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Lévesque devait-il écarter Bourgault?

Jean-François Nadeau   1 septembre 2007  Livres
Photo Antoine Desilets
Photo Antoine Desilets
C'est le livre-événement de l'automne. Bourgault, de Jean-François Nadeau, directeur des pages culturelles du Devoir et historien, ne peut qu'attirer l'attention. Parce que la vie de Bourgault épouse la formidable évolution du Québec. Parce que Bourgault a plongé dans la politique, fait la fête avec les artistes, provoqué, dans sa vie tant publique que privée, et su séduire les foules. Parce que l'homme est complexe, entier, fascinant et détestable. Parce que son parcours est un roman et que notre collègue le raconte avec talent. En attendant le lancement de l'ouvrage, jeudi, voici, dans des textes rédigés en exclusivité pour Le Devoir, deux facettes du personnage que fut Pierre Bourgault.

Dans une lettre datée du 4 novembre 1968, le président du Rassemblement pour l'indépendance nationale écrit une dernière fois à ses militants. Le RIN a été sacrifié, explique Pierre Bourgault, pour faire l'unité des indépendantistes au sein du Parti québécois.

La nouvelle du sabordage du RIN rend tout d'abord René Lévesque fou de rage. L'ancien ministre de Jean Lesage ne veut pas des gens du RIN au sein du PQ. Ni collectivement, ni individuellement. Il n'en a jamais voulu.Malgré tout, plusieurs militants souhaitent que Bourgault prenne la parole lors d'assemblées. Lévesque demande à Camille Laurin de rappeler à l'ancien président du RIN que «les seuls porte-parole du PQ sont ceux mandatés par l'exécutif»...
Bourgault se voit donc forcé de se tailler une place coûte que coûte à l'exécutif du parti, à défaut de quoi il devra accepter d'être relégué aux oubliettes.

En juin 1969, Bourgault annonce aux médias qu'il présente sa candidature à la présidence du PQ dans le comté de Taillon, en banlieue de Montréal. Ville Jacques-Cartier, coeur électoral du comté, n'est pas un lieu de tout repos. Comme l'écrit Jacques Ferron, qui appuie Bourgault, les chiens y remplacent la police, les «bécosses» l'égout, les puits l'aqueduc.
Le 23 juin, au sous-sol de l'église, Bourgault ne tarde pas, comme ses partisans, à se sentir dans le pétrin jusqu'au cou. Environ 400 personnes sont présentes, mais le climat tient plus d'une réunion mafieuse que d'un exercice démocratique. Avant même le début du scrutin, Bourgault se sent à ce point menacé physiquement qu'il quitte la salle avec les siens. La police doit intervenir.

Lévesque condamne cette assemblée et exige qu'elle soit reprise selon les règles. «Il y avait un certain nombre de fiers-à-bras assez connus, dit-il, qui ont fait peser un climat très mauvais sur l'assemblée, et il y avait aussi, dans un autre sens, des "présences" complètement extérieures au comté de Taillon qui ne pouvaient pas faire autrement que d'agir comme des agents provocateurs.» En somme, aussi bien dire que Lévesque condamne tout autant Bourgault que les gros bras!

Bourgault ne se présente pas à la nouvelle assemblée. Il a d'abord demandé à rencontrer Lévesque, qui «a refusé», raconte Bourgault. «Mais, après avoir insisté, il a décidé d'accepter. [...] Dès le début de notre conversation, ç'a été effrayant. Jamais je n'avais été méprisé comme ça de toute ma vie. [...] Il ne voulait pas de moi dans le parti. À ce moment-là, il m'avait dit que tous les bons comtés de Montréal m'étaient fermés. Je ne savais plus où aller pour les élections de 1970.»

Lévesque le rudoie et le broie littéralement: «Vous êtes dangereux parce que vous provoquez le fanatisme.
[...] Si l'indépendance vous tient vraiment à coeur, M. Bourgault, faites donc comme François Aquin et rentrez chez vous!»
Acculé au pied du mur, Bourgault reçoit alors une proposition surprenante: un ancien du RIN lui demande d'engager la lutte électorale dans le comté de Mercier contre Robert Bourassa, premier ministre désigné du Parti libéral!

