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    Marie Laberge ou la vie en sursis

    6 octobre 2007 |Caroline Montpetit | Livres
    Photo: Jacques Nadeau
    Enfant, elle se racontait des histoires au cours de la promenade qui la menait de l'école à la maison et de la maison à l'école, quatre fois par jour. Marie Laberge a grandi dans les livres, elle dont le père était professeur de grec et de latin. Depuis, elle n'a pas cessé d'entretenir une imagination qui a nourri toute son oeuvre: 22 pièces de théâtre, neuf romans, dont le petit dernier, Sans rien ni personne, paru chez Boréal, sort cette semaine en librairie.

    Sans rien ni personne est un roman policier, ce qui est par ailleurs une première pour Marie Laberge, qui a connu un succès inespéré (quelque 500 000 exemplaires vendus) avec sa dernière trilogie romanesque Le Goût du bonheur. Écrire un polar, cela voulait dire, pour Marie Laberge, connaître, dès le départ, la solution à l'énigme qui était posée, soit en l'occurrence, le meurtre inexpliqué d'une femme en train d'accoucher.

    «Je me suis rendu compte que j'étais beaucoup plus libre que je pensais», dit à ce sujet celle qui écrit méthodiquement, de 3h45 du matin à environ midi, au bord de la mer, en Nouvelle-Angleterre, pour voir tous les jours le soleil se lever sur le monde comme une promesse. Dans son sac, elle traîne même une photo de sa table de travail, avec une plume qu'elle choisit parce qu'elle ne fait pas de bruit en courant sur le papier. En fait, dans ce genre comme ailleurs, ce sont les personnages qui l'ont guidée. Et par-dessus tout Émilien Bonnefoi, un homme à qui l'on annonce qu'il va bientôt mourir. Ces réveils au milieu de la nuit pour écrire, cela favorise donc pour elle l'abandon à l'histoire qui jaillit. Elle dit aussi ne jamais penser au public au moment de lancer le premier jet, et ne jamais négocier avec ce qu'elle a à dire.

    La vie en sursis

    Lorsqu'elle se lance dans un nouveau récit, les premiers mots qu'elle écrit sont souvent très évocateurs et elle les change rarement aux cours des lectures subséquentes. La première phrase de la trilogie Le Goût du bonheur était «Cette enfant va me tuer». Ceux de Sans rien ni personne sont «Très bien», la laconique réponse d'Émilien Bonnefoi à son diagnostic de mort. Cette réponse, elle était énigmatique même pour Marie Laberge qui dit penser quotidiennement à la mort, ce qui lui fait d'autant plus aimer la vie. «Aujourd'hui, par exemple, je constatais la beauté incroyable de la journée qui m'était donnée. Et je me disais: "Combien de jours comme ça vont m'être accordés?"», dit-elle. Émilien Bonnefoi a donc, au départ, été le fil conducteur de cette histoire qui mènera le lecteur jusqu'aux îles de la Madeleine en passant par Paris et Rimouski, et qui lance le lecteur à la poursuite d'un assassin insensé.

    La romancière insiste pour qu'on ne dévoile pas la trame du récit. Disons seulement que le roman met en scène deux policiers, une femme québécoise et un homme français, qui doivent collaborer ensemble sur une enquête. Cela donne lieu à des chocs culturels qu'elle a bien aimé exploiter. Disons aussi que certains personnages du roman sont d'une noirceur absolue. En entrevue, Marie Laberge dit qu'il lui arrive de côtoyer cette misère profonde qui submerge certains de ses personnages, abandonnés par l'amour, complètement laissés à eux-mêmes. Le titre Sans rien ni personne évoque d'ailleurs la condition de ces laissés-pour-compte qui grandissent sans aucun soutien et qu'on finit par chosifier au point de leur faire perdre leur âme.

    Mais les romans de Marie Laberge ne racontent pas son histoire à elle, même si, forcément, ils s'inspirent d'éléments de sa vie. En fait, l'écrivaine est secrète. Elle ne souffle d'ailleurs jamais mot de ce qu'elle écrit avant de l'avoir terminé, laisse ses manuscrits dans un coffret de sécurité, à l'abri du feu, des inondations ou des «prédateurs». À peine admet-elle qu'elle a été triste enfant, elle qui est aujourd'hui de commerce facile, assez joyeuse, et prodigue de mots. Dans son discours, on sent toujours l'émotion à fleur de peau.

    Il s'est écoulé six ans depuis la parution de la trilogie Le Goût du bonheur. Six longues années au cours desquelles elle a écrit deux romans et travaillé, en vain, à un scénario de film. Elle a en effet récemment annulé un projet de film qui devait mettre en scène son premier roman Juillet. L'équipe française qui travaillait sur le projet prenait à son goût trop de libertés avec le scénario qu'elle avait pourtant elle-même écrit pour l'occasion. Cela réduisait, dit-elle, l'oeuvre à une copie de The Bridges of Madison County, de Clint Eastwood, chose qu'elle se refusait absolument de cautionner. Il faut dire que Marie Laberge tient mordicus au concept de droit d'auteur. «Quand j'aime une oeuvre, je ne vais pas décider de la copier», dit-elle.

    Chaque fois qu'elle a publié un nouveau roman, depuis le premier, Juillet, vendu à 8000 exemplaires en 1990, Marie Laberge a l'impression d'avoir conservé son public. Radieuse, elle apprécie aujourd'hui l'effervescence qui entoure un lancement, même si elle ne s'attend pas nécessairement à conserver le demi-million de lecteurs récemment gagné.

    Après ce lancement, elle retournera travailler discrètement sur un autre manuscrit. Mais de cela, elle ne nous soufflera pas mot, jusqu'à nouvel ordre. Tout juste saurons-nous que c'est encore un roman.

    ***

    Sans rien ni personne

    Marie Laberge

    Boréal

    Montréal, 2007, 349 pages
     
     
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