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Centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir - Une révolution signée Beauvoir

Caroline Montpetit   25 septembre 2009 06h36  Livres
Elle a eu ses succès, ses critiques. Elle a bousculé des dogmes, fait plein usage de sa liberté, profondément modifié la perception que les femmes avaient d’elles-mêmes et de leurs possibilités. Avec son compagnon de toujours, Jean-Paul Sartre, elle a fait de l’engagement politique une priorité. Il y a bientôt cent ans, soit le 9 janvier 1908, naissait, à quatre heures du matin, boulevard de Montparnasse, à Paris, une petite fille nommée Simone de Beauvoir, qui sera ensuite affectueusement surnommée le Castor. Aujourd’hui encore, son oeuvre, et particulièrement son essai controversé, Le Deuxième Sexe, publié en 1949, proposant une lecture radicalement nouvelle de la condition de la femme, est une référence dans le monde des idées.

«On ne naît pas femme, on le devient.» C’est l’une des citations les plus connues de Beauvoir, qui disait d’ailleurs que sa mère lui répétait volontiers, lorsqu’elle était enfant: «Une jeune fille a deux amies, sa mère et son aiguille.» Cette citation illustre bien le propos du Deuxième Sexe, qui analyse en profondeur les fondements historiques et sociaux de la condition féminine. Pour mener son analyse, la femme de lettres n’a reculé devant aucun tabou. Après avoir dressé un triste tableau du destin féminin, que la femme aborde «blessée, inquiète, coupable», Beauvoir aborde sans détour le thème de la sexualité, dans laquelle la femme se soumet souvent, en premier lieu, aux diktats masculins, définissant d’abord et avant tout l’érotisme à travers le regard mâle.

«Et c’est souvent au moment où elles cessent d’être désirables que les femmes, enfin entraînées par un long apprentissage, se décident à assumer leurs désirs», écrit Françoise d’Eaubonne, amie de Beauvoir, qui analyse son oeuvre dans l’ouvrage Une femme nommée Castor, mon amie, aux Éditions Encre.

À une époque où le mouvement féministe est encore pratiquement inexistant, Simone de Beauvoir s’attaque à l’institution du mariage, survivance des sociétés patriarcales, défend l’homosexualité, qui n’est, dit-elle, pas plus «une perversion délibérée qu’une malédiction fatale», et défendra aussi plus tard intensément le droit à l’avortement.
Faut-il s’étonner que, dès sa parution, Le Deuxième Sexe ait été mis à l’index par le clergé québécois et qu’il le soit demeuré jusqu’en 1960?

Un impact énorme
On trouve d’ailleurs aujourd’hui sur YouTube une entrevue de 40 minutes menée le 13 novembre 1959 par Wilfrid Lemoine avec la sulfureuse Simone de Beauvoir. Au cours de cette entrevue, Simone de Beauvoir explique la pensée existentialiste qu’elle partage avec Jean-Paul Sartre. Elle dénonce le mariage obligatoire, qui, lorsque les conjoints ne partagent plus rien «dans leur coeur ou dans leur chair», lui semble «dégoûtant» et proche de «la prostitution». Elle y affirme aussi n’avoir aucune raison de croire en Dieu. À l’époque, l’entrevue a été censurée par la direction de Radio-Canada, sous les pressions de l’archevêché, et n’a pas été diffusée au moment de son enregistrement. En fait, la diffusion de l’entrevue n’a été programmée qu’au moment de la mort de Beauvoir, en avril 1986. Mais elle a finalement été bousculée par les éliminatoires de hockey, et le public québécois n’a pu en voir alors qu’un extrait.

On le sait, le mouvement féministe a pourtant, malgré tout, trouvé au Québec, sans doute plus qu’en France, un terreau propice à son épanouissement. Et il y a ici, à Montréal, un Institut Simone de Beauvoir, fondé à l’université Concordia en 1978 avec la bénédiction de l’intéressée, consacré à l’étude et à l’enseignement de la condition féminine et du rapport entre les sexes, ainsi qu’à l’éducation populaire, au soutien de groupes de femmes et de groupes communautaires.

«Son impact est absolument énorme, dit Viviane Namaste, directrice par intérim de l’institut. Dans les universités, les gens lisaient son travail [...] mais aussi suivaient ses actions politiques. Simone de Beauvoir n’était pas seulement une théoricienne dans sa tour d’ivoire. C’est quelqu’un qui voulait changer le monde en même temps.»

Dans l’entrevue accordée à Wilfrid Lemoine en 1959, Beauvoir explique très clairement la position existentialiste. «Nous sommes souvent près du communisme, souvent assez loin», dit-elle, précisant que ce sont là par ailleurs deux approches matérialistes de la vie, qui refusent la métaphysique. Les existentialistes s’intéressent à la nécessité pour l’homme d’assouvir ses besoins.

«Mon devoir d’intellectuelle est de protester contre tout ce qui opprime l’homme», dit-elle, citant au premier chef la guerre d’Algérie, qui fait rage à cette époque et à laquelle elle s’oppose farouchement.
Selon Viviane Namaste, Simone de Beauvoir avait ainsi une profonde conscience de l’autre, et cette approche serait utile aujourd’hui, en ces temps de débats sur les accommodements raisonnables et le port du voile, notamment en France. Selon Louise Dupré, écrivaine, professeure de littérature à l’Université du Québec à Montréal et membre de l’Institut de recherches et d’études féministes, l’oeuvre de fiction de Simone de Beauvoir, moins connue que ses essais, est également appelée à rester.