D'emblée, Bourgault réagit: «Je lui ai répondu qu'il était fou et que c'était un suicide. Mais, après y avoir quelque peu réfléchi, j'ai trouvé l'idée pas bête. Je me suis dit que les dirigeants du parti n'oseraient pas m'en empêcher et qu'ils vont être contents que j'aille ainsi à la boucherie. J'étais convaincu de réussir une lutte intéressante et je voulais leur prouver que j'étais encore rentable électoralement. Tout le monde disait: "Bourgault est masochiste." Ce n'était pas du masochisme, je n'avais pas le choix.»

Lors de l'assemblée d'investiture, Lévesque brille par son absence. Jeune étudiante, Nicole Stafford joue le rôle d'attachée de presse de Bourgault. Pas facile de faire campagne avec lui, se souvient-elle. Le conflit entre Bourgault et Lévesque est à ce point profond qu'il est même impossible pour la jeune attachée de presse d'obtenir une photo montrant le candidat Bourgault en compagnie du chef du Parti québécois.

«Nous avons réalisé une fausse photo!, explique Nicole Stafford. On avait pris Bourgault alors qu'il serrait la main d'un homme ayant l'allure de René Lévesque. Et on avait remplacé la tête de cet homme par celle de Lévesque! C'est donc cette photo truquée, imprimée dans un journal de campagne, que les électeurs ont reçue à leur porte!»

Le soir du 29 avril 1970, dans Mercier, Bourgault termine deuxième avec 12 276 voix en sa faveur, contre 15 337 pour Robert Bourassa. À la permanence locale du PQ, tous les militants ont cru jusqu'à la fin, comme Bourgault, à la victoire.

Contre vents et marées, Bourgault espère toujours faire son nid au sein du PQ. En février 1971, il se présente pour une deuxième fois à l'élection de l'exécutif du parti. Mais Lévesque mène une cabale contre lui jusqu'au dimanche soir. Ce jour-là, l'ancien président du RIN confie à Jacques Parizeau qu'il songe tout simplement à se retirer. L'économiste l'encourage au contraire à tenir jusqu'au bout.

Bourgault profite du temps de parole accordé aux candidats pour exprimer ses positions. Ce discours est aujourd'hui visible en ligne, sur YouTube: on y voit Lévesque, assis à côté de Gilles Grégoire, qui l'écoute en se tenant parfois la tête dans les mains...
Doté d'un flegme très britannique, Jacques Parizeau trouve alors pour le moins infantile l'attitude de son chef. Il applique, dit-il, un simple principe de «réalisme» politique contre l'attitude de Lévesque: «Quand vous êtes menacés par les pouvoirs publics et que vos gens sont mis en prison, on ne crache pas sur ses alliés... Même si on considère que ce sont de petits imbéciles ou des pédés... »
Au moment de l'élection, Parizeau prévient l'assemblée que les candidats sont égaux et que, à titre de président de l'exécutif national, il ne voit aucune raison de tolérer des manigances d'exclusion préalable d'un candidat... Lévesque joue à sa façon ses cartes contre Bourgault. Et il perd. Les 2000 partisans réunis en congrès exultent.

Contestation

Ceux qui croyaient que l'arrivée de Bourgault au coeur du PQ provoquerait une arythmie politique au sein du parti ont vite fait de constater leur erreur. Toujours ponctuel, il est «rigoureux, bon soldat, discutant ferme jusqu'à ce qu'une décision soit prise. On appréhendait le chaos des émotions, on découvrit un esprit constructif pour qui le rêve pouvait déboucher sur l'action», commente Jacques Parizeau. Cet avis est partagé par Pierre Renaud, Guy Joron, Serge Guérin et Pierre Marois.

Au sein de l'exécutif, Bourgault n'entreprend rien qui pourrait porter atteinte à Lévesque. Les rapports entre les deux hommes, bien que meilleurs qu'auparavant, n'en demeurent pas moins tendus. Lévesque se méfie toujours de Bourgault. Selon l'ancien ministre Guy Joron, Bourgault «résistait mal à l'envie de dire quelque chose pour choquer. Devant un penchant pareil, j'avais un peu les mêmes craintes que Lévesque à son endroit, même si je le comprenais mieux et que j'étais son ami».

