Lévesque devait-il écarter Bourgault? (suite)
Les élections
Le soir du 15 novembre 1976, l'équipe de René Lévesque est élue. La surprise est considérable. «Malgré toutes mes objections, malgré l'analyse dramatique que je faisais de la situation, malgré mes appréhensions devant la prise du pouvoir trop rapide du PQ et devant la mise en veilleuse de l'idée d'indépendance, malgré mon opposition à la stratégie du référendum, j'aurais voulu célébrer ce soir-là avec tout le monde», écrit Bourgault.
Ce soir-là, Bourgault ne participe pas à la fête, ni au sens propre, ni au sens figuré. Il commente tout bonnement les résultats électoraux à la radio en compagnie de Solange Chaput-Rolland, qui vient de recevoir l'Ordre du Canada, et de Pierre Desmarais, président du Conseil du patronat.
La victoire du PQ a rendu Bourgault «respectable» comme par enchantement, même s'il critique toujours sévèrement les positions linguistiques de Lévesque et l'étapisme asséchant du technocrate à la pipe qu'est Claude Morin. Les offres qu'on lui fait pour des entrevues, des conférences, des colloques et des articles se multiplient tout à coup. Lui qui est toujours à sec peut même désormais encaisser un chèque n'importe où! Pourtant, Bourgault n'est lié d'aucune façon au nouveau gouvernement. Beaucoup de gens s'imaginent tout de même qu'il est une source d'inspiration pour les politiques qui se dessinent.
Une fois de plus, Bourgault considère tout naturellement que les circonstances doivent en effet le conduire à reprendre du service en politique, d'une façon ou d'une autre. Mais en février 1977, par un arrêté en conseil, c'est plutôt au musée qu'on appelle Pierre Bourgault: il est en effet nommé membre du conseil d'administration du Musée des beaux-arts! S'il accepte cette fonction, il n'en juge pas moins que Lévesque, de la sorte, a voulu se moquer de lui.
Même si elle est postérieure à ces événements eux-mêmes, la perspective de Martine Tremblay, directrice de cabinet de Lévesque, mérite d'être relatée ici, tant elle résume bien le rapport entre les deux hommes à l'époque: «La relation la plus ouvertement tendue de René Lévesque, en tout cas sur le terrain politique, a certes été avec Pierre Bourgault, à qui il n'a jamais pardonné d’avoir dissous le RIN en 1968 pour venir grossir les rangs du PQ avec ses quelques milliers de militants. En réalité, Pierre Bourgault est le prototype de ce que Lévesque détestait le plus, combinant une enflure verbale et un radicalisme de pensée et de stratégie qu’il trouvait éminemment nuisibles à la cause qu’il défendait.» Un franc-tireur nuisible au Parti québécois? Chose certaine, ce ne fut pas l’avis de Jacques Parizeau...
jfnadeau@ledevoir.com
Le soir du 15 novembre 1976, l'équipe de René Lévesque est élue. La surprise est considérable. «Malgré toutes mes objections, malgré l'analyse dramatique que je faisais de la situation, malgré mes appréhensions devant la prise du pouvoir trop rapide du PQ et devant la mise en veilleuse de l'idée d'indépendance, malgré mon opposition à la stratégie du référendum, j'aurais voulu célébrer ce soir-là avec tout le monde», écrit Bourgault.
Ce soir-là, Bourgault ne participe pas à la fête, ni au sens propre, ni au sens figuré. Il commente tout bonnement les résultats électoraux à la radio en compagnie de Solange Chaput-Rolland, qui vient de recevoir l'Ordre du Canada, et de Pierre Desmarais, président du Conseil du patronat.
La victoire du PQ a rendu Bourgault «respectable» comme par enchantement, même s'il critique toujours sévèrement les positions linguistiques de Lévesque et l'étapisme asséchant du technocrate à la pipe qu'est Claude Morin. Les offres qu'on lui fait pour des entrevues, des conférences, des colloques et des articles se multiplient tout à coup. Lui qui est toujours à sec peut même désormais encaisser un chèque n'importe où! Pourtant, Bourgault n'est lié d'aucune façon au nouveau gouvernement. Beaucoup de gens s'imaginent tout de même qu'il est une source d'inspiration pour les politiques qui se dessinent.
Une fois de plus, Bourgault considère tout naturellement que les circonstances doivent en effet le conduire à reprendre du service en politique, d'une façon ou d'une autre. Mais en février 1977, par un arrêté en conseil, c'est plutôt au musée qu'on appelle Pierre Bourgault: il est en effet nommé membre du conseil d'administration du Musée des beaux-arts! S'il accepte cette fonction, il n'en juge pas moins que Lévesque, de la sorte, a voulu se moquer de lui.
Même si elle est postérieure à ces événements eux-mêmes, la perspective de Martine Tremblay, directrice de cabinet de Lévesque, mérite d'être relatée ici, tant elle résume bien le rapport entre les deux hommes à l'époque: «La relation la plus ouvertement tendue de René Lévesque, en tout cas sur le terrain politique, a certes été avec Pierre Bourgault, à qui il n'a jamais pardonné d’avoir dissous le RIN en 1968 pour venir grossir les rangs du PQ avec ses quelques milliers de militants. En réalité, Pierre Bourgault est le prototype de ce que Lévesque détestait le plus, combinant une enflure verbale et un radicalisme de pensée et de stratégie qu’il trouvait éminemment nuisibles à la cause qu’il défendait.» Un franc-tireur nuisible au Parti québécois? Chose certaine, ce ne fut pas l’avis de Jacques Parizeau...
jfnadeau@ledevoir.com
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