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L'entrevue - Du bonheur d'être «brun»

L'auteur d'origine mexicaine Richard Rodriguez fait l'apologie du métissage

Caroline Montpetit   3 juillet 2007  Livres
Richard Rodriguez
Richard Rodriguez
Il fait damner les tenants du multiculturalisme. N'hésite pas à se porter à la défense de l'identité américaine dans sa plus simple expression. Sa mère lui reproche souvent de mal connaître sa culture mexicaine. Et pourtant, il ne se gêne pas pour en parler sur toutes les tribunes.

Richard Rodriguez est comme bien d'autres le fils d'immigrants mexicains ayant choisi les États-Unis comme patrie. Sauf que, à l'encontre de plusieurs de ses semblables, il s'oppose à toute mesure visant à préserver une identité culturelle autre que celle du pays d'adoption. Il s'oppose aux quotas prévoyant l'embauche d'un certain nombre d'enseignants d'origine mexicaine dans les écoles américaines. Il s'oppose même au courant américain défendant l'éducation bilingue, en anglais et en espagnol. Son dernier livre, Brown: The Last Discovery Of America, fait l'apologie du métissage et revendique une culture plurielle universelle.

Il y a quelque temps, il faisait un premier voyage public au Canada, où il a donné une téléconférence à partir de Vancouver. «Les enfants ne peuvent pas résister à l'Amérique», dit-il d'entrée de jeu. Il faut dire que tout son parcours personnel a tendu vers cette américanité, lui qui a par ailleurs terminé un doctorat en littérature anglaise.

Et pourtant, il se décrit lui-même comme étant «brun» (brown), par opposition aux couleurs de peau blanche et noire qui ont traditionnellement, dit-il, défini l'Amérique. La catégorisation populaire selon laquelle si vous aviez une goutte, une seule goutte de sang noir, vous étiez noir, n'a-t-elle pas longtemps prévalu chez nos voisins du Sud? Alors, soutient-il, une femme blanche pouvait donner naissance à des enfants noirs mais une femme noire ne pouvait pas donner naissance à des enfants blancs.

Or, les «bruns», si l'on suit le raisonnement de Richard Rodriguez, ce sont aussi, par exemple, les enfants américains qui se définissent comme «Negropinos» parce qu'ils ont à la fois des racines philippines et africaines, ou les «Hinjews» qui ont des ascendants tant chez les Hindous que chez les Juifs. Au sujet des Amérindiens, Rodriguez ajoute qu'«eux aussi sont venus d'ailleurs», à un moment de leur histoire, quoi qu'on en dise. «On a tendance à les considérer comme étant hors de l'histoire, comme les arbres», déplore-t-il.

Bref, l'homme prend la défense du métissage sous toutes ses formes, plaçant d'ailleurs l'interculturalisme sous le signe de «l'érotisme» plutôt que sous l'enseigne politique. Mais il revient aussi périodiquement au terme «brun» pour désigner le métissage des Espagnols et des Amérindiens d'Amérique latine. Avec un tel sujet d'étude, il faut dire que les paradoxes sont légion...

Dans la mythologie, ces métissés mexicains sont les descendants d'Hernan Cortez et de La Malinche, dite aussi Dona Maria. Cette femme indigène, qui fut la maîtresse et la traductrice de Cortez, était, selon plusieurs historiens, de culture aztèque. Elle aurait été vendue comme esclave à un Cacique de Tabasco avant d'être offerte à Cortez lui-même.

Polyglotte, elle aurait été indispensable aux victoires des Espagnols. Aussi, traditionnellement, les Mexicains la jugent-ils autant comme une traîtresse que comme une victime consentante. Le fils qu'elle a eu avec Hernan Cortez, Don Mahin Cortez, est considéré comme le premier Mexicain. Il est mort exécuté en 1548 pour avoir comploté contre le vice-roi.

