vendredi 27 novembre 2009 Dernière mise à jour 15h45


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le Nobel pour une femme libre

Caroline Montpetit   12 octobre 2007  Livres
«J’aurai eu ainsi tous les prix en Europe, vraiment tous. Je suis ravie de faire le grand chelem. C’est la quinte royale», a déclaré hier Doris Lessing.
Photo : Agence Reuters
«J’aurai eu ainsi tous les prix en Europe, vraiment tous. Je suis ravie de faire le grand chelem. C’est la quinte royale», a déclaré hier Doris Lessing.
Elle a embrassé toutes les causes mais les a tenues en respect avec autant de vigueur. Doris Lessing, proclamée hier Prix Nobel de littérature 2007, sera bien restée libre toute sa vie. À la veille de ses 88 ans, elle est l'écrivain le plus âgé à être récompensé du prix Nobel. Mais qu'importe, elle en paraît dix de moins.

Hier, ce sont les journalistes qui lui ont appris la joyeuse nouvelle, à sa maison de Londres, puisque la vénérable institution suédoise n'avait pas réussi à entrer en contact avec la romancière, sortie plus tôt pour faire des courses. Lessing, qui n'a pas la langue dans sa poche, en a profité pour raconter qu'un proche du comité Nobel lui avait prédit, il y a quelques années, qu'elle ne serait jamais lauréate du prestigieux prix. Peut-être la trouvait-on trop libre, voire trop insolente. La voilà satisfaite et vengée de cet oiseau de mauvais augure... «J'aurai eu ainsi tous les prix en Europe, vraiment tous. Je suis ravie de faire le grand chelem. C'est la quinte royale», a-t-elle dit, affirmant à la blague qu'elle va ainsi «commencer à gagner de l'argent».

Il faut dire que la romancière n'a jamais cessé d'être une critique avertie de la société. Consacrée bien malgré elle icône du mouvement féministe après la publication du Carnet d'or, en 1962, elle prend désormais ses distances par rapport à ce mouvement dont elle n'a jamais été militante, déclarant même que «les femmes sont devenues horribles avec les hommes». «Après avoir fait une révolution, disait-elle dans le journal Le Monde en septembre 2001, beaucoup de femmes se sont fourvoyées, n'ont en fait rien compris. Par dogmatisme. Par absence d'analyse historique. Par renoncement à la pensée. Par manque dramatique d'humour.»

Au moment de la publication du Carnet d'or, Doris Lessing avait été critiquée comme étant «antiféminine» puisque son héroïne tentait de vivre avec la liberté d'un homme. La société d'alors, disait-elle, semblait bien étonnée d'apprendre ce que bien des femmes sentaient et pensaient tout bas. Aujourd'hui, elle dit ne pas aimer les années 60 et regrette que le mouvement féministe se soit alors attardé «à causer et à former des groupes». «J'appelle cela de la gesticulation. L'idéologie et la politique [...] ont fait perdre de vue ses objectifs [au mouvement féministe].» Elle dit d'ailleurs que la technologie, la pilule contraceptive et les appareils ménagers ont «fait beaucoup plus pour la libération de la femme que les idéologues».

Onzième Nobel féminin

Doris Lessing n'est cependant que la onzième femme à recevoir le prix Nobel de littérature, une institution pourtant fondée en 1906 et dont on dit qu'il s'agit d'une récompense plus politique que littéraire. Au moment de la désigner comme lauréate de cette récompense d'environ un million d'euros, le comité Nobel a décrit Doris Lessing comme «la conteuse épique de l'expérience féminine, qui, avec scepticisme, ardeur et force visionnaire, scrute une civilisation divisée».

Doris Lessing a aussi pris ses distances envers le communisme dès 1956, elle qui avait pourtant déjà été membre du Parti communiste anglais. Aujourd'hui, elle dit pourtant que c'est un mouvement qu'elle n'a pas renié, qui était porteur autant d'idéalisme que des horreurs que l'on sait. Dans les années 50 encore, elle est devenue persona non grata en Afrique du Sud, où vivent actuellement sa fille et ses petits-enfants, et en Rhodésie, l'ancien Zimbabwe, d'où elle vient. C'est que dans ses livres, elle a dénoncé la présence coloniale, la dépossession des Noirs par les Blancs et l'apartheid. En fait, l'Afrique, avec ses iniquités et ses injustices, habite tout son oeuvre, largement autobiographique.

Née en 1919 en Iran de parents britanniques mais ayant grandi en Rhodésie, la jeune Doris Lessing a quitté l'école à l'âge de 13 ans. Outre la nature, qu'elle explore avec son frère, c'est dans les livres, importés de Londres, qu'elle trouve refuge. Son père, militaire handicapé, est marqué par la guerre. «Nous sommes tous des produits de la guerre, dira-t-elle plus tard. Nous sommes tordus et pervertis par la guerre, mais nous l'avons oublié.» Dans son dernier roman, Un enfant de l'amour, reviendra ce père silencieux et détruit à jamais.

