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Essais québécois - FDD en guerre contre la guerre

Louis Cornellier   15 décembre 2007  Livres
Si vous êtes favorable à l'intervention armée du Canada en Afghanistan, lire L'Éthique du vampire ébranlera vos convictions. Rédigé avec clarté, intelligence et ferveur, cet essai du politologue Francis Dupuis-Déri (FDD) met à mal l'argumentation visant à justifier la présence militaire occidentale en Afghanistan et dénonce avec force l'hypocrisie des élites américaines et canadiennes dans ce dossier. À la fois informée et polémique, la charge porte.

Depuis le début de ce conflit, j'ai entretenu des sentiments ambivalents quant à la pertinence de cette intervention militaire. Renverser les talibans, me disais-je, ne pouvait être mauvais, mais était-ce à nous de le faire et fallait-il procéder en mode guerrier, avec toutes les conséquences tragiques que cela entraîne inévitablement? À la lumière de l'histoire afghane s'ajoutait une autre interrogation qui contribuait à mon ambivalence: cette entreprise avait-elle une chance de réussir?

Les cent premières pages du livre de FDD, je dois l'avouer, m'ont presque convaincu de l'injustice et de la folie d'une telle intervention. Elles montrent à quel point les justifications avancées par les États-Unis, et reprises par le Canada, en faveur de cette guerre relèvent d'une propagande mensongère.

De 1978 à 1992, les Soviétiques ont occupé l'Afghanistan. Ils prétendaient y être, à l'invitation d'un gouvernement légitime, pour «stabiliser» et «reconstruire» le pays et pour défendre les femmes menacées par les intégristes islamistes. FDD précise que, selon lui, un des objectifs de cette intervention, qu'il qualifie d'impérialiste, «consistait à endiguer l'influence de l'islamisme à la suite de la révolution islamiste d'Iran de 1979». Il n'empêche que les droits des femmes, durant cette période, ont été réellement promus.

Que faisaient, pendant ce temps, les États-Unis? Ils qualifiaient cette invasion de «plus grande menace pour la paix dans le monde depuis la Deuxième Guerre mondiale» et finançaient les rebelles opposés aux marxistes à coup de milliards. «La CIA, affirme FDD, dirigea délibérément son aide financière et militaire vers les groupes les plus religieux, orthodoxes et dogmatiques.» Les médias occidentaux, ajoute-t-il, vantaient alors les vertus du commandant Massoud, un chef de guerre «qui se battait contre la laïcité et le progressisme depuis 1973» (une affirmation que conteste Bernard-Henri Lévy depuis des années). En 1992, devant ces forces insurrectionnelles appuyées par l'Occident, les Soviétiques abdiquaient.

En rappelant cette histoire, FDD ne veut surtout pas prendre parti pour l'occupation soviétique. Il veut simplement montrer que l'actuelle propagande américaine, reprise de la propagande soviétique de l'époque, est en contradiction totale avec les agissements du gouvernement américain, qui se soucie comme d'une guigne de la démocratie et des droits de la femme. Non seulement a-t-il alors appuyé les forces les plus réactionnaires du pays, mais il s'est aussi réjoui, en 1995, de la victoire des talibans à la suite d'une guerre civile. Une seule boussole, donc, le guide: son intérêt.

On pourrait, bien sûr, moyennant un certain cynisme, s'accommoder stratégiquement de la poursuite de cet intérêt s'il en résultait des bénéfices pour les populations concernées. Or, selon FDD, ce n'est pas le cas du tout dans cette guerre qui punit «par le feu et l'acier» l'ensemble de la population afghane «pour les attentats du 11 septembre 2001, planifiés hors de l'Afghanistan et perpétrés par une vingtaine d'individus originaires en majorité d'Arabie saoudite et d'Égypte, deux pays dirigés par des alliés des États-Unis». De plus, «composé de tortionnaires et d'assassins corrompus», l'État dirigé

par Hamid Karzaï ne brille ni par sa légitimité démocratique ni par son appui réel aux droits

des femmes.

Le Warfare State

Dans une moindre mesure, les États occidentaux sont aussi affectés par cette guerre. Celle-ci, en effet, permet de justifier le passage du «Welfare State» au «Warfare State». Ces États, qui prônent la réduction des dépenses gouvernementales, disposent soudainement de sommes astronomiques à investir dans la guerre. Les États-Unis, par exemple, ont englouti plus de 700 milliards de dollars en Irak et en Afghanistan depuis 2001! La contribution canadienne atteint au moins 10 milliards. «Quel investissement excessif de fonds publics, s'exclame avec raison FDD, pour un État dont le discours économique reprend généralement les poncifs néolibéraux les plus classiques pour justifier des coupes dans les dépenses publiques destinées aux services sociaux!» De qui, en effet, se moque-t-on?