Bourgault se démène. Il participe à l'«anti-campagne» du PQ pour les élections fédérales de 1972. Il prend la parole avec Parizeau pour la première de ces assemblées devant quelque 450 personnes. Le Montréal-Matin rapporte alors que Bourgault «n'a rien perdu de ses talents de magnétiseur des foules», en plus de «faire preuve d'un humour poussé». Toutefois, complètement épuisé par la lutte politique ainsi que par ses mésaventures financières et amoureuses, Bourgault envisage de plus en plus de se retirer de la vie publique.

La retraite?

Peu de temps avant Noël 1972, Bourgault confie à Guy Joron qu'il a pris la décision de se retirer. Il finit par l'annoncer au comité exécutif. Personne ne conteste son choix, mais Lévesque exprime la volonté, aussi étonnante que soudaine, de le retenir comme candidat potentiel pour la prochaine campagne! Politesse ou moquerie? Bourgault ne bronche pas. Sobrement, il affirme qu'il entend désormais se consacrer à se «refaire intellectuellement, moralement et financièrement».

Lévesque, qui assiste à la conférence de presse, déclare que l'exécutif du PQ «regrette unanimement et sans ambiguïté la décision de M. Bourgault». Il insiste même pour souligner la loyauté indéfectible de Bourgault depuis deux ans.

Avant de partir, Bourgault se permet de rappeler les différends qui subsistent entre lui et Lévesque. Premièrement, la politique linguistique, encore et toujours: Bourgault favorise l'unilinguisme français au Québec. Deuxièmement, Bourgault reproche au PQ une attitude qu'il juge trop timide à l'endroit des jeunes, ce qui a pour effet de les démobiliser. Troisièmement, il regrette que la politique de gauche inscrite au programme soit si peu défendue en pratique. En entrevue, Bourgault fait en définitive grief au PQ de présenter une image trop conservatrice alors que ses véritables visées sont proprement révolutionnaires.

Le retour du bélier

La retraite politique de Bourgault ne dure pas deux ans.

En janvier 1975, la Société nationale des Québécois l'invite à prendre la parole. Malgré une tempête de neige, les militants se déplacent pour l'entendre. Bourgault explose, plus brûlant que jamais.

Que fait-il sauter, cette fois-ci, avec ses mots? Rien de moins que le Parti québécois. Ce gros parti, avec ses 100 000 membres et son statut d'opposition officielle, existe à peine, explique-t-il. Il lui manque de l'âme!

Ce soir-là, c'est nul autre que Jacques Parizeau qui prend d'abord la parole pour chauffer la salle. La présence d'un des bonzes du PQ entérine en quelque sorte officiellement à la fois le retour de Bourgault et son discours lui-même.

«Quand je fais une assemblée avec Jacques Parizeau, c'est une bonne assemblée, parce qu'on se complète, parce qu'on touche des gens différents», explique Bourgault la semaine suivante. Parizeau et Bourgault représentent au fond des pôles forts d'une même tendance historique au sein du Parti québécois.

«Je trouve le parti un peu "plate", un peu ennuyeux; il n'est pas enthousiasmant, explique alors Bourgault. Au début, le parti avait une image un peu "hot"; puis, peut-être avec raison, on s'est acharné à développer l'image du "low profile". [...] Je nous trouve très peu présents à la télévision, à la radio, dans les assemblées publiques. [...] Idéalement, si Lévesque et quelques autres têtes d'affiche pouvaient se détacher un peu plus des tâches d'administration quotidienne, ce serait utile. [...] Moi, je veux bien me mettre dans cette position actuellement, et c'est pour cela que je suis revenu.»

Ces propos, Lévesque les qualifie de «sparages» et, avec dérision, dit trouver «touchant l'enthousiasme emballant avec lequel M. Bourgault veut relancer le parti». Coup de massue final: Lévesque juge prématurée l'idée de lui confier à nouveau un comté pour les prochaines élections. En somme, Lévesque ferme carrément la porte au retour de Bourgault. Le débat acrimonieux entre les deux hommes reprend de plus belle.

Furieux, vexé, Bourgault tonne: «Quand je dis, comme cette semaine, que je veux aller dans les cégeps, Lévesque répond que [Claude] Charron fait bien ça et qu'il connaît mieux que moi le dossier de l'éducation. [...] On ne va pas dans les cégeps pour parler seulement d'éducation, on devrait y aller pour parler d'indépendance!» N'en déplaise à Lévesque, Bourgault est reparti. Et il n'a pas l'intention de s'arrêter.

