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Prix Robert-Cliche 2007 du premier roman - Stéphane Achille mêle naïveté et cynisme

Caroline Montpetit   10 novembre 2007  Livres
Le premier roman de Stéphane Achille est une fantaisie maîtrisée qui oppose l’individualisme marqué d’un jeune homme du Nord à l’idéalisme totalitaire et abusif d’un chef d’État autoproclamé du Sud.
Photo : Pascal Ratthé
Le premier roman de Stéphane Achille est une fantaisie maîtrisée qui oppose l’individualisme marqué d’un jeune homme du Nord à l’idéalisme totalitaire et abusif d’un chef d’État autoproclamé du Sud.
Son premier roman, qui a remporté le prix Robert-Cliche cette semaine, propose le voyage improbable d'un jeune musicien français frustré, sur les genoux du dictateur d'un obscur pays d'Amérique latine. Balade en train sur les genoux du dictateur, paru chez VLB, est une fantaisie maîtrisée qui oppose l'individualisme marqué d'un jeune homme du Nord à l'idéalisme totalitaire et abusif d'un chef d'État autoproclamé du Sud. Deux personnages qui ont plus en commun qu'il n'y paraît au départ. En entrevue, Stéphane Achille dit même que le dictateur va jusqu'au bout de ses idées, tandis que le musicien est freiné par son besoin de tout contrôler.

Stéphane Achille n'a pourtant jamais voyagé dans la contrée lointaine où il emmène son lecteur, et qui n'a d'ailleurs pas de nom, même si le dictateur qui la dirige a quelques traits en commun avec Fidel Castro, notamment la barbe et l'uniforme. En fait, c'est en rêve qu'il a fait connaissance avec ce dictateur «à la Castro», envers lequel, prisonnier, le narrateur éprouve un mélange de soumission et de dégoût. Dans ce rêve, le dictateur trimballait effectivement Achille sur ses genoux, pour qu'il le regarde faire des démonstrations de puissance, des exécutions.

«Quand j'ai fait ce rêve, dit-il en entrevue, j'ai su que cela illustrait mon rapport avec le pouvoir, qui est fait d'un sentiment double.» On pourrait d'ailleurs refermer ce livre en se demandant si le narrateur a rêvé ce séjour incroyable au cours duquel non seulement il a assisté à des assassinats, mais il en a même commis, et pas des moindres. Ce rapport ambivalent avec le pouvoir incarné par un dictateur n'est pas le seul trait de caractère que Stéphane Achille partage avec son narrateur.

Comme lui, Achille a autoproduit un disque, il y a quelques années, entreprise qui s'est soldée par un échec commercial et qui l'a laissé désabusé du monde de l'industrie de la musique. En ce sens, les premières pages de son roman sont de l'autofiction, admet-il, même si on bascule vite dans un monde totalement imaginaire. Plus tard, Stéphane Achille, dont on peut trouver la musique dans le site achillemusique.com, a décidé de lancer son deuxième disque directement dans Internet, pour éviter les coûts de distribution, de gravure, de pochettes, etc.

Mais, il le reconnaît lui-même, la littérature, qu'il a étudiée, lui a, à ce jour, donné plus de visibilité que la musique. En fait, Stéphane Achille a déjà remporté un concours universitaire, le concours universitaire de nouvelles Paul-Valéry, pour son texte Le Mur, lorsqu'il faisait une licence en lettres modernes à Montpellier, en 1997. Plus tard, il est arrivé cinquième pour le Prix du jeune écrivain, avec une nouvelle intitulée Le Chien et publiée au Mercure de France. Il a gagné le deuxième prix de la Maison de la culture des étudiants de l'UQAM en 1999 pour Les Chats, puis le sixième prix au concours Nouvelles fraîches pour Propos écrits recueillis à l'oreille. De retour au Québec, il a terminé un diplôme en traduction, un métier qu'il exerce aujourd'hui dans le monde de la finance, quand il n'est pas en pleine création.

***

Balade en train assis sur les genoux du dictateur

Stéphane Achille

Vlb éditeur

Montréal, 2007, 190 pages
 
 
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