Y avait-il, cela étant, autre chose à faire après les événements du 11 septembre 2001? FDD évoque une sorte de nouveau plan Marshall, destiné aux pays pauvres et conditionnel à certains choix politiques et économiques. Solution partiellement impérialiste, mais au moins un peu soucieuse de justice internationale. Il évoque, aussi, l'action d'une police internationale qui aurait ciblé seulement les terroristes potentiels plutôt que des populations entières. Il finit, néanmoins, par adhérer à la conclusion de Jean Bricmont: «Il serait beaucoup plus réaliste d'admettre que nous n'avons pas de solution aux problèmes des autres et que, par conséquent, nous ferions mieux de ne pas nous mêler de leurs affaires.» Le problème, c'est que, dans le dossier du terrorisme international, «leurs» affaires sont un peu les affaires de tous, non?

Cette conclusion fournit un exemple de ce qui déçoit dans cet ouvrage. FDD ne s'en cache pas: il est anarchiste. Cela signifie, pour lui, «prendre le parti des faibles contre les forts» (quitte à donner un appui «stratégique» et douteux à un Hezbollah, qu'il critique par ailleurs), être attaché aux principes de liberté, d'égalité et de solidarité et rejeter l'État, de même que son armée, puisque celle-ci est inégalitaire, même en démocratie.

Cette dernière conviction m'apparaît franchement naïve. Dans un monde idéal, bien sûr, l'institution militaire appartiendrait au passé. Or ce monde, on le sait bien, n'existe pas. Aussi, les armées existent. Souhaiter, dans ces conditions, qu'elles fonctionnent au mépris d'une certaine logique hiérarchique apparaît comme un non-sens. Pour contredire cette évidence, FDD donne l'exemple d'un groupe d'activistes qui est parvenu à organiser une manif antimilitariste en fonctionnant sans chef, selon un «mode d'organisation anarchiste». Ils étaient vingt! Comment croire, sauf à rêver solide comme on dit, qu'une armée d'État puisse fonctionner selon ces préceptes? Ce type d'affirmation affecte la crédibilité du militant, pourtant si efficace dans la critique du discours officiel sur la guerre.

Ne serait-ce que pour la pertinence de cette critique, cela dit, cet ouvrage doit être lu. Pour le reste — que faire? —, ce plaidoyer anarchiste ne nous sera pas d'un grand secours.

louisco@sympatico.ca

***

L'éthique du vampire

De la guerre d'Afghanistan et quelques horreurs du temps présent

Francis Dupuis-Déri

Lux

Montréal, 2007, 384 pages
 
 
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  • NOrmand Beaudet
    Inscrit
    lundi 3 mars 2008 23h17
    La mission militaire en Afghanistan, pour les nuls.
    Pourquoi le Canada est-il en Afghanistan?
    Le Canada est en Afghanistan pour compenser son refus de participer à la mission américaine en Irak.

    Pourquoi les États-Unis sont-ils en Afghanistan?
    L'Afghanistan est en Asie Centrale, à proximité de la Russie, de la Chine et de l'Inde. A proximité de trois pays du BRIC, qui sont le centre de la croissance économique mondiale pour les prochaines décennies.

    Pourquoi spécifiquement l'Afghanistan?
    C'est la frontière Est de l'ennemi numéro 1 des américains depuis les trente dernières années, l'Iran. C'est le passage obligé pour les ressources gazières et pétrolières de la mer Caspienne, vers la Chine et l'Inde. La Russie, la Chine et surtout l'Iran ne doivent pas prendre le contrôle de cette région.

    Mais nous aidons tout de même le peuple Afghan...
    Rien à voir avec le peuple. Nous aidons à mettre en place un régime politique qui sera sympathique aux intérêts économiques de nos grandes entreprises. Depuis quand le Canada dépense-t-il 100 millions de dollars par mois pour aider un peuple? Comment une occupation militaire, qui dure depuis 5 ans maintenant et durera encore longtemps, pourrait-elle aider une population qui souffre de la guerre depuis des décennies?

    C'est tout de même une mission multinationale???
    En fait, c'est une mission militaire américaine, soutenu par l'OTAN, une Alliance militaire qui oblige les pays membres à assister un autre pays membre attaqué. Le commandant suprême des opérations militaires de cette Alliance, depuis sa création à la fin de la Seconde guerre mondiale, a toujours été un général américain. Les États-Unis ont affirmés être attaqués le 11 septembre 2001.

    Voyons, le 11 septembre 2001, les États-Unis ont véritablement été attaqués!
    Oui, mais pas par un autre État. Al-Qaida est une organisation terroriste qui avait déjà ciblé les États-Unis à plusieurs reprises auparavant, par des attentats à l'explosif en mer et en territoire africain. La différence c'est que là, ils l'ont fait en territoire américain.

    Les États-Unis devaient donc se défendre...
    Le rapport du Congrès publié cet été sur les événements nous éclaire à ce sujet. Les services secrets savaient que les terroristes allaient frapper aux Etats-Unis, on apprends que certains terroristes impliqués étaient connus et suivis. La CIA aurait curieusement cafouillée... Les services de renseignements militaires savaient aussi qu'un attentat se préparait, mais ils auraient, eux aussi, étrangement, minimisé la menace. Les États-Unis voulaient eux, depuis longtemps, en découdre avec le régime Taliban. On sait maintenant que ce monstrueux désastre a été très utile pour forcer l'ONU à légitimer le renversement du régime Taliban. La légitime défense d'un État membre. Aussi, il a aidé à forcer les pays de l'OTAN à s'impliquer, l'assistance à un allié agressé. Il ne restait qu'à imposer le gouvernement Karsaï.