Aux étudiants du collège Dawson, Bourgault explique qu'il ne milite au PQ que pour régler la question nationale. Ce qui l'intéresse, fondamentalement, c'est la mise en place d'un système social mieux adapté aux besoins de chacun. Mais un tel système, social-démocrate, ne peut être vraiment instauré qu'une fois tranchée cette question nationale, ce qui permettrait alors aussi, entre autres, de sortir du système britannique bipartite qui limite l'expression des différentes opinions au parlement.

Qui est québécois pour Bourgault? Sa définition est alors précise et ne changera presque pas jusqu'à la fin de sa vie. «Il définit un Québécois comme quelqu'un qui a accepté de vivre, de travailler au Québec, quelle que soit son origine, rapporte une journaliste du Soleil. Comme quelqu'un, aussi, qui veut prendre toutes ses responsabilités, sans les laisser à des étrangers qui empochent les profits.» Ne cherchez pas chez lui la communauté ethnique, le sang et le folklore national. Le pays de Bourgault n'est pas un fétiche mais une idée appelée à grandir, à se modifier.

Très vite, Bourgault tire de nouveau le diable par la queue... «Si je ne travaille pas, je vais me retrouver dans le trou comme avant et je devrai abandonner encore une fois», explique-t-il à Sept-Îles. Pas d'emploi pour lui au PQ. Faute de pouvoir compter sur Lévesque, il cogne à la porte de Robert Bourassa, qui lui trouve du travail par l'entremise de Jean-Paul L'Allier.

(Pour lire la suite de cet article, voir la section en haut à droite nommée «articles reliés»)






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  • Wally Bellemare
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 02h10
    s u p e r...m. Nadeau.
    « bravo...super,
    achat du livre...félécitations m. nadeau

    super ! un des meilleurs articles du journal le Devoir !

    merci...

    wally bellemare »

  • André Julien
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 06h31
    classé comme ultra
    « Les grands combats politiques à travers le monde ont connu leurs ultras qui en sont par suite servi à la tête de leur pays. Était-ce la peur de René Lévesque ? Perdre le pouvoir au profit de Pierre Bourgault. »

  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 08h11
    "Lévesque, assis à côté de Gilles Grégoire"
    « Savait-il alors que Grégoire était pédophile? Et Bourgault homosexuel? Est-ce que Bourgault et Grégoire savaient que Lévesque était alors un coureux de jupon?

    A quand un livre sur la vie sexuelle de nos politiciens? Il y aurait tant à dire pour mieux comprendre notre échec collectif, notre incapacité pathétique à nous libérer des colonisateurs. »

  • Stéphan Gauvin
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 09h43
    Pire que Danton et Robespierre
    « Certains Français ont tout fait pour détruire le clergé et sortir selon leur dire aussi le peuple d'une certaine noirceur. Ici au Québec on a eu le même évênement sauf qu'on a pas eu besoin de la guillotine. C'est la vision des évênements que j'ai pour le moment du Parti Québecois. Le PQ à cru bon de détruire l'église afin de créer un nation libre et moderne, renier nos origines pour en inventer une autre c'est pas fort. On commence à voir que le résultat est désastreux, dénatalité, problème d'identité, structure déficiente etc... »

  • Jean Desjardins
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 10h49
    Un article éclairant du Devoir. Un des meilleurs, depuis longtemps ...
    « Bravo, monsieur Nadeau, pour votre article fort éclairant sur la personnalité et la pensée politique de messieurs Lévesque et Bourgault. Deux personnalités qui ont influencé, chacune à sa manière, le portrait du Québec d'aujourd'hui. Aussi bien dans ses pas en avant que dans ses pirouettes de côté ou en arrière...

    Personnellement, j'ai toujours été intéressé par la pensée articulée des deux personnages et ce, malgré leurs différends philosophiques et tactiques. Il y a du bon à retirer des deux approches, la solution se trouvant probablement quelque part entre le 'trop vite' et le 'trop lent'.

    Il est malheureux que ces deux 'hommes forts' n'aient jamais trouvé le moyen de s'associer dans une synergie commune. Du grand gaspillage.

    Je donne toutefois une mention honorable à Pierre Bourgault pour son courage, son renoncement, sa pugnacité et la ligne droite de sa pensée malgré les écueils posés par la résistance farouche de René Lévesque à sa contribution au sein même du Parti Québécois. Un grand Québécois que ce Pierre Bourgault. Mes hommages également à monsieur Parizeau pour son ouverture d'esprit à l'endroit de ce dernier.