«Ce que j’aime beaucoup chez elle et qui m’a influencée, c’est que, si elle est aussi une théoricienne, dans son oeuvre de fiction elle n’a jamais voulu défendre ses idées. Elle n’a pas mis en scène des militantes héroïques. Elle disait que, si la littérature doit être engagée, elle ne doit pas être militante», dit-elle.

Le premier roman de Simone de Beauvoir, L’Invitée, est paru en 1943. Beauvoir a par ailleurs remporté le prix Goncourt en 1954 pour son roman Les Mandarins. Son oeuvre autobiographique, qui regroupe plusieurs ouvrages, à partir des Mémoires d’une jeune fille rangée, est imposante. À l’occasion du centenaire de la naissance de Simone de Beauvoir, les Éditions Taillandier ont fait paraître cet automne un recueil d’essais intitulé Beauvoir dans tous ses états, d’Ingrid Galster. On y interroge notamment sa relation avec Sartre, ses activités controversées sous l’Occupation et sa réception posthume. Plus tard cette année, les Éditions Gallimard feront paraître L’Existentialisme et la sagesse des nations, de Simone de Beauvoir, ainsi que ses Cahiers de jeunesse. Danielle Sallenave signera par ailleurs un livre sur l’intellectuelle intitulé Castor de guerre.






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  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    vendredi 4 janvier 2008 23h26
    Humaniste plus que féministe
    « Un de mes frères a rencontré Simone de Beauvoir chez elle à Paris en 1969. Il faisait à ce moment-là un doctorat sur «La mort dans l'oeuvre de Simone de Beauvoir». Ce que cette grande écrivaine lui confia alors se retrouve en d'autres termes dans une déclaration de Viviane Namaste citée ici par Caroline Montpetit : «Elle n'a pas mis en scène des militantes héroïques. Elle disait que, si la littérature doit être engagée, elle ne doit pas être militante».

    Dans l'entrevue qu'elle accorda à mon frère, Beauvoir trouvait que les féministes américaines exagéraient passablement et qu'elles étaient en train d'émasculer leurs hommes à la maison, de sorte que ceux-ci devenaient agressifs et guerriers en affaires comme en politique. Son constat de 1969 s'avère très juste aujourd'hui à la lumière du rôle joué dans le monde par les USA, surtout depuis les présidences de George W. Bush.

    La lucidité de cette femme remarquable donnait parfois froid dans le dos. Son livre intitulé «La vieillesse» est tout sauf reposant pour quiconque veut aborder positivement la psychologie du vieillissement. Mais l'ensemble de son oeuvre, tout comme son action d'ailleurs, permet de classer cette philosophe du vingtième siècle comme grande humaniste, davantage que féministe, possiblement plus complète que son compagnon Sartre. Plus complète parce que moins théorique et surtout plus cordiale que le grand philosophe existentialiste. Elle était peut-être aussi athée que lui, mais elle avait une sorte de spontanéité généreuse qui faisait d'elle, d'une certaine façon, une disciple du Christ dans sa dimension d'amour des autres. Le centenaire de la naissance de cette femme exceptionnelle est donc une date importante de l'histoire de l'humanité. »

  • Micheline Carrier
    Inscrite
    samedi 5 janvier 2008 14h05
    Le féminisme est étranger à G. W. Bush
    « «Dans l'entrevue qu'elle accorda à mon frère, Beauvoir trouvait que les féministes américaines exagéraient passablement et qu'elles étaient en train d'émasculer leurs hommes à la maison, de sorte que ceux-ci devenaient agressifs et guerriers en affaires comme en politique. Son constat de 1969 s'avère très juste aujourd'hui à la lumière du rôle joué dans le monde par les USA, surtout depuis les présidences de George W. Bush. »

    Je suppose, M. Audet, que vous ne rendez pas les féministes américaines responsables des instincts guerriers de George W. Bush. Ces instincts guerriers semblent hérités bien plus de l'homme de Cro- Magnon que des luttes féministes. D'ailleurs, les comportements violents des hommes dépendent d'eux et s'ils réagissent mal au féminisme parce qu'il réclame l'égalité des sexes, le problème est en eux, pas dans le féminisme. L'égalité fait perdre des privilèges et certains s'accrochent à leurs privilèges au point d'utiliser la violence pour la protéger.

    Micheline Carrier »

  • Jean-Pierre Audet
    Abonné
    samedi 5 janvier 2008 17h14
    Les parole de Simone de Beauvoir
    « Puisque vous me faites l'insigne honneur de vous adresser à moi directement, Madame Carrier, il me fait plaisir de vous redire que ce sont là les paroles mêmes de Madame de Beauvoir. Le lien que je fais ensuite de s'adresse pas au seul Bush, mais à un ensemble de comportements typiquement américains dans le reste du monde, comportements de conquérants agressifs dont je ne crois pas avoir besoin de vous rappeler les plus que nombreux exemples.

    Pour ce qui est de ma propre position, j'ai toujours supporté la cause des femmes ici au Québec, étant abonné à la Gazette des femmes depuis ses tout débuts. Mais ma véritable compassion va pour ces femmes d'ailleurs traitées d'une façon abominable non seulement par les hommes chefs de famille, mais aussi par les grand-mères qui croient devoir perpétuer une tradition qui ne relève d'ailleurs pas de la seule religion musulmane. Quand les femmes auront conquis l'égalité partout dans le monde, c'est toute l'humanité qui en sortira gagnante. Les femmes ont raison de ne pas cesser la lutte pour l'égalité, même chez nous. Et les hommes devront apprendre à les aimer égales, sans pour autant renoncer à leur propre fierté. Personne n'est gagnant à quelque guerre que ce soit. »

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