    Ils ont fait exprès???
    Non! Pas pour que les tours jumelles tombent. Ils s'attendaient vraisemblablement à pouvoir contrôler un scénario à l'explosif similaire aux attentats du passé. Ils n'avaient pas porté attention au scénario de détournement d'avions de ligne. Ils ont été éberlués, pris par surprise par la créativité morbide des terroristes et par le fait de n'avoir eu aucune indication sur l'ampleur du désastre qui se préparait. Le rapport dit vrai, les bonnes informations n'ont pas été considérées et la menace a été minimisée. Ce qu'on ne dit pas, c'est qu'un attentat, d'une ampleur raisonnable, faisait l'affaire de certains. On parlerait ainsi d'un catastrophique aveuglement tactic, quelque peu volontaire.

    Les alliés participent tout de même à la mission.
    Disons, diplomatiquement, que les pays européens se sentent plutôt coincés. Le colonialisme n'a pas bonne presse en Europe. Envoyer des soldats se battre outre-mer, sous les ordres d'un général américain est très mal vu. Comme on peut le constater, on ne se bouscule pas pour aller combattre dans le Sud. Il semble que tout cela ne soit une qu'entreprise bien anglo-saxonne, comme le sont les puissances qui contrôlent la distribution pétrolière et gazière mondiales.

    On ne peut tout de même pas abandonner la population Afghane.
    La seule voie responsable est d'exiger, comme c'est la tradition canadienne, que les militaires soient envoyés dans un cadre international comme Casques bleus. Mais ni la Chine, ni la Russie qui siègent au Conseil de sécurité, ne vont accepter. Lors d'un retrait immédiat, la population afghane ne sera pas abandonnée à son sort. L'Iran, la Russie, la Chine, l'Inde et surtout le Pakistan veulent tous jouer un rôle de premier plan dans le futur de ce pays d'une importance capitale pour l'avenir économique de l'Asie Centrale. Ils devront faire des compromis.

    Former l'Armée Nationale Afghane n'est-elle pas, en définitive, la vraie solution?
    Former et armer à coups de milliards une armée composée d'ethnies minoritaires, face à l'ethnie pachtoune majoritaire dans la région peut difficilement être une solution. Nous jouons aux «apprentis sorciers». Comment croire que les pachtounes joindront en masse cette armée, prétendument multiethnique, qui lutte contre ses propres séminaristes religieux, les talibans? Cela ressemble à une sinistre blague. Une sélection des combattants sur la langue parlée ne prouve quant à leur l'ethnie, le pachtou était obligatoire lors du régime taliban. C'est une recette pour les massacres et la guerre perpétuelle.

    Qu'y a-t-il de mauvais à vouloir positionner nos intérêts économique dans cette région?
    Il n'y a plus rien de démocratique et d'humanitaire dans l'exercice. Tout l'exercice devient un cynique, et sinistre jeu de pouvoir. Dans un contexte de réchauffement de la planète, nous aidons les Grandes pétrolières qui nous exploitent à ne pas perdre leur monopole sur les énergies fossiles. Nos soldats meurent en participant à une guerre et une occupation militaire pour des intérêts privés. Cette politique étrangère nous est imposée en utilisant une alliance militaire qui se veut exclusivement défensive, l'OTAN. L'assistance à la population ne devient qu'un accessoire pour masquer les vrais objectifs. Ceci explique la lenteur des développements, la croissance de la corruption et de l'économie des drogues. Si c'est cela le nouveau rôle du Canada dans le monde, nous perdons toute crédibilité international. Affirmons cette nouvelle réalité, et cessons de raconter n'importe quoi aux jeunes militaires qui s'enrôlent.

    Quelles sont les véritables conséquences de tout ça?
    Les puissances de l'Asie Centrale : la Russie, l'Inde, la Chine, le Pakistan et l'Iran, ainsi que plusieurs petits pays de la région, travaillent présentement à créer une nouvelle alliance militaire contre notre occupation. Son nom : l'Organisation de Coopération de Shangaï. Nous contribuons activement à créer une nouvelle guerre froide et à relancer une nouvelle course aux armements avec l'Asie.

    Qui profite de tout cela?
    Les grandes pétrolières, les marchands d'armes et les partis de droite qui agissent comme services de marketing pour ces grandes manoeuvres.

    Qui sont les victimes?
    En premier lieu la population afghane qui subit une autre guerre. Puis, il y a nos militaires et leurs familles, qui devraient à mon avis poursuivre le gouvernement pour fausse représentation ayant causé la mort. Et, finalement, il y a la destruction de l'idéal canadien. De pays démocratique, dévoué au service de la communauté internationale et leader des actions de maintien de la paix; nous devenons un servile défenseur de la domination pétrolière mondiale par sociétés privées qui contribuent à l'enrichissement économique de pays occidentaux, particulièrement les États-Unis et l'Angleterre.

    Normand Beaudet

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