    Ce que je m'ennuis de cette époque riche en politiciens qui avaient du contenu !!!


    Jean Desjardins

    Laval

    P.S. Je savais que Robert Bourassa avait aidé Pierre Bourgault à se trouver un emploi. La grandeur de l'être humain, quel que soit son biais politique, c'est peut-être aussi cela ... »

  • Lemay Gilles
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 12h43
    Allons les nostalgiques, un peu de réalisme...
    « Dans un combat, il faut toujours connaître les armes de l'adversaire si on veut mettre toutes les chances de son côté. Hors, dans le combat démocratique pour l'indépendance, nous devons aller chercher plus de voix au référendum que l'adversaire. Lévesque savait cela que trop bien, lui qui avait fait la nationalisation des compagnies d'électricité parce qu'il se sentait appuyé par la force démocratique de la très grande majorité de ses compatriotes. D'ailleurs, il fit appel à Jacques Parizeau, l'économiste, pour l'aider à convaincre Lesage et cie avant d'aller devant le peuple en 1962.

    Lévesque savait que nos adversaires politiques s'appuyaient sur les médias, tant au Québec, qu'au Canada et aux USA, médias qui étaient l'apanage d'élites économiques conservatrices et que ceux qu'il nous restait à convaincre dans la population du Québec étaient plus sensibles aux arguments de peur du chaos et même de dictature appréhendée que ces médias leur faisait apparaître continuellement comme autant de fantômes communistes ou fascistes.

    Parizeau, qui fut un des quelques grands bâtisseurs du Québec économique et qui reste des plus utiles dans ce domaine pour le Québec, manque étonnamment de jugement quand à la perception de la mentalité des gens et quand aux stratégies politiques. Il nous l'a prouvé en déclenchant le référendum de 1995 avant d'avoir fait le ménage dans les finances publiques, pourtant son sujet de prédilection. Mais, et c'est bien plus grave, il engagea Pierre Bourgault au gouvernement. Et les quelques milliers de voix que nous avions besoin pour atteindre le 50% + 1 s'envolèrent quand ce dernier, avec son arrogance irréfléchie d'enfant terrible, déclara qu'au lendemain d'un vote positif, le gouvernement se verrait dans l'obligation de fermer les postes de radio anglophones pour empêcher le trop-plein d'indignation et de propos calomnieux d'être divulgués. Parizeau deva le congédier, mais le mal était fait.

    Nos adversaires ne tardèrent pas à s'emparer de cet impair, de cette "poignée" pour marteler aux plus fragiles d'entre nous, que voilà le Québec péquiste qui nous attendait après une victoire du oui, fermeture arbitraire des postes de radio, dans un premier temps... et toute la panoplie de saloperies que Bourgault connaissait pourtant jusque dans ses tripes, lui qui, l'écorché vif, l'éveilleur de dignité, lui qui avait pendant des années, avec à-propos et passion, dénoncé les injustices faites à nous et dites sur nous.

    Mais, voilà, le bonhomme manquait de jugement à certain moment, de même que son allié circonstanciel, Jacques Parizeau. Deux personnes que j'admire pour leur contribution, mais qui,laissés à eux-mêmes dans l'arène politique large, peuvent faire passer leur humeur du moment, leurs frustrations légitimes, avant la cause.

    Et ça, René Lévesque le sentait et il en fut aussi victime de la part des deux. Et, mes vieux amis rinistes, nostalgiques des soirées enfumées de Gitanes, à refaire le monde et la révolution nationale, essaient encore de démontrer que Lévesque auraient eu peur d'un ascendant possible de Bourgault sur le parti.

    Voyons donc, ni Bourgault, ni Parizeau n'arrivait à la cheville POLITIQUE de Lévesque et pouvait prétendre entretenir le centième de la relation affective de ce dernier avec le peuple du Québec. Et cela aussi, Lévesque le savait, à moins d'être aveugle au point de croire que Lévesque n'était pas intelligent.

    Donc, je dis à tous ceux et toutes celles qui veulent réécrire l'histoire, que les faits sont têtus et malgré des "on dit" et des "y paraît que", ils reviennent toujours vous sauter en pleine face.

