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Biographie - Léandre Bergeron rêve à l'ADQ...

Michel Lapierre   29 décembre 2007  Livres
À première vue, on ne pouvait imaginer deux frères plus ennemis que Léandre Bergeron, défenseur d'une «langue québécoise» incluant volontiers ce que les bonzes appelaient le joual, et Henri Bergeron, incarnation du français châtié de Radio-Canada. À la fin des années 1950, Henri effleurait de son poing le visage de Léandre. «Il voulait, raconte ce dernier, me casser la gueule et, en même temps, c'était une caresse.»

En rupture avec le catholicisme familial, Léandre, le païen avoué, horrifiait son frère mais stimulait leur affection mutuelle. «Henri a toujours eu une grande ambiguïté à mon égard. Il était jaloux de moi, de ce que je faisais et, en même temps, il était contre», déclare celui qui, lors de sa rencontre dramatique avec Henri à Montréal, était sur le point d'aller étudier en France pour y préparer une thèse de doctorat sur Paul Valéry...

C'était avant que Léandre ne devienne célèbre en publiant le Petit Manuel d'histoire du Québec (1970), best-seller vendu, paraît-il, à plus de 125 000 exemplaires, et le Dictionnaire de la langue québécoise (1980). À l'auteur de ces deux ouvrages fracassants, Sylvain Rivière, fidèle transcripteur, emprunte, dans Léandre Bergeron, né en exil, les mots d'une singulière confession qui commence ainsi: «Je suis né en exil, ailleurs, en pays étranger à moi-même et aux autres.»

Fils d'une mère d'origine auvergnate et d'un père qui avait des racines québécoises à Saint-Charles-de-Mandeville, au nord de Joliette, le héros du livre a vu le jour en 1933 à Saint-Lupicin au Manitoba dans une famille pauvre d'une minorité francophone condamnée, selon lui, à l'assimilation. Établi au Québec dès 1964, il y trouve une patrie, devient indépendantiste et, comme il l'avoue lui-même, s'identifie, selon l'air du temps, au quidam qui se veut un «marxiste primaire».

Mais Bergeron précise: «Je ne me suis jamais senti marxiste comme tel.» Le vulgarisateur sans pareil réinterprète l'histoire du Québec sans professer une foi politique inébranlable. Il se définit d'abord comme «un grand naïf».

Par-dessus tout, la naïveté le lie au peuple qu'il considère comme son seul guide. Elle lui permet l'indépendance d'esprit et la désinvolture. Il se félicite de voir que son Petit Manuel d'histoire du Québec est même publié chapitre par chapitre dans Photo-Police!

En 1975, il renonce à sa carrière de professeur d'université pour s'installer sur une ferme en Abitibi, région qui lui rappelle le paysage manitobain. Sa réhabilitation de la langue populaire québécoise s'inscrit dans une recherche de la pauvreté volontaire.

«Du regard de l'autre, je me contresaintciboirise...», affirme le païen. Pourtant, sa mère très catholique quitte l'Ouest canadien pour finir ses jours auprès de lui en Abitibi. Sur le lit mortuaire, on étendra la paysanne revêtue de la bure du tiers ordre franciscain.

Chez Bergeron, l'amour de la pauvreté nourrit le traditionalisme, le ruralisme et le misérabilisme. Aussi le champion de la boulangerie artisanale, déçu par les tracasseries gouvernementales, se rapproche-t-il d'idées politiques navrantes qui rappellent celles de son éditeur et ami Victor-Lévy Beaulieu.

Mario Dumont ne déplaît pas au partisan de l'autarcie régionale. «L'ADQ, c'est, dit Bergeron, le discours de droite qu'on entend aux États-Unis depuis 20 ans, qui veut réduire le rôle de l'État. Là-dessus, je ne peux pas être en désaccord.»

L'attitude équivoque qu'Henri Bergeron, ce prince chaleureux du conformisme, adoptait, il y a un demi-siècle, à l'égard de son frère frondeur exprimait on ne peut mieux la terrible vérité qui habite Léandre Bergeron: les hommes nés dans la pauvreté détiennent le secret de l'émotion révolutionnaire mais restent souvent incapables de conceptualiser la révolution.

***

LÉANDRE BERGERON, NÉ EN EXIL

Sylvain Rivière, Éditions Trois-Pistoles, Notre-Dame-des-Neiges, 2007, 352 pages






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  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 29 décembre 2007 16h54
    Contempler la révolution
    « « ...les hommes nés dans la pauvreté détiennent le secret de l'émotion révolutionnaire mais restent souvent incapables de conceptualiser la révolution ». écrit Michel Lapierre. Les Québécois ont franchi un pas de plus. Ils ont conceptualisé la révolution. Mais ils ont figé dans l'admiration de leur concept, victimes de "L'essentiel, c'est le ciel !"
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

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