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Lettres francophones - Mongo Beti et la liberté de penser

Lise Gauvin   30 juin 2007  Livres
Mongo Beti en 1976, lors de la parution de son livre Main basse sur le Cameroun
Photo : Agence France-Presse
Mongo Beti en 1976, lors de la parution de son livre Main basse sur le Cameroun
D'abord connu comme romancier, l'écrivain d'origine camerounaise Mongo Beti (1932-2001) n'a cessé, tout au long de sa vie, de militer pour la reconnaissance des droits de ses compatriotes africains et de dénoncer le néocolonialisme qui, au nom de la francophonie, a gardé en tutelle les pays de l'Afrique noire longtemps après leur indépendance. Mais il a payé cher une liberté de penser qui l'a forcé à l'exil et lui a causé divers sévices. L'ouvrage publié par les Éditions Gallimard, qui couvre les années 1953 à 1993, est le premier d'une série de trois regroupant les principaux articles de ce militant.

De son vrai nom Alexandre Beyidi, Mongo Beti publie un premier roman, Ville cruelle (Présence africaine, 1954), sous le pseudonyme d'Eza Boto, en hommage à Ezra Pound, récit qui met en cause la violence coloniale. Deux ans plus tard, un nouveau roman, Le Pauvre Christ de Bomba (Robert Laffont, 1956), s'attaque à l'action des missionnaires au Cameroun. Après avoir passé son certificat d'aptitude au professorat (CAPES) en France, puis un diplôme d'études supérieures sur «l'image du Noir dans Bug-Jargal» de Victor Hugo, il devient professeur au lycée de Rouen en 1966, poste qu'il occupera durant douze ans. En 1972, un essai virulent, Main basse sur le Cameroun, dans lequel il s'en prend au pouvoir en place dans son pays, est immédiatement saisi après sa parution chez Maspero à Paris. Et l'auteur de se trouver ensuite dans un imbroglio juridique assez surréaliste puisqu'au moment de répondre à une invitation de l'Université de Halifax, il se rend compte que l'État français ne le considère plus comme l'un de ses ressortissants, bien qu'il ait séjourné en France depuis 1951 — alors que le Cameroun avait toujours le statut de colonie — et qu'il soit fonctionnaire de l'Éducation nationale. Au moment d'obtenir un renouvellement de son passeport, on lui demande plutôt de se rapporter au régime politique alors en exercice au Cameroun, celui-là même auquel il s'oppose dans ses écrits.

Un radical

Mongo Beti, qui se décrit comme «un radical noir francophone», aura ainsi passé toute sa vie à défendre les intérêts des siens et à exprimer son indignation face à une presse silencieuse devant les horreurs de ce qu'il désigne alors comme une «véritable république bananière où, à l'évidence, l'indépendance a laissé intacte la domination de la France». Ses premiers articles, publiés dans Présence africaine, annoncent déjà un ton et des prises de position qui vont à l'encontre des idées reçues. À Camera Laye, auteur de L'Enfant noir, il reproche une vision édulcorée de l'Afrique qui en laisse de côté les véritables enjeux. Toute publication n'est-elle pas jusqu'à un certain point orientée par les comités de lecture des maisons d'édition françaises dont l'attente est, de façon plus ou moins consciente, marquée par le désir de pittoresque? De la même façon, l'information, selon Beti, est faussée par les journaux français de droite qui sont diffusés largement en Afrique. Afin de faire entendre une parole vraiment libre, émanant de la communauté des intellectuels africains, il crée en 1978, avec son épouse, la revue Peuples noirs-peuples africains. Ce n'est qu'à la fin de 1991 qu'il peut retourner sans crainte s'établir dans son pays, où il fonde la Librairie des peuples noirs, à Yaoundé.

L'exemple de Mongo Beti est celui d'un écrivain qui a su rester fidèle à ses engagements initiaux et dont les constats, en ce qui concerne la diffusion des oeuvres, sont toujours d'actualité:

«Toute communauté qui ne s'est pas dotée d'institutions littéraires qui lui appartiennent en propre, qu'elle soit en mesure de contrôles à l'exclusion de tiers étrangers si bienveillants soient-ils, doit s'attendre à ce que ses écrivains se mettent d'une façon ou d'une autre au service d'organisations mieux pourvues, certes, mais en dernière analyse hostiles. Dans ce domaine-là comme dans les autres, il n'y a pas de miracle. [...] Sans appareil culturel indépendant, il n'y a pas de public autonome, ni de communauté littéraire souveraine.»

Qu'aurait-il pensé de cette consécration institutionnelle par les Éditions Gallimard? On peut à tout le moins s'interroger sur la notion de «rebelle», qualificatif donné par l'éditeur faisant basculer dans la marge celui qui, tout au long de sa vie, s'est voulu un militant et le porte-parole de sa collectivité. Ou mieux encore, selon l'expression de Tierno Monemembo, un «Prométhée camerounais».

***

Le Rebelle

Mongo Beti, Gallimard, coll. «Continents Noirs», Paris, 2007, 404 pages

***

Collaboratrice du Devoir






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  • Jean Le May
    Inscrit
    dimanche 1 juillet 2007 09h59
    Merci de faire connaître
    « Merci de me faire connaître cet écrivain qui saura me dire autre chose sur l'Afrique que les banalités racoleuses. »

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