    Gilles Lemay »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    samedi 1 septembre 2007 15h13
    La peur de faire peur
    « Lévesque avait peur de faire peur aux Québécois peureux afin d'avoir une meilleure chance d'accéder au pouvoir provincial et s'est obligé à tenir un référendum sur la souveraineté-association du Québec pour les rassurer encore plus.

    Bourgault était charismatique, honnête et trop à gauche et révolutionnaire pour être facilement élu. Le Québécois moyen préférait et préfère encore le centre-gauche à la go-gauche.

    Le PQ, en étant ainsi prudent, a gagné en 1976 mais ses succès lui ont nuit en démontrant aux Québécois qu'il était capable de bien gouverner à l'intérieur du Canada "pas bon pour la souveraineté", ce qui lui a fait perdre le référendum de 1980 et celui de 1995. »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 15h19
    Bourgault me manque
    « J'ai personnellement contribué à fonder Québec solidaire, mais si vous saviez combien Bourgault me manque... Quel homme de fougue et de vives convictions ! Je crois que c'est peut-être l'homme le plus brillant et le plus charismatique que le Québec n'a jamais connu...

    Quand je vois Québec solidaire s'écraser comme il le fait actuellement dans l'élection complémentaire de Charlevoix contre Pauline Marois ; ou pire encore, avec sa tiédeur sur la question nationale, je comprend tellement la déception de Bourgault sur le fait que le PQ était devenu un parti plate et si peu enthousiasmant... Bourgault était un révolutionnaire qui ne parlait pas des deux côtés de la bouche.. Et je crois avec le recul, que le RIN aurait sans doute dû rester ; quitte à avoir pour un bout deux partis indépendantistes en scène.

    Car avec les référendums et la dissociation de la question nationale des partis, l'indépendance est sans cesse renvoyée aux oubliettes... ce qui fait bien l'affaire du PQ qui continuait à diriger le Québec comme une province...

    Je crois que Bourgault n'aurait pas dû être écarté... Car même aujourd'hui, peu sont capables d'articuler la question nationale comme il le faisait si brillamment..

    Bourgault me manque.. et l'indépendance aussi.. »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 1 septembre 2007 23h15
    Inévitable
    « Que Lévesque écarte Bourgault était inévitable. Comme tant d'autres de son temps, il s'était laissé convaincre par les Jésuites des collèges qu'il a fréquenté que la vertu est dans le juste milieu. Il avait une peur incontrôlable des individus qui, dans le doute, fonçent au lieu de s'intaller dans la réflexion. Pierre Bourgault était de ces fonceurs et, comme tel, le risque était grand qu'il lui vole la vedette. Le grand esprit démocratique de René n'a pas joué pour Pierre.
    Roland Berger »

  • Julien Beauregard
    Inscrit
    samedi 1 septembre 2007 23h49
    @Jacques Noel
    « On s'en contrefiche pas mal de la couchette des politiciens. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    dimanche 2 septembre 2007 12h17
    M. Montmarquette est un peu trop optimiste
    « M. Montmarquette écrit : «Quand je vois Québec solidaire s'écraser comme il le fait actuellement dans l'élection complémentaire de Charlevoix contre Pauline Marois.»

    M. Montmarquette, Québec solidaire attire environ 5 % des électeurs et une élection dans un comté coûte environ 50 000$.

    Fait que, ce parti a bien fait de passer son tour dans Charlevoix vu qu'il est déjà assez endetté. »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    dimanche 2 septembre 2007 12h26
    @Lemay Gilles - Les faits sont têtus : l'indépendance n'est pas faite..
    « J'ai apprécié le rédigé de votre commentaire, mais si les faits sont têtus comme vous dites, l'histoire aura prouvé que l'approche molle, la dilution électoraliste et étapiste prouvent jusqu'ici que l'indépendance a été perdu.

    Je crois que la politique est un large domaine et qu'un des plus négligé est bien celui de l'éducation politique.. Non seulement fallait-il sans doute adopter une attitude rassurante, mais pas au mépris du recul sur les notions fondamentales. Oui, cela aurait été plus long ou plus difficile, mais au moins, nous serions resté en ligne droite sur le chemin, et sans le pouvoir, nous aurions pu expliquer et convaincre l'électorat.

    Tôt ou tard avec le jeu de l'alternance des partis, le PQ aurait pu prendre le pouvoir et déclarer l'indépendance.. Cela Bourgaut aurait pu le faire, mais pas un craintif comme René Lévesque.

