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    Roman sud-américain - Virée fantasque avec Horacio Castellanos Moya

    Réquisitoire politique, Le Bal des vipères est un roman halluciné

    15 septembre 2007 |Suzanne Giguère | Livres
    Son écriture est d'une noirceur, d'une énergie et d'une ironie redoutables. Il l'a répété à plusieurs reprises, il écrit comme il respire, c'est-à-dire par nécessité. En tant qu'écrivain, il s'est investi d'une mission: dénoncer la culture de la violence (héritée des années de guerre civile) et la corruption qui gangrènent les pays d'Amérique centrale. Militaires, politiques, clergé, privilégiés, trafiquants de drogue, intellectuels, personne n'échappe aux mots tranchants d'Horacio Castellanos Moya.

    Après Le Dégoût, La Mort d'Olga Maria, L'Homme en arme et Déraison, le romancier d'origine salvadorienne amoncelle de nouveau, avec Le Bal des vipères, les impressions de choc. Comportements irraisonnés et folie sont au coeur de ce récit qui navigue entre la fable politico-philosophique et le roman policier. «La fiction crée un monde où se reflète le monde réel» a déjà dit Horacio Castellanos Moya. L'histoire folle du Bal des vipères ressemble étrangement à celle d'un pays meurtri par trois décennies de guerre civile, le Guatemala.

    L'action se déroule dans la capitale durant les années 1990. Pour tromper son ennui, Eduardo Sosa, sociologue au chômage, décide de suivre un clochard qui vit dans une Chevrolet jaune stationnée au pied de son immeuble. Le vagabond, d'abord rébarbatif, se laisse peu à peu amadouer et raconte son histoire. Chef comptable dans une usine, il a été mis à pied. Depuis, abandonné par sa femme et sa fille, il survit à grands coups de rasades de rhum au coeur.

    Eduardo s'intéresse à lui avec la prémonition redoutée que sa vie a quelque chose à voir avec le vagabondage de Jacinto. Un jour, sans crier gare, il tranche la gorge du misérable et s'installe dans la Chevrolet. Il découvre dans l'auto jaune quatre vipères, belles et sensuelles. Le roman bascule dans le fantastique. Avec la complicité d'Eduardo, elles décident de venger la mort de Jacinto et de tous les exclus du système en semant le chaos et la terreur dans la capitale. Le lecteur est entraîné par Eduardo et les justicières dans une virée fantasque à travers la ville.

    Les vipères venimeuses sévissent dans les rues bondées de la ville, les galeries chics, les maisons des policiers corrompus, elles assassinent des inspecteurs de l'État mêlés au narcotrafic et au blanchiment d'argent. Dans leur course folle, elles entrent par hasard dans la villa d'un politicien et banquier, pour le malheur de ses occupants.

    À leur passage, les stations d'essence prennent feu et explosent. La ville est bientôt à feu et à sang, plongée dans la panique. La Chevrolet est prise en chasse et la police tente de comprendre la logique folle du conducteur et de ses amies. Les médias s'intéressent à l'affaire, le gouvernement invente des conspirations: et si l'attaque des serpents avait un arrière-fond politique en vue de le déstabiliser? Le président de la République décrète l'état d'urgence. L'imagination enfiévrée du romancier éclate sur la page. L'histoire se termine dans un feu d'artifice guerrier et une étreinte orgasmique...

    Un rythme frénétique

    Réquisitoire politique, Le Bal des vipères se double du portrait d'un homme aux lisières de la folie. À la fin du roman, on saisit mieux cette petite phrase cachée au creux du récit qui explique «comment en vingt-quatre heures la vie peut acquérir un sens totalement nouveau, et que ce qui naguère paraissait ferme et solide se révèle à présent d'une terrible vulnérabilité».

    Roman halluciné, comme si seule l'hallucination littéraire était à la hauteur de la critique d'une société sans avenir marquée par la pauvreté, le crime organisé, la violence, la corruption et l'impunité, Le Bal des vipères frappe par son réalisme cru, ses propos délirants et son humour noir, jubilatoire. Le rythme est enlevé, frénétique. Le romancier écrit fébrilement, comme s'il était possédé.

    Grand voyageur, journaliste et écrivain, Horacio Castellanos Moya a un parcours digne d'un roman. Né au Honduras en 1957, il a grandi au Salvador, vécu au Mexique et au Guatemala. Il a croisé pas mal de dictatures, de guerres et de carnages. Après la publication en 1997 de son roman Le Dégoût, il a reçu des menaces de mort qui l'ont contraint à s'exiler au Costa Rica, au Canada et en Espagne. Il vit aujourd'hui à Pittsburgh (Pennsylvanie), dans une de ces «City of Asylum» (villes-refuges) créées par Russell Banks. II est l'auteur de huit romans et de cinq recueils de nouvelles. Le Bal des vipères est le cinquième roman traduit en français que publie Les Allusifs.

    Collaboratrice du Devoir

    ***

    Le Bal des vipères

    Horacio Castellanos Moya

    Traduit de l'espagnol (Salvador) par Robert Amutio

    Éditions Les Allusifs

    Montréal, 2007, 162 pages
     
     
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