À 15 ans, Doris Lessing, en conflit avec sa mère, quitte le domicile familial. C'est une fois en Grande-Bretagne, mère de trois enfants et deux fois divorcée, qu'elle publie son premier roman, Vaincue par la brousse. Elle n'a pas cessé de publier par la suite, notamment Les Enfants de la violence, dans lequel est mis en scène l'éveil de la conscience d'une jeune femme, et aussi Dans ma peau, une autobiographie. Son dernier roman, Un enfant de l'amour, vient d'être traduit en français chez Flammarion. On y retrouve encore le thème des classes et de la condition sociale. Doris Lessing affirme toutefois ne pas vouloir faire de politique dans ses livres mais tenter, tout simplement, d'écrire des romans.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • jacques noel
    Inscrit
    vendredi 12 octobre 2007 07h49
    Femme, féministe, communiste et tiers-mondiste
    « Le kit complet quoi.

    A part Dany Laferrière, quelqu'un dans la salle qui l'a lu?

    Avec Gore, qui obtient le Nobel de la Paix, on ne peut pas dire que c'est un grand crû st'année! »

  • Claude Boucher
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 08h18
    Correction
    « Ce n'est pas en 1906, mais en 1901 que le prix Nobel de littérature fut décerné pour la première fois. À Sully Prudhomme, un poète mineur aujourd'hui oublié. Ce n'était pas une décision très heureuse, alors que le jury avait sous la main Tolstoï et Zola. En revanche, j'approuve sans restrictions le choix qu'on a fait de Doris Lessing. »

  • Françoise Crassard
    Inscrite
    vendredi 12 octobre 2007 12h19
    Réponse à Jacques Noel
    « Monsieur,

    Votre réaction m'a laissée perplexe! Elle semble prétendre en fait que puisque VOUS n'avez pas lu les livres de Doris Lessing, celle-ci n'a pas droit au Prix Nobel qui vient de lui être décerné ni plus, ni moins. Je vous invite à lire ses livres avant d'émettre un pareil jugement et nous en reparlerons!

    Bonne journée. »

  • Micheline Bonneau
    Abonnée
    vendredi 12 octobre 2007 13h36
    Féminsme et devenir personnel
    « Le féminisme a permis à Madame Lessing de devenir ce qu'elle est devenue, ne lui en déplaise!
    Le féminisme n'est pas une affaire personnelle: c'est un mouvement social qui a tranformé profondément la société en combattant justement des institutions qui soutenaint que la place des femmes devait être gouvernée par le patrarcat et ses appareils, dont les églises qui empêchaient les femmes de décider elles-mêmes de quelle façcon elle désiraient disposer de leur corps et non la percée technologique des compagnies pharmaceutiques!
    Madame Lessing est une libre penseuse; l'être et s'en réclamer comme elle l'a fait toute sa vie, à son époque, est une attitude que l'on ne peut qualifir objjectivement que de féministe; même si elle s'est parfois refusée de s'identifier aux luttes idéologiques collectives issues de mouvement des femmes, c'est notamment grâce à ces luttes et à celles qui les ont soutenues qu'elle doit la reconnaissance dont elle fut et est encore aujourd'hui l'objet.....ne lui en déplaise! Libre à elle ne pas saluer les femmes qui l'ont reconnue! »

  • Micheline Bonneau
    Abonnée
    vendredi 12 octobre 2007 13h37
    Féminisme et devenir personnel
    « SVP: signer l'article Micheline Bonneau »

  • François Caron
    Abonné
    vendredi 12 octobre 2007 14h26
    Pas de prix Nobel pour Jacques Noël...
    « Mr Jacques Noël sait écrire... mais sait-il lire ?

    Et si oui, a-t'il le bagage intellectuel pour analyser et comprendre des pensées et des situations complexes, et non des idées reçues de droite hermétiques comme un Tupperware et d'extrême-immobilisme restituées sans forme ni fondement ?

    Lire sa prose, ainsi que celle d'autres blogueurs à la pensée tout aussi profondément courte, y répond amplement.

    Modérateur, où es-tu ?

    P.S.: À la question qui vous taraude: Non, je ne l'ai pas lue, mais j'ai un préjugé extrêmement favorable à la Femme-Féministe-Communiste-Tiers-Mondiste-Altermondialiste-Humaniste qui fait avancer le Monde, la Vie et l'Humanité, que vous ne semblez pas être, manifestement. »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 votes
 
Pour en savoir plus
Article
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres

Articles les plus commentés

Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009