Essai - Ovni soit qui mal y pense...
Photo : Agence Reuters
Des passants s’esclaffent devant des extraterrestres en styromousse exposés par un commerçant de Roswell, au Nouveau-Mexique, à l’occasion du congrès international d’ufologues qui s’y est tenu en juillet 1997.
Où sont passées les soucoupes volantes? Les observations diminuent, non? En tout cas, l'âge d'or de l'ufologie semble remisé dans le placard de l'histoire avec la guerre froide, les Nordiques, la coupe Longueuil et d'autres repères essentiels de notre modernité avancée.
En fait, les soucoupes sont toujours là, pour qui veut bien les voir. Dans Internet, par exemple, la grande toile alimentant encore et toujours le pire et le meilleur.
Mais est-ce la bonne question? L'univers porte en lui une indéniable espérance de vie. En douze ans, plus de 200 planètes ont été découvertes en dehors de notre système solaire. Il en reste des milliards à observer. Le bon sens statistique donne de sérieux espoirs aux exobiologistes de tomber un jour sur une espèce plus évoluée dont la vie n'oscillerait pas de l'insignifiance à l'ennui, entre une émission du Banquier et une virée de shopping à Burlington.
Bref, la question la plus intéressante consiste plutôt à se demander où sont ces autres êtres vivants. Le physicien Enrico Fermi résumait ainsi le paradoxe: si des extraterrestres existent, où sont-ils donc?
Beaucoup d'ufologues ont tranché cette bizarrerie en évoquant une large et pernicieuse théorie du complot. En gros, leur idée noire veut que les extraterrestres existent, qu'ils se manifestent à nous à travers les ovnis, mais surtout, surtout, que les autorités scientifiques, militaires et gouvernementales nous cachent cette vérité.
Le sociologue Pierre Lagrange, professeur à l'École des mines et spécialiste des marges parascientifiques (ufologie, parapsychologie, cryptozoologie), utilise cette riche et délirante matière à la X-Files pour tracer le portrait des jeux complexes opposant les méchants experts au bon peuple, la culture savante à la culture populaire, la raison à l'irrationnel, les experts aux ignorants. En utilisant la riche matière soucoupiste, son livre sérieux et critique (malgré sa couverture et son titre racoleurs) présente en somme un portait atypique de notre temps avec petits hommes verts.
Les trois premiers chapitres décrivent le développement des théories du complot, depuis les premières observations dans le désert américain après la Deuxième Guerre mondiale jusqu'aux rapports d'ingénieurs ou de militaires longtemps gardés secrets. Des questions ont effectivement été cachées, explique Lagrange. Seulement, «ce que les militaires US ont surtout caché, écrit-il, c'est leur incapacité à traiter un tel problème et leur ignorance».
La dernière partie plonge au coeur des catégories en jeu. Pierre Lagrange rappelle que les théories du complot sont légion et que chacun peut y succomber en écoutant le téléjournal. Tout en restant sceptique par rapport aux positions ufologiques, il demande donc de ne plus s'appuyer sur des termes de «Grand Partage» (moderne/primitif, civilisé/sauvage, scientifique/magique) pour opposer les aberrations ufologiques à une rhétorique scientifique. Cette position lui semble d'autant plus absurde que les savants eux-mêmes reprennent la même démarche manichéenne en jugeant le public trop immature pour être associé au débat et connaître la vérité sur les phénomènes observés.
«Ce qu'il y a à cacher est bien plus lourd de conséquences puisqu'il s'agit du mythe fondateur du monde moderne, écrit-il, l'existence d'une différence fondamentale entre la pensée scientifique occidentale et les autres formes de pensée, les autres cultures. Or la force de ce mythe est d'être défendu par ceux qui en sont les principales victimes.»
Cette très postmoderne logique débouche sur l'idée que les soucoupes constituent le problème scientifique et philosophique «le plus important du XXe siècle». Le lecteur n'est vraiment pas obligé de suivre le savant Lagrange sur ce terrain. De toute manière, son livre se défend très bien sans cette position et présente d'autant plus d'intérêt qu'il reproduit près de 150 pages de divers documents officiels, européens et américains, sur les ovnis.
