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Roman québécois - La « pornotopie » de William Saint-Hilaire

David Dorais   29 septembre 2007  Livres
L'auteure William Saint-Hilaire a connu le succès en 2002 avec la publication d'un premier recueil de nouvelles érotiques, Banquette, placard, comptoir et autres lieux. Cinq ans plus tard, les Éditions VLB rééditent cette oeuvre ainsi que les deux autres qui l'ont suivie, Au fond des choses (2002) et La femme papillon (2004), le tout accompagné de quelques inédits, sous le titre de Totale.

L'ensemble de ces textes courts présente une certaine crudité du langage, non dénuée d'un lyrisme mièvre: «Qu'arrivera-t-il [...] lorsque j'aurai été bourrée, labourée, brisée, liquéfiée? Lorsque j'aurai joui de l'anus et de la fente? [...] Baisez-moi comme jamais. À bout de souffle, à bout de rêve, à bout de moi. Je suis une feuille tachée, détachée, chiffonnée, déchirée, mais c'est sur cette feuille qu'on écrit les poèmes d'amour et de passion.»

L'image de la sexualité proposée par ces nouvelles présente une sexualité pure, ramenée à elle-même, sans aucun horizon de signification, vue comme une force libératrice capable de briser la routine banlieusarde et d'enfreindre tous les tabous. C'est l'univers de la «pornotopie» décrit jadis par Steven Marcus: un monde où le plaisir est toujours disponible, où aucun inconvénient ne peut le gâcher, où les organes génitaux sont des dieux, et leur accouplement, la seule réalité.

Absence de variété

Les histoires de Totale se terminent invariablement sur un orgasme. Ce trait souligne l'absence de variété: William Saint-Hilaire décrit avec redondance l'union charnelle d'un petit couple bourgeois pour qui la fidélité conjugale est une valeur primordiale. Les lieux sont aussi peu imaginatifs: le bureau, la maison, l'auto parfois. Et malgré des prétentions féministes avouées, l'auteure met en scène une femme soumise à la volonté de l'homme, ayant incorporé des fantasmes de viol, de prostitution et de bondage. L'image masculine n'échappe pas au stéréotype: l'homme est autoritaire, impassible, élégant, baraqué, et membré comme Priape.

Mais du premier au dernier recueil, on peut voir se dessiner une évolution. C'est ainsi que les textes d'autofiction cèdent le pas à des études psychologisantes, l'érotisme franc laissant la place à des portraits de femmes versatiles et insaisissables, et à des nouvelles écrites d'un point de vue masculin.

***

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