Bédé - Gare à l'élixir du bon docteur Chou !
Revoilà Adèle. La Blanc-sec, comme disent les motocyclistes vengeurs Régis Fluet et Léon Dandelet, dit «le Dentiste», comme dit aussi Georgette Chevillard, héritière des boucheries Chevillard, qui lui voue une haine gratinée. Le commissaire Laumanne ne l'a jamais blairée non plus, la rousselée, mais depuis que les expériences du bon docteur Chou l'ont transformé en bête monstrueuse qui mange les gens tout crus (sauf les mains, parce qu'il y a «trop d'os»), il est moins taraudé par la fière romancière que par la faim. L'ex-soldat Brindavoine, lui, dit qu'il se fout d'elle (si secrètement amoureux qu'il l'ignore), ce qui ne l'empêche pas d'avoir des pustules plein le faciès et des langues qui lui sortent par les oreilles, rapport au sirop contre le rhume du bon docteur Chou avec lequel il croit se soigner et au pinard «mis en bouteille au château de Chou-sur-Loire», dont il abuse avec son copain Chalazion, celui qui sait tout sur les agissements douteux du bon docteur Chou en question.
«Oh non!», s'insurge Adèle Blanc-sec. «On ne va pas éternellement recommencer les mêmes bêtises!» Et pourtant si. C'est reparti comme en 98. Mais non, pas 1898: 1998. Date de parution du dernier volume des aventures d'Adèle Blanc-sec, par Jacques Tardi. Neuf ans d'écart, si je calcule bien, séparent donc cet épisode du précédent, Le Mystère des profondeurs. C'est long, neuf ans, en bédé. C'est long aussi pour un feuilleton, fût-il fantastique. Mais bon, Tardi n'en est jamais qu'à son neuvième Adèle en 31 ans, c'est dire s'il fait confiance à ses lecteurs, et vice-versa. De fait, les années d'attente sont effacées dès les fabuleuses premières planches de cette nouvelle équipée, telles que prépubliées dans L'Étrangleur, fascicule grand format, à la manière de la récente adaptation par le même Tardi du polar de Pierre Siniac, Le Secret de l'Étrangleur. C'est ainsi, à la grandeur des planches originales, sur l'épais papier des fascicules, plutôt que dans la version habituelle en album, que je vous souhaite de découvrir ce volet du plus formidable feuilleton fantastique de la bédé.
Comme d'habitude, comme quoi le temps n'y fait rien, on se retrouve en plein «feuillade» (c'est-à-dire en pleine ambiance de feuilleton des belles heures du cinéma muet), et les clins d'oeil à Judex, à Fantômas, à Irma Vep sont nombreux et jouissifs. Les références aux autres épisodes de la série sont également légion: Tardi s'amuse manifestement à renvoyer les lecteurs à leurs devoirs, ramenant au bercail toute une galerie de personnages plus louches et plus moches les uns que les autres, dont il s'ingénie à mêler les destinées. Si le fidèle d'Adèle renouera avec délectation avec cette confrérie du mal, et replongera volontiers dans ce Paris de 1923, aussi authentique dans ses façades qu'inquiétant dans ses recoins et sous-sols (ah! le Paris de Tardi!), le nouveau venu ne s'y sentira pas perdu. Toutes ces portes ouvertes sont néanmoins irrésistibles: les autres albums de la série attendent de l'autre côté, à découvrir
ou redécouvrir.
La porte est également ouverte sur un avenir que Tardi assure prochain. «Vous voulez connaître la suite?», fait-il dire au patron du troquet Chez Raoul, lui-même purulent de pustules: «Savoir si Chalazion et Brindavoine vont trouver l'antidote aux horreurs dont on est les pauvres victimes sans défense?» Pardi qu'on veut. «Eh bien, faudra attendre les petites fleurs, le printemps 2008 et L'Étrangleur n° 4... c'est comme ça!» Mais d'ici Le Bébé des Buttes-Chaumont, ça ne laisse jamais que quelques petits mois pour s'imprégner de ce chef-d'oeuvre à tiroirs. Après neuf ans, c'est tout juste si on s'impatientera.
Collaborateur du Devoir
***
ADÈLE BLANC-SEC
Tome 9: LE LABYRINTHE INFERNAL
Jacques Tardi
Casterman, 2007, en fascicules ou en album
«Oh non!», s'insurge Adèle Blanc-sec. «On ne va pas éternellement recommencer les mêmes bêtises!» Et pourtant si. C'est reparti comme en 98. Mais non, pas 1898: 1998. Date de parution du dernier volume des aventures d'Adèle Blanc-sec, par Jacques Tardi. Neuf ans d'écart, si je calcule bien, séparent donc cet épisode du précédent, Le Mystère des profondeurs. C'est long, neuf ans, en bédé. C'est long aussi pour un feuilleton, fût-il fantastique. Mais bon, Tardi n'en est jamais qu'à son neuvième Adèle en 31 ans, c'est dire s'il fait confiance à ses lecteurs, et vice-versa. De fait, les années d'attente sont effacées dès les fabuleuses premières planches de cette nouvelle équipée, telles que prépubliées dans L'Étrangleur, fascicule grand format, à la manière de la récente adaptation par le même Tardi du polar de Pierre Siniac, Le Secret de l'Étrangleur. C'est ainsi, à la grandeur des planches originales, sur l'épais papier des fascicules, plutôt que dans la version habituelle en album, que je vous souhaite de découvrir ce volet du plus formidable feuilleton fantastique de la bédé.
Comme d'habitude, comme quoi le temps n'y fait rien, on se retrouve en plein «feuillade» (c'est-à-dire en pleine ambiance de feuilleton des belles heures du cinéma muet), et les clins d'oeil à Judex, à Fantômas, à Irma Vep sont nombreux et jouissifs. Les références aux autres épisodes de la série sont également légion: Tardi s'amuse manifestement à renvoyer les lecteurs à leurs devoirs, ramenant au bercail toute une galerie de personnages plus louches et plus moches les uns que les autres, dont il s'ingénie à mêler les destinées. Si le fidèle d'Adèle renouera avec délectation avec cette confrérie du mal, et replongera volontiers dans ce Paris de 1923, aussi authentique dans ses façades qu'inquiétant dans ses recoins et sous-sols (ah! le Paris de Tardi!), le nouveau venu ne s'y sentira pas perdu. Toutes ces portes ouvertes sont néanmoins irrésistibles: les autres albums de la série attendent de l'autre côté, à découvrir
ou redécouvrir.
La porte est également ouverte sur un avenir que Tardi assure prochain. «Vous voulez connaître la suite?», fait-il dire au patron du troquet Chez Raoul, lui-même purulent de pustules: «Savoir si Chalazion et Brindavoine vont trouver l'antidote aux horreurs dont on est les pauvres victimes sans défense?» Pardi qu'on veut. «Eh bien, faudra attendre les petites fleurs, le printemps 2008 et L'Étrangleur n° 4... c'est comme ça!» Mais d'ici Le Bébé des Buttes-Chaumont, ça ne laisse jamais que quelques petits mois pour s'imprégner de ce chef-d'oeuvre à tiroirs. Après neuf ans, c'est tout juste si on s'impatientera.
Collaborateur du Devoir
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ADÈLE BLANC-SEC
Tome 9: LE LABYRINTHE INFERNAL
Jacques Tardi
Casterman, 2007, en fascicules ou en album
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