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Des poèmes de détenus de Guantánamo publiés aux États-Unis

21 juin 2007  Livres
Les auteurs, qui n’ont pour la plupart jamais écrit de poésie avant, sont Saoudiens, Yéménites, Britanniques et Pakistanais.
Photo : Agence Reuters
Les auteurs, qui n’ont pour la plupart jamais écrit de poésie avant, sont Saoudiens, Yéménites, Britanniques et Pakistanais.
Washington — Un recueil de poèmes, publié en août aux États-Unis, donne la parole aux détenus de Guantánamo qui ont transmis à leurs avocats leurs textes parfois écrits avec de la pâte dentifrice ou gravés sur des couvercles de tasses en plastique.

Poems from Guantanamo - The Detainees Speak (Poèmes de Guantanamo - Les détenus parlent) rassemble sur 84 pages 22 textes écrits par 17 prisonniers.

Quatre ou cinq ont été libérés depuis, mais les autres font encore partie des 375 détenus du camp de Guantánamo, ouvert sur une base navale américaine à Cuba dans les mois qui ont suivi les attentats du 11 septembre 2001. La plupart sont retenus depuis plus de cinq ans sans inculpation ni jugement.

Le recueil, édité par les Presses universitaires de l'Iowa, a pu voir le jour grâce à un avocat, Marc Falkoff, et tous les textes, écrits en arabe et traduits par des traducteurs accrédités auprès du ministère américain de la Défense, ont été «déclassifiés» par le Pentagone.

C'est en commençant à recevoir des poèmes de ses clients que Me Falkoff, qui défend des détenus yéménites à Guantánamo, a eu l'idée de les publier. Il s'est rendu compte que d'autres avocats recevaient également de tels poèmes.

Tous les textes sortant de la base sont a priori considérés comme des menaces potentielles à la sécurité et doivent être analysés par les services du Pentagone, qui choisissent de les retenir ou de les «déclassifier» en les remettant aux avocats.

Pendant la première année de détention, lorsque les prisonniers n'étaient pas autorisés à avoir du papier ni de crayon, certains de ces poèmes ont été écrits avec de la pâte dentifrice ou gravés sur des couvercles de tasses en plastique à l'aide de cailloux, a raconté Marc Falkoff à l'AFP.

Les auteurs, qui n'ont pour la plupart jamais écrit de poésie avant, sont Saoudiens, Yéménites, Britanniques et Pakistanais.

«Aucun de ces textes n'a été écrit dans le but d'être publié dans ce volume. La plupart des détenus s'interrogent sur leur situation, sur la justice, confient leur désillusion de l'Amérique, parfois leur colère et surtout la nostalgie qu'ils ressentent», explique l'avocat, qui s'est rendu une dizaine de fois à Guantánamo.

«Amérique, tu caracoles sur le dos d'orphelins / Et tu les terrorises chaque jour. / Bush, fais attention / Le monde reconnaît en toi le menteur arrogant», écrit Sami al-Haj, un ancien caméraman de la chaîne d'information arabe al-Jazira, encore détenu.

«Prenez mon sang, prenez mon suaire et ma dépouille, prenez des photos de mon corps dans sa tombe, esseulé / Envoyez-les au monde, aux juges, aux hommes de conscience, aux hommes de principe et aux justes / Et laissez-les porter, aux yeux du monde, le fardeau coupable d'une âme innocente», écrit de son côté Jumah al-Dossari, 33 ans, détenu à Guantánamo depuis cinq ans, qui a tenté de se suicider en prison 12 fois.

«Il y a deux moyens de faire entendre ce qui se passe à Guantánamo, résume Marc Falkoff. Avoir un procès public, ce qui jusqu'ici a été refusé à mes clients, ou publier ces textes afin que le public puisse entendre la voix des détenus», ajoute-t-il.

Le recueil de poèmes a été tiré à 5000 exemplaires. «Nous avons pensé que c'était un livre très important à publier», a indiqué Allison Thomas, porte-parole de la University of Iowa Press.

«Nous sommes exactement dans le rôle de toutes presses universitaires, qui est de soutenir des idées engagées et de contribuer à porter à la connaissance du public l'information dont dépend la démocratie», a-t-elle ajouté.

Les profits du livre iront à un centre de défense des droits des détenus, le Center for Constitutional Rights, a précisé l'avocat.
 
 
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