La petite chronique - Passions presque dévorantes
30 juin 2007
Livres
Les écrits de Jean-Bertrand Pontalis consacrés à la psychanalyse sont connus. Cette activité professionnelle ne l'empêche pas d'être en même temps un écrivain de race. Les récits réunis sous le titre d'Elles en sont la preuve. Il s'agit de courts textes — moins de dix pages — qui évoquent, illustrent des figures de femmes. Souvenirs de lectures, images léguées par le cinéma, rappels de rencontres, comptes rendus d'aventures imaginées ou non, tout s'articule autour de la femme.
«Ma mère est présente dans tous mes livres. Parfois, je l'évoque directement, je la nomme; parfois, plus souvent, elle y apparaît sous la forme d'une fiction. Des livres dont elle n'a jamais lu une ligne et qui sans doute lui étaient destinés afin de la toucher, afin qu'elle entende la voix de son fils qui ne savait pas lui parler... Il y a donc dans ce petit livre en apparence si léger une gravité à peine suggérée qui vous retient jusqu'à la fin. Ici, rien de lourd, une discrétion, un humour, un parfum de nostalgie. Quant à Pierre, il vient à des intervalles réguliers, me consulter, sans motifs précis. Je crois que cela lui fait du bien de vérifier que nous vieillissons ensemble.»
La discrétion qui fait le charme des récits de Pontalis, on ne la retrouve pas dans les lettres qu'ont échangées Anaïs Nin et Henry Miller. Sous le titre de Correspondance passionnée nous est soumis un échange épistolaire entre les deux écrivains qui, à partir de 1932, trouvèrent moyen de tomber amoureux l'un de l'autre, de vivre une passion partagée puis d'évoluer petit à petit vers une amitié dans laquelle une tendresse émouvante trouva place. Le titre original, A Literate Passion, rend mieux compte du contenu du livre. S'il traite de passion charnelle dans ces lettres, il y est aussi beaucoup question de littérature.
Quand Anaïs Nin rencontre Henry Miller à Paris en 1931, elle est déjà mariée. Elle a 28 ans. Fille d'un compositeur et musicologue espagnol, elle vit avec son mari, banquier. Hugh Parker Guiler est américain. Le couple réside en France. Miller est sans le sou et vit d'expédients. Anaïs tombera amoureuse de la seconde femme de Miller, June, et aura avec elle une aventure.
Si Anaïs Nin tient déjà son journal, elle n'a pas publié. Miller non plus ne s'est pas fait un nom en littérature. Les deux ne tardent pas à se reconnaître. Il s'agira pour les deux amants de ne pas chagriner l'époux. Jusqu'à la fin, Miller aura le souci de le ménager.
Une chose est évidente, il aime Anaïs. «Je suis heureux, Anaïs, je suis heureux de toi, pour toi, avec toi. Je ne veux plus de cet amour sombre, pleurnichard, gémissant.» Miller a soif de liberté, il rêve de voyages, de nouveaux horizons.
Les lettres d'Anaïs ont le même accent de vérité. Si elle ne tarde pas à faire reproche à Miller de ce qu'elle estime être de sa part une conception de l'amour trop exclusivement axée sur la recherche sexuelle, elle n'a pourtant rien d'un bas bleu. Elle accepte que son amant lui fasse des remarques sur la faiblesse de son écriture. «Je propose, lui écrit-il, de revoir le texte ensemble, page par page, peut-être, afin de t'enseigner un tout petit peu de maîtrise.»
Quand ils cessent de correspondre, c'est à cause de la diariste. «Il y a un éloignement, non de mon côté, mais du sien», écrit Miller à son ami Wallace Fowlie en janvier 1944. La dernière lettre reproduite dans cette Correspondance passionnée est d'octobre 1953. L'un et l'autre des épistoliers ont alors atteint à la célébrité qu'ils recherchaient.
***
Elles
J.-B. Pontalis, Gallimard, Paris, 2007, 198 pages
***
Correspondance passionnée
Anaïs Nin/Herny Miller, Stock, Paris, 2007, 618 pages
***
Collaborateur du Devoir
«Ma mère est présente dans tous mes livres. Parfois, je l'évoque directement, je la nomme; parfois, plus souvent, elle y apparaît sous la forme d'une fiction. Des livres dont elle n'a jamais lu une ligne et qui sans doute lui étaient destinés afin de la toucher, afin qu'elle entende la voix de son fils qui ne savait pas lui parler... Il y a donc dans ce petit livre en apparence si léger une gravité à peine suggérée qui vous retient jusqu'à la fin. Ici, rien de lourd, une discrétion, un humour, un parfum de nostalgie. Quant à Pierre, il vient à des intervalles réguliers, me consulter, sans motifs précis. Je crois que cela lui fait du bien de vérifier que nous vieillissons ensemble.»
La discrétion qui fait le charme des récits de Pontalis, on ne la retrouve pas dans les lettres qu'ont échangées Anaïs Nin et Henry Miller. Sous le titre de Correspondance passionnée nous est soumis un échange épistolaire entre les deux écrivains qui, à partir de 1932, trouvèrent moyen de tomber amoureux l'un de l'autre, de vivre une passion partagée puis d'évoluer petit à petit vers une amitié dans laquelle une tendresse émouvante trouva place. Le titre original, A Literate Passion, rend mieux compte du contenu du livre. S'il traite de passion charnelle dans ces lettres, il y est aussi beaucoup question de littérature.
Quand Anaïs Nin rencontre Henry Miller à Paris en 1931, elle est déjà mariée. Elle a 28 ans. Fille d'un compositeur et musicologue espagnol, elle vit avec son mari, banquier. Hugh Parker Guiler est américain. Le couple réside en France. Miller est sans le sou et vit d'expédients. Anaïs tombera amoureuse de la seconde femme de Miller, June, et aura avec elle une aventure.
Si Anaïs Nin tient déjà son journal, elle n'a pas publié. Miller non plus ne s'est pas fait un nom en littérature. Les deux ne tardent pas à se reconnaître. Il s'agira pour les deux amants de ne pas chagriner l'époux. Jusqu'à la fin, Miller aura le souci de le ménager.
Une chose est évidente, il aime Anaïs. «Je suis heureux, Anaïs, je suis heureux de toi, pour toi, avec toi. Je ne veux plus de cet amour sombre, pleurnichard, gémissant.» Miller a soif de liberté, il rêve de voyages, de nouveaux horizons.
Les lettres d'Anaïs ont le même accent de vérité. Si elle ne tarde pas à faire reproche à Miller de ce qu'elle estime être de sa part une conception de l'amour trop exclusivement axée sur la recherche sexuelle, elle n'a pourtant rien d'un bas bleu. Elle accepte que son amant lui fasse des remarques sur la faiblesse de son écriture. «Je propose, lui écrit-il, de revoir le texte ensemble, page par page, peut-être, afin de t'enseigner un tout petit peu de maîtrise.»
Quand ils cessent de correspondre, c'est à cause de la diariste. «Il y a un éloignement, non de mon côté, mais du sien», écrit Miller à son ami Wallace Fowlie en janvier 1944. La dernière lettre reproduite dans cette Correspondance passionnée est d'octobre 1953. L'un et l'autre des épistoliers ont alors atteint à la célébrité qu'ils recherchaient.
***
Elles
J.-B. Pontalis, Gallimard, Paris, 2007, 198 pages
***
Correspondance passionnée
Anaïs Nin/Herny Miller, Stock, Paris, 2007, 618 pages
***
Collaborateur du Devoir
Haut de la page