De ces origines troubles, le peuple mexicain a hérité d'une difficulté à reconnaître son identité, avance Rodriguez. En effet, on ne trouve aucune statue d'Hernan Cortez dans la ville de Mexico, où le conquistador est souvent considéré comme un voleur et un tortionnaire, voire un violeur.

Quant à La Malinche, elle est à l'origine de l'expression malinchista qui désigne, au Mexique, quelqu'un qui déteste les Mexicains. Héritiers de ce mariage complexe, les Mexicains ne peuvent reconnaître leurs origines, tenaillés par l'impossibilité d'admettre l'identité du conquérant mais méprisant les indios, considérés péjorativement comme illettrés ou arriérés.

Or, si la mythologie établit dans les grandes lignes les origines d'un peuple, les identités d'aujourd'hui se sont passablement compliquées, mondialisation oblige. Toujours sous le signe de «l'érotisme», naissent aujourd'hui, aux États-Unis, des enfants musulmans dont le père et la mère sont respectivement sunnite et chiite, par exemple, ou des enfants de père et mère juif et musulman, ou encore de père et mère chrétien et bouddhiste, etc.

Une palette de bruns

En fait, la population américaine est tellement métissée que Rodriguez dit: «Les seuls enfants latinos que je connaisse vivent à Beverly Hills. Ils sont latinos parce qu'ils sont élevés par des nurses d'Amérique latine. Pendant ce temps, les enfants de ces nurses grandissent dans les rues, et ils trouvent le sens de la famille dans les gangs et où ils partagent le langage des hiéroglyphes.»

Il faut dire aussi que le recensement américain ne reconnaît pas une gamme très élaborée de métissages.

Dans Brown: The Last Discovery Of America, Richard Rodriguez replace les Européens, les Amérindiens et les Africains au coeur de la naissance de l'Amérique. Mais ce blanc, ce rouge, ce noir se sont fondus en une palette de bruns. Publié en 2002, Brown était le dernier volet d'un cycle entamé avec les deux livres Hunger Of Memory: The Education of Richard Rodriguez et Days Of Obligation: An Argument With My Mexican Father.

Le premier raconte le passage de l'auteur de la classe ouvrière, dont ses parents sont issus, à la classe intellectuelle, par le biais de l'éducation. Et le second tente d'évaluer les effets de son identité mexicaine sur sa vie aux États-Unis.

«J'ai grandi en voulant être blanc, admet cependant Rodriguez comme pour expliquer son cheminement jusqu'ici. C'est-à-dire, en voulant être sans couleur et me sentir complètement libre de mes mouvements. L'autre jour, dans un restaurant de quartier, le serveur m'a dit de lui-même, après avoir mentionné qu'il avait lu mes livres: "Je suis blanc, je ne suis rien." Mais c'est cela que je voulais, voyez-vous, en grandissant aux États-Unis: la liberté de n'être rien, cette confiance, cette arrogance. Et je l'ai réalisée.»

C'est peut-être cela, être américain.
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    mardi 3 juillet 2007 07h12
    "Je suis blanc, je ne suis rien."
    Les Blancs sont maintenant minoritaires en Californie.

    Un enfant sur deux, de moins de 5 ans aux États-Unis, n'est pas blanc. Dans 20 ans, le moitié des Américains de moins de 25 ans ne seront pas blancs.

    A Toronto, Stat Can nous apprendra bientot que les Blancs sont maintenant minoritaires. En 1960, la ville était WASP à 90% et en 1980, la ville était blanche à 90%.

    A Montréal, les minorités visibles font maintenant 21% de l'ile. Si vous regardez les films de l'Expo 67, tout le monde était blanc à Montréal.

    "Je suis blanc, je ne suis rien."

  • Florence Bédard
    Abonné
    mardi 3 juillet 2007 16h49
    du bonheur d'Être brun
    Ayant veçu au Chili un peu plus d'un an,je suis très touchée
    de son témoignage,comment se sentir chez soi et se faire ac-cepter par un autre peuple.Je n'oubliré jamais mon séjour en
    Amérique latine,salut et courage au pays que j'aime.
    florencia de Québec

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