    Les DEUX hommes avaient des forces, mais les gens respecte Bougault, parce qu'avec lui nous savions sur quel pied danser et son absolu loyauté à faire l'indépendance..

    Lévesque, lui, qui a abandonné ses convictions et a adhérer au Beau risque de Brian Mulrony »

  • Georges Paquet
    Abonné
    dimanche 2 septembre 2007 17h54
    Prendre le pouvoir...Les idées d'André Julien, de Gilles Bousquet et de Roland Berger
    « André Julien se demande si René Lévesque n'avait pas peur de perdre le pouvoir au profit de Pierre Bourgault. Gilles Bousquet soutient que Lévesque avait peur de faire peur s'il gardait Bourgault dans son équipe. Et Roland Berger dit que Lévesque croyait dans la vertu du juste milieux.
    À mon avis, tous ces points de vue se rejoignent dans le fait que pour prendre le pouvoir, René Lévesque a cru bon, comme Lucien Bouchard autrefois et Pauline Marois maintenant ne pas faire peur avec une option trop mordante, ne pas aller trop vite, de garder un certain juste milieu, de ne pas proposer d'option avant que le peuple ne soit prèt. Ainsi on prend le pouvoir de temps en temps, les députés ont des limousines de ministre, on gouverne, on essaie de ne pas trop faire d'erreur, et tout le monde est heureux.
    Cherchons une autre explication...?
    Georges Paquet »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    lundi 3 septembre 2007 00h08
    @Gilles Bousquet ..
    « Vous y connaissez quoi vous à la militance politique ??? `

    Quand on a les convictions, les positions et l'intelligence on y va avec ce qu'on a et le coeur au ventre..Québec solidaire a commencé avec RIEN vous saurez..et même avec très peu d'argent il est possible de faire valoir ses idées et d'avoir la reconnisance de l'intelligencia ce qui est le premier pas dans la bonne direction.. ensuite trouver les appuis les médias et les alliés dans les groupe et ;a population... Mais ce n'est pas ici assi comme un défaitiste à chialer que les choses vont avancer...

    À ce propos le RIN qui a marqué l'histoire du Québéc ne devait sûrement pas être un parti millionnaire... Est-ce que çales a empêché d'agir ? Non ! »

  • Christian Montmarquette
    Inscrit
    lundi 3 septembre 2007 12h19
    @Georges Paquet La peur de faire peur..
    « Le problème avec la peur, c'est qu'en repoussant Bougault, ils ont exclu une puissante force de convaincre ! Et convaoincre est le point névralgique de toute cette histoire.. ce n'est pas en prenant le pouvoir et en se croisant les bras sur l'article UN du programme que l'on fait avancer les choses.. Il faut faire camapagne à l'année longue et intruire.. articuler ! Défendre !

    Ce que ne PQ ne fais jamais.. évidement.. à mon avis, le PQ n'en veut pas de l'indépendance.. sans quoi, il se serait battu pour faire annuler le référendum de volé de 1995.. »

  • Pierre François Gagnon
    Inscrit
    lundi 3 septembre 2007 14h38
    Verlaine sodomite... et après?
    « «A quand un livre sur la vie sexuelle de nos politiciens?»

    Jacques, nous n'en finirions plus de décrire les turpitudes sexuelles d'immenses poètes, doués d'une exquise sensibilité, Verlaine, Rimbaud, Beaudelaire, etc. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    lundi 3 septembre 2007 19h58
    Et les leçons?
    « Qu'apprenons-nous de ces leçons de l'histoire des deux référendums? Voilà les vrais questions auquel nous devons répondre pour la suite... de notre histoire. Comme préliminaire j'avancerai qu'il est essentiel que la chef du PQ, Pauline Marois, fasse concensus autour d'elle en ramenant tous les nationalistes dans le giron du PQ. Divisés, nous sommes perdus. Regardons le Canada anglais: quel unanimité! Pourquoi ne crérait-elle pas un conseil des nationalistes avec les Jacques Parizeau, Jacques-Yvan Morin, Claude Morin, Paul Bégin et tous les autres tel Robert Laplante de l'Action Nationale? Fini le temps des boys-scouts. Nous n'avons plus le droit de faire des erreurs. Nous sommes en guerre pour notre survi.

    Claude L'Heureux, Québec »

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