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Littérature anglaise - Un inédit de Katherine Mansfield

Odile Tremblay   17 novembre 2007  Livres
Un inédit de Katherine Mansfield constitue en soi un événement. Enfin, pas tout à fait inédit puisque, retrouvé en 1970, il avait déjà été publié en Grande-Bretagne. C'est du moins la toute première fois qu'une version française en est tirée. Juliet fut rédigé alors que l'auteure, qui voguait entre sa Nouvelle-Zélande natale (qu'elle ne devait jamais revoir) et Londres, avait à peine seize ans. Il constitue l'unique incursion dans le roman de celle qui s'est surtout fait connaître par ses nouvelles et son journal.

Les admirateurs — ils sont légion — de cette plume hypersensible, qui nous donna notamment les remarquables recueils La Garden-Party (en 1922) et Le Nid de colombes (en 1923), retrouveront la finesse de sa prose, ses doutes, sa mélancolie, l'acuité de son regard dans ce court roman de jeunesse, très collé à sa vie.

Rappelons que Katherine Mansfield est née à Wellington en 1888 dans un milieu rigide qu'elle reniait tout en puisant son inspiration à sa source. El-le mourut à Fontainebleau à 35 ans, au milieu des disciples du mage Gurdjieff, après avoir tenté de trouver un sens à sa vie et à sa mort.

Amie de D. H. Lawrence, de Virginia Woolf, elle avait mené à Londres une vie libre au sein de la bohème artistique, sa vraie famille.

Un roman inachevé

Juliet est un roman inachevé, laissé en plan par Mansfield, publié tel quel en anglais en 1970. Pour cette traduction française, toutefois, des chapitres ont été déplacés, afin de former un tout cohérent et de respecter la chronologie de événements. Certains passages sont des ébauches, d'autres très travaillés, mais sa voix unique parcourt le récit. L'art de tisser le réel et la fiction s'ébauche ici. Son amour de la musique (elle songea à embrasser une carrière de violoncelliste) éclate partout.

Juliet est le récit initiatique d'une jeune fille de la bourgeoisie néo-zélandaise qui s'amourache d'un violoncelliste, puis découvre Londres et la complexité des rapports humains, avant d'être emportée dans la fleur de l'âge par un mal fulgurant. Le dénouement préfigure la mort précoce de Mansfield, pourtant en pleine santé au moment de l'écriture de Juliet.

Il y a vraiment de jolies choses dans ce roman: comme la description de l'escalade d'une colline, tirée d'un rêve avec la chute au bout, celle de sa vie, sans doute: «Elle se trouvait au sommet de la montagne. Il n'y avait ni soleil ni bruit. Rien. Seulement le vent impétueux qui s'acharnait sur son visage et auquel elle pouvait difficilement résister. Elle tendit les bras pour s'accrocher à quelque chose, et tomba.»

Par-delà l'évolution de l'héroïne, et ses liens ardents ou ténus avec ses compagnons de parcours, la beauté de ses descriptions éclaire à tout moment sa prose. Katherine Mansfield, cette étoile filante des lettres, savait sentir et voir.

«Un sombre jour se terminait, écrit-elle. Londres était ensevelie sous la brume. Les rues étaient mouillées et la longue ligne des réverbères brillait d'une lueur qui les rendait pareils à de pâles fantômes d'eux-mêmes. Un fiacre, chargé de bagages, s'arrêta devant la porte d'une maison éminemment respectable.»

Mansfield a toujours l'air de rêver sa vie. Sa plume émerge d'un songe.

***

Juliet

Katherine Mansfield

Traduit par Henri Prémont et Marie Rivet

Préface de Marc Chaleil

Éditions de Paris

Paris, 2007, 92 pages






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