'étais devant un miroir chez mes bons amis du Centre visuel Duvernay et j'essayais une paire de lunettes, de petites lunettes rondes, à la John Lennon. J'ai secoué la tête, avant d'expliquer: «Je trouve qu'elles font un peu... trop... hum, un peu trop joueur de piano.» Je venais, sans trop m'en rendre compte, d'employer les mots exacts de la périphrase utilisée par Maurice Duplessis pour décrire les intellectuels. J'en rougis encore quand j'y repense; je revois la statue du grand homme de province dans le petit parc en face du Zénob à Trois-Rivières, où il est condamné à voir défiler tous ces poètes, et je me rappelle que je suis né dans un village tout pareil à Saint-Timothée-de-Hérouxville, dans le village voisin, en fait. J'ai vu le jour à dix kilomètres à vol d'oiseau de ce Hérouxville surnommé «Saint-Timothée-à-Marde» du temps de mes parents et qui ne sentait alors que le fumier. Aujourd'hui, c'est le monde entier qui se bouche le nez.
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