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Essais québécois - L'école est-elle discriminatoire envers les garçons ?

Louis Cornellier   18 août 2007  Livres
Plus élevé que celui des filles, le taux de décrochage scolaire des garçons québécois suscite, depuis quelques années, un débat passionné qui met en cause les rapports de genres: l'école québécoise est-elle discriminatoire envers les garçons et, par conséquent, conçue pour les filles qui y réussissent mieux? Chercheur en éducation et spécialiste de cette question, Jean-Claude St-Amand, dans un solide opuscule intitulé Les Garçons et l'École, réfute cette thèse avec force études à l'appui.

Contre une perception répandue, même chez les enseignants, St-Amand précise que la seule matière où l'on retrouve un retard des garçons par rapport aux filles est la langue d'enseignement (lecture et écriture). Cette information, à elle seule, relativise la thèse de la discrimination systémique à l'égard des garçons. D'ailleurs, ajoute le chercheur, il faut «éviter la généralisation à tous les garçons de phénomènes qui ne concernent qu'une partie d'entre eux». Il est aussi utile de savoir que ce retard des garçons dans la maîtrise de la langue d'enseignement n'est pas propre au Québec et qu'il se manifeste surtout chez les élèves issus de milieux populaires.

En 1979, le taux de décrochage scolaire des garçons de 19 ans était de 43,8 %. En 2004, il se situait à 24,3 %. Comment expliquer, alors, la panique actuelle. C'est que les filles font encore mieux, étant passées d'un taux d'abandon de 37,2 % à un taux de 13,9 %. Les filles, en d'autres termes, sont si bonnes qu'elles modifient notre perception de la situation des garçons québécois, meilleure que celle de leurs semblables du reste du Canada et des pays de l'OCDE. Encore là, toutefois, et il faut s'en réjouir, les filles font mieux.

En ce qui concerne les diplômes à la sortie de l'école, on constate que garçons et filles obtiennent des résultats semblables en formation technique ou professionnelle et en formation générale. Des écarts se font toutefois remarquer dans le cas des sans-diplôme (plus de garçons que de filles) et dans celui de l'obtention du baccalauréat (plus de filles que de garçons). Dans ce dernier cas, St-Amand avance deux raisons pour expliquer l'écart en faveur des filles: dès la troisième année du secondaire, les filles présentent des aspirations scolaires plus élevées (le chercheur parle d'un processus d'auto-exclusion chez les garçons) et l'efficacité économique de leur diplôme est plus grande. Avoir un bac, pour une fille, est presque toujours payant, ce qui n'est pas systématiquement le cas pour les garçons.

La culture masculine en cause

Si ces données relativisent les problèmes scolaires des garçons québécois, elles ne disent pas pour autant que tout va bien. Des filles et des garçons continuent d'échouer, et ces derniers en plus grand nombre. Comment expliquer ce phénomène? Rappelons, d'abord, que «le milieu socio-économique d'où sont issus les jeunes reste une clef de compréhension essentielle». Dans le cas des garçons, cependant, il y a plus, et St-Amand, dans une perspective féministe, pointe «certaines conceptions de l'identité masculine [qui] amènent des garçons, le plus souvent ceux qui sont issus de milieux socio-économiques faibles, à se distancier de l'école et de ses exigences».

Il évoque, en se fondant sur des enquêtes, l'image négative de l'école, perçue comme une contrainte, le refus des efforts, une forte culture du jeu et la persistance de stéréotypes qui amène plusieurs garçons à refuser «d'attribuer une bonne performance aux filles» et d'être dépassés par elles. Ces dernières, affirment certains, ne seraient meilleures que parce que les gars se forcent moins! St-Amand remarque aussi que les garçons sont incapables de «décrire ce qui caractérise les hommes», «axent leur définition des femmes sur la sexualité» et flirtent avec l'homophobie. Il en conclut, un peu rapidement dans cet essai mais cette thèse a été longuement développée ailleurs, que «le conformisme de certains garçons sur le plan de leurs représentations des identités de sexe les amène, dans la pratique, à reléguer au second plan les attitudes et les comportements associés à la réussite éducative». En d'autres termes, et cela s'applique aux filles comme aux garçons, plus on entretient de stéréotypes liés aux genres, moins on réussit à l'école.

En ce sens, certaines solutions souvent avancées pour remédier au retard d'un groupe de garçons risquent d'être sans effet, voire carrément nocives. Une étude australienne a montré, par exemple, que la non-mixité dans les écoles n'améliore pas la réussite scolaire des garçons. Elle a même le défaut de concevoir ces derniers comme un groupe homogène, ce qui n'est pas le cas, d'encourager une diminution des attentes et d'entretenir les stéréotypes de la masculinité. «Les écoles parmi les plus efficaces, constate St-Amand, sont celles qui ont un fort engagement tant envers les garçons qu'envers les filles» grâce à une politique globale qui s'applique aux deux sexes.