***
OVNIS : ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez
Pierre Lagrange, Presses du Châtelet, 369 pages
En fait, les soucoupes sont toujours là, pour qui veut bien les voir. Dans Internet, par exemple, la grande toile alimentant encore et toujours le pire et le meilleur.
Mais est-ce la bonne question? L'univers porte en lui une indéniable espérance de vie. En douze ans, plus de 200 planètes ont été découvertes en dehors de notre système solaire. Il en reste des milliards à observer. Le bon sens statistique donne de sérieux espoirs aux exobiologistes de tomber un jour sur une espèce plus évoluée dont la vie n'oscillerait pas de l'insignifiance à l'ennui, entre une émission du Banquier et une virée de shopping à Burlington.
Bref, la question la plus intéressante consiste plutôt à se demander où sont ces autres êtres vivants. Le physicien Enrico Fermi résumait ainsi le paradoxe: si des extraterrestres existent, où sont-ils donc?
Beaucoup d'ufologues ont tranché cette bizarrerie en évoquant une large et pernicieuse théorie du complot. En gros, leur idée noire veut que les extraterrestres existent, qu'ils se manifestent à nous à travers les ovnis, mais surtout, surtout, que les autorités scientifiques, militaires et gouvernementales nous cachent cette vérité.
Le sociologue Pierre Lagrange, professeur à l'École des mines et spécialiste des marges parascientifiques (ufologie, parapsychologie, cryptozoologie), utilise cette riche et délirante matière à la X-Files pour tracer le portrait des jeux complexes opposant les méchants experts au bon peuple, la culture savante à la culture populaire, la raison à l'irrationnel, les experts aux ignorants. En utilisant la riche matière soucoupiste, son livre sérieux et critique (malgré sa couverture et son titre racoleurs) présente en somme un portait atypique de notre temps avec petits hommes verts.
Les trois premiers chapitres décrivent le développement des théories du complot, depuis les premières observations dans le désert américain après la Deuxième Guerre mondiale jusqu'aux rapports d'ingénieurs ou de militaires longtemps gardés secrets. Des questions ont effectivement été cachées, explique Lagrange. Seulement, «ce que les militaires US ont surtout caché, écrit-il, c'est leur incapacité à traiter un tel problème et leur ignorance».
La dernière partie plonge au coeur des catégories en jeu. Pierre Lagrange rappelle que les théories du complot sont légion et que chacun peut y succomber en écoutant le téléjournal. Tout en restant sceptique par rapport aux positions ufologiques, il demande donc de ne plus s'appuyer sur des termes de «Grand Partage» (moderne/primitif, civilisé/sauvage, scientifique/magique) pour opposer les aberrations ufologiques à une rhétorique scientifique. Cette position lui semble d'autant plus absurde que les savants eux-mêmes reprennent la même démarche manichéenne en jugeant le public trop immature pour être associé au débat et connaître la vérité sur les phénomènes observés.
«Ce qu'il y a à cacher est bien plus lourd de conséquences puisqu'il s'agit du mythe fondateur du monde moderne, écrit-il, l'existence d'une différence fondamentale entre la pensée scientifique occidentale et les autres formes de pensée, les autres cultures. Or la force de ce mythe est d'être défendu par ceux qui en sont les principales victimes.»
Cette très postmoderne logique débouche sur l'idée que les soucoupes constituent le problème scientifique et philosophique «le plus important du XXe siècle». Le lecteur n'est vraiment pas obligé de suivre le savant Lagrange sur ce terrain. De toute manière, son livre se défend très bien sans cette position et présente d'autant plus d'intérêt qu'il reproduit près de 150 pages de divers documents officiels, européens et américains, sur les ovnis.
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OVNIS : ce qu'ils ne veulent pas que vous sachiez
Pierre Lagrange, Presses du Châtelet, 369 pages
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