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Se publier envers et contre tous

Caroline Montpetit   12 janvier 2008  Livres
Finis les refus en série, l'humiliante lettre de l'éditeur signifiant que, malgré les qualités du manuscrit envoyé, il sera impossible de le publier.

Depuis longtemps déjà, Internet permet aux écrivains en herbe de faire profiter tout un chacun de leur art, ceci à travers les fanzines, des blogues ou autres sites autopubliés. Mais depuis quelques années, les possibilités d'auto-édition se sont diversifiées, et plusieurs sites professionnels entièrement consacrés à l'auto-édition ont été mis en ligne. Ces sites sont nombreux. En France, on trouve par exemple Éditez-vous, ILV éditions, InLibroVeritas, Je publie ou Publier mon livre, dont les conditions d'édition comme les frais liés à cette édition varient selon la formule proposée.

Avec des activités aux États-Unis, au Canada et en Europe, lulu.com est peut-être le plus performant de tous ces sites d'auto-édition. À travers ce site, fondé en 2002 par le Canadien Bob Young, les auteurs peuvent vendre leurs oeuvres en ligne sans en céder leurs droits et en récupérant 80 % des revenus de leurs ventes.

En 2006, lulu.com accueillait son millionième membre. Aujourd'hui, le site comprend entre un quart et un demi-million de livres à vendre sur son site et réunit quelque 1,3 million de membres. Ce sont autant d'acheteurs potentiels pour chacun des livres exposés en ligne.

S'il diffuse également des disques et des dvd, lulu.com se spécialise dans l'édition de livres. Il suffit donc, pour y figurer, d'y télécharger, sans frais, un livre numérisé. L'entreprise offre aux membres intéressés la possibilité d'accéder aux services d'un graphiste pour le dessin d'une page couverture ou de profiter des services d'un correcteur, moyennant rémunération. On peut aussi obtenir gratuitement une liste des noms des personnes susceptibles de faire mention du livre dans les médias. Enfin, lulu.com peut fournir, moyennant des frais de 99 $, un ISBN (pour International Standard Book Number), qui permettra à l'auteur d'accéder à des sites comme Amazon.com ou d'autres lieux de diffusion.

L'auteur fixe lui-même le prix de vente de son livre, et lulu.com, qui n'imprime les ouvrages que lorsque quelqu'un en fait la demande pour l'acheter, empoche 20 % de ce prix de vente. L'auteur peut décider de vendre des copies directement sur Internet, en format pdf. Pas d'invendus qui s'empilent dans le sous-sol, donc, et pas d'intermédiaires à payer.

Aucun contrôle de la qualité

Mais l'acheteur s'aventure sur lulu.com à ses risques et périls. Les livres publiés sur lulu.com ne sont en effet soumis à absolument aucun contrôle de la qualité.

«N'importe qui peut publier sur lulu.com, admet Gail Jordan, directrice des relations publiques pour l'entreprise. Cela veut dire qu'on n'a absolument aucune idée du contenu des livres qui se trouvent sur le site. Il peut y en avoir qui sont mal écrits, dont la grammaire est mauvaise, et d'autres qui sont tout simplement mauvais. Nous ne le savons pas parce que ce n'est pas nous qui publions les livres, ce sont les auteurs qui les publient.»

Généralement, un auteur diffusé sur lulu.com publie des essais et des livres pratiques, dont les sujets couvrent un spectre allant des techniques de travail sur bois aux réflexions sur la lecture de Hegel rédigées en portugais.

«La vaste majorité des auteurs qui publient chez nous ont été frustrés de recevoir des refus chez un ou des éditeurs», ajoute Mme Jordan. Parmi les livres qui se sont le mieux vendus sur le site de lulu.com, on trouve Finding the «Can» in Cancer, écrit par quatre survivants du cancer, qui fournit un soutien aux personnes atteintes de cette maladie à travers un mélange d'expériences personnelles et de conseils pratiques. Un autre succès de lulu.com s'intitule Des vies brisées, un recueil de témoignages de gens qui ont été victimes d'attentats, partout dans le monde. L'ouvrage est publié par S.O.S. attentats.

En général, cependant, les livres mis en ligne sur lulu.com se vendront en quelques exemplaires seulement. Dans un article intitulé «L'envol de l'auto-édition», publié dans le magazine français MicroActuel en décembre dernier, on établissait à 12 le nombre d'auteurs vivant de leur plume grâce à lulu.com. Si l'on regarde le phénomène de l'auto-édition en général, on estime que, «dans leur grande majorité, les auteurs proposant leurs oeuvres en ligne ne vendent jamais plus que quelques dizaines d'exemplaires», lit-on encore dans cet article.

«Peut-être, reconnaît Gail Jordan, mais les auteurs qui s'auto-éditent ne cherchent pas nécessairement à gagner beaucoup d'argent. Il y a des gens qui vivent bien mais qui veulent publier, un point c'est tout.»

La compagnie Lulu, pour sa part, a doublé son chiffre d'affaires chaque année depuis sa fondation en 2002. Avec une centaine d'employés, elle oeuvre aux États-Unis, au Canada et en Europe, particulièrement en France. «Les affaires vont bien», reconnaît Gail Jordan. Interrogé par le magazine MicroActuel, Bob Young fait quant à lui état d'un chiffre d'affaires de 25 millions pour 100 employés, un chiffre qui devrait atteindre 40 millions en 2008. «Nous imprimons environ 300 à 400 oeuvres par semaine en France, dit-il. À l'échelle mondiale, le site reçoit 100 000 visiteurs par jour.»

Selon M. Young, lulu.com pourrait être utilisé par des éditeurs qui ne souhaitent pas engager beaucoup de frais de réimpression pour un ouvrage encore en demande. Mme Jordan estime quant à elle que l'auto-édition en ligne ne fera pas disparaître le métier d'éditeur traditionnel mais qu'il devrait en modifier la donne à long terme.

«Les auteurs vont vouloir de meilleurs contrats d'édition et ils vont vouloir avoir plus de contrôle sur leur produit», croit-elle.






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  • nicole ouellet
    Inscrite
    samedi 12 janvier 2008 10h44
    L'ostracisme et la fin des temps
    « Merci à lulu.com. Combien d'auteurs se sont vus refusés leurs textes parce que non politiquement corrects ou qui entravaient un monopole gouvernemental ou un monopole commercial.
    Voilà la façon de contourner les lignes protectionnistes que se sont donnés tous les monopolisants.
    Qui a dit " que toutes les vérités seraient révélées" Eh bien voilà l'organe clé. »

  • Serge-André Guay
    Inscrit
    jeudi 23 juillet 2009 12h54
    L'écrivain et historien québécois Léandre Bergeron victime d'une fraude sur le site américain d'autoédition LULU.COM
    « Une recherche effectuée par la Fondation littéraire Fleur de Lys révèle que l'écrivain québécois Léandre Bergeron, également dramaturge, historien, linguiste et scénariste, est victime d'une fraude grotesque sur le site américain d'autoédition Lulu.com. La fraude est l'oeuvre d'un dénommé «Mohamed Anouar Brahim» originaire de la Tunisie. Le fraudeur a publié deux de ses oeuvres sous le nom «Léandre Bergeron». Toute l'enquête sur le site de la Fondation littéraire Fleur de Lys à cette adresse :

    http://manuscritdepot.com/internet-litteraire/actualite.282.htm »

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