Souvent soulevée elle aussi, la question du taux de féminité du personnel scolaire a été analysée dans l'enquête australienne, qui a conclu que «le sexe du personnel enseignant n'a pas d'impact sur les résultats scolaires». Ce qui compte, c'est la qualité de la relation entre l'enseignant et l'élève et le milieu social d'origine. Les filles, à l'université, ont surtout des enseignants masculins et cela ne les empêche pas de réussir. Les valeurs véhiculées à l'école primaire seraient plus féminines que masculines? «Les valeurs ne sont en soi ni masculines ni féminines», rétorque St-Amand, qui rejette aussi l'idée d'organiser des activités sportives pour les garçons seulement, une approche discriminatoire qui nourrirait les stéréotypes déjà évoqués.

Que faire, alors? Mettre en place des mesures pour contrer l'échec scolaire qui concernent autant les filles que les garçons. Comme ces derniers seront plus nombreux à en bénéficier, cela ne manquerait pas de réduire les écarts constatés. Il faut aussi favoriser «des actions prioritaires en milieu socio-économique faible».

Plus spécifiquement, St-Amand propose d'intervenir contre les stéréotypes sexuels puisque plus l'adhésion à ceux-ci est grande, moins les résultats sont bons. Il propose aussi une offensive en matière de pratiques de lecture qui mettrait l'accent sur la diversification et la substance: «L'effet positif des pratiques de lecture fréquente et prolongée est donc bien étayé. Il serait même apte à compenser certains effets négatifs liés au statut socio-économique.» Enfin, il propose de former les élèves à la prise en charge de leur scolarisation pour qu'ils développent une motivation intrinsèque (source de plaisir) plutôt qu'extrinsèque (pour le gros salaire plus tard).

Plus de garçons que de filles profiteront de ces mesures non discriminatoires, mas tous, la collectivité y compris, en sortiront gagnants. L'avenir, nous dit St-Amand dans cet ouvrage très éclairant, n'est pas en arrière.

louisco@sympatico.ca

***

Les garçons et l'école

Jean-Claude St-Amand

Sisyphe

Montréal, 2007, 128 pages
 
 
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  • Maryse Lafleur
    Abonnée
    samedi 18 août 2007 17h24
    Schéma de genre?
    Bien sûr que toutes les généralisations sont dangereuses. Ceci dit, la théorie du schéma de genre (Sandra Bem) reste un modèle intéressant pour aider à comprendre les hommes et les femmes qui sont schématiques de genre. Pour schématiser davantage et, à la limite, caricaturer, on pourrait les appeler les "nunuches" et les "machos". Ce ne sont que des croyances mais ce sont nos croyances qui nous guident dans nos choix.
    La maitrise de la langue seconde serait meilleure chez les filles que chez les garçons, surtout si on considère le milieu socio-économique. C'est presqu'un pléonasme si on considère que les filles/femmes sont davantage douées pour la communication verbale parce qu'elles y ont davantage recours. Cependant l'étude de la langue, maternelle ou seconde, repose sur un "code" grammatical et syntaxique. Il y a dans l'étude des langues l'appréhension d'une structure. Les enfants qui ont l'avantage de provenir d'un milieu socio-économique plus favorisé sont très probablement plus stimulés et/ou moins anxieux. Ceci aide à comprendre que la différence de performance entre les filles et les garçons s'atténue en milieu plus favorisé. De plus, on observe généralement que les élèves plus doués en sciences dites dures ou pures (ou de la nature) sont aussi plus performants dans l'étude de la langue maternelle. On ne peut que penser ici à la structure mentale qui n'a pas, ou ne devrait pas avoir, de "genre". Donc l'auteur a raison d'identifier l'adhésion au stéréotype (ou schéma) de genre ainsi que le milieu socio-économique comme explications vraisemblables à la moindre réussite des garçons. Et oui, les enseignants devraient savoir intervenir de façon "androgyne" de sorte qu'ils pourraient atteindre ou rejoindre tous les élèves. Et se rappeler l'effet Pygmalion (qui veut que les élèves donnent très souvent le rendement qu'on attend d'eux). Il est tout aussi vrai que la motivation intrinsèque (le plaissr de réussir ou de s'améliorer) est infiniment plus efficace que la motivation extrinsèque.
    Enfin j'apporterais une petite nuance à l'énoncé voulant que "les valeurs ne sont en soi ni masculines ni féminines" : fondamentalement, c'est vrai mais beaucoup moins si on n'adhère pas aux stéréotypes sexuels.
    Maryse Lafleur, Québec

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    samedi 18 août 2007 19h46
    L'école est discriminatoire envers l'intelligence !
    La tête de nos enfants se fait remplir de tellement d'insignifiance qu'ils sont totalement incapables d'accomplir quoi que ce soit. Ils ne lisent pas, ils n'écrivent pas, ils ne pensent pas...

    Il est devenu plus important de produire un consommateur qu'un citoyen. Corporations psychopathes 1, Société 0 !

    Le système d'éducation au grand complet est coupable d'abus systématique de la jeunesse !

    Ceux qui ont encore des couilles ont une dernière option : se rendre à la bibliothèque et reprendre leur éducation des mains de leurs abuseurs !

    Preuve de concept...

    "Il fut un temps -il y a 6,000 ans- où les humains vivaient en paix avec les dinosaures." - Stockwell Day / Novembre 2000
    http://thetyee.ca/Views/2004/12/01/TheManwhoWalksw

    Ce guignol est en charge de notre sécurité nationale !

    L'obscurantisme scientifique doit faire partie de la liberté de religion et être protégé par la charte. Un accommodement "raisonnable" à la science et Darwinisme ? La pensée rationnelle et la rigueur intellectuelle doit supplanter la religion, l'autorité, la tradition et maintenant le système d'éducation et les médias corporatifs, avant de s'imposer.

    Mais revenons à nos moutons...

    L'heure n'est pas à l'éducation, à l'art, à la culture ou à la dissidence...

    On a une guerre à gagner !

    "God bless Canada" - Steven Harper

    "What God wants, God gets, God help us all ! " - Roger Waters

    "Seuls les plus petits secrets ont besoin d'être protégés. Les plus gros sont gardés par l'incrédulité publique." - Marshall McLuhan

  • Gerry Pagé
    Inscrit
    dimanche 19 août 2007 13h54
    La mixité, au secondaire, un génocide.
    La mixité, au secondaire, alors que les ados ont toujours été, sont toujours et seront à tout jamais en crise plurielle, fut la gaffe monumentale du siècle dernier. Ce fut l'avènement de la discrimination, du sexisme à rebours et le nivelage de la reconnaissance et de l'affirmation des différences. Au nom de l'égalité la plus ombrageuse et pernicieuse, on a renié et mis à l'index la psychologie de l'adolescence. Au nom de l'égalité virtuelle, on a bafoué et privé les générations de la relève, des moyens privilégiés de se découvrir, de se connaître, de s'accepter, de s'identifier et de s'affirmer.

    Les ados furent les ciblés et les criblés des commandos «logues et peutes» des pigeonniers de l'Éducation systématisée qui ont pris d'assaut les barricades et conduit les guéguerres d'une Révolution que Jean Lesage voulait tranquille et ciblée sur «qui s'instruit s'enrichit». Après avoir passe 25 ans à la direction d'écoles secondaires de premier et deuxième cycles, j'ai assisté, sans le moindre pouvoir de le stopper, au génocide socioculturel, intellectuel et humain des ados. Comme nombre de parents et d'éducateurs, j'ai subi l'hécatombe et assisté aux situations de dentelle favorisant les filles et désavantageant les gars qui, pour un trop grand nombre, y ont trouvé leur appauvrissement général.

    Ils et elles sont devenus les objets de réformes qui n'allaient nul part ailleurs que dans les couloirs menant aux terrains vagues du néant. Les garçons, notamment, sont devenus les grosses quilles des polyvalentes, ces sombres baraques du béton subventionné. La mixité a fait des ados du Québec, les cobayes de l'instructionnite, aussi creuse que verbeuse, garrochée par des fonctionnaires en mission, allant à l'encontre et au détriment des missionnaires en fonction. Les oiseaux-logues ministériels ont profité du «vide parental» qu'occasionnait l'avènement en trombe des divorces en séries, pour donner libre cours à leurs fantasmes d'intellos en rut, les plus fantaisistes et les plus folichons. Profitant de l'émergence du féminisme, le résultat global en fut que les filles s'en sont mieux sorties que les garçons qui en furent très certainement les victimes, les démolis, les écoeurés, les drogués, les décrocheurs, les flâneurs, les absents, les échoués, les itinérants, les instables, les petits malfrats, les casseurs, les prestataires de l'aide sociale, les suicidaires et suicidés, les débranchés dont la fresque, l'affiche et le spectacle, jusqu'à ce jour, donnent vertiges et nausées. Les coûts humains et les coûts sociaux sont inchiffrables. Mais le «Résultat» de ses folies du siècle dernier, justifient, plus que jamais, un incontournable Nuremberg, c'est à dire un procès sans détour des gouvernants et instigateurs sans conscience, des bureaucrates sans jugement et technocrates sans scrupules, ces parâtres et marâtres du système insurrectionnel de tous les nivellements par le bas, dont les victimes par milliers doivent en endurer et en sublimer les séquelles, pour le reste de leur existence.

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