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Essais québécois - Le saint Lévesque d'André Larocque

Louis Cornellier   16 juin 2007  Livres
René Lévesque au soir du premier référendum
René Lévesque au soir du premier référendum
René Lévesque, nous dit André Larocque dans Le Parti de René Lévesque. Un retour aux sources, a été le plus grand premier ministre du Québec. Or, en formulant ce jugement, l'essayiste ne veut pas saluer le héraut de la souveraineté que fut Lévesque, mais plutôt l'homme d'État tout entier dévoué à la démocratisation de notre système politique. «Sa vraie priorité», écrit-il, était moins la souveraineté de l'État que la souveraineté populaire. On a retenu la loi 101 comme symbole de son engagement, alors qu'il aurait plutôt fallu retenir sa loi sur le financement populaire des partis politiques et son engagement en matière de réforme électorale et parlementaire.

L'essai d'André Larocque, qui fut membre du personnel politique du PQ et haut fonctionnaire avant de devenir professeur associé à l'École nationale d'administration publique et militant engagé en faveur de la réforme du mode de scrutin, contient deux parties distinctes. La première se veut un portrait hagiographique de l'oeuvre politique de Lévesque et la seconde est un recueil d'anecdotes qui évoquent les belles années du PQ.

Le Lévesque dépeint par Larocque est, en effet, une sorte de saint laïque. «Le passage de l'Église à l'État chez nous ne s'est pas fait dans la révolte religieuse mais dans l'adhésion politique et vous [R. L.] en avez été le principal élément d'entraînement.» Selon l'essayiste, Lévesque aimait profondément les Québécois, sans exclusion, et professait un anti-élitisme de principe. Dans une formule malheureuse, Larocque le qualifie de «populiste» (il affirme vouloir revaloriser ce mot), même si le terme «démocrate» aurait mieux convenu. «Face à la politique définie comme celle des culottes à Vautrain [sic], du scandale du gaz naturel ou encore comme le pouvoir des autres, vous en avez fait un lieu d'édification d'une société moderne avertie, vous avez pavé une route solide vers la réconciliation entre le pouvoir et les citoyens dans une société dénuée de pouvoir depuis des siècles.»

Aux yeux de Larocque, toute la grandeur de Lévesque est là, dans sa volonté de redonner les partis aux membres, dans son action politique visant à démocratiser la participation civique. Larocque insiste beaucoup sur le fait que, pour le premier chef du PQ, la souveraineté étatique n'était qu'un moyen de mieux rendre le pouvoir au peuple.

Après le départ de Lévesque, écrit-il, le PQ a trahi cet esprit en faisant de la souveraineté une fin en soi, vidée de son contenu démocratique. Larocque, en fait, ne pardonne pas au PQ de reporter la réforme du mode de scrutin et une véritable politique de décentralisation au lendemain de la souveraineté. Pourtant, dans une logique souverainiste, cette accusation de faire de la souveraineté une fin en soi ne tient pas. Pourquoi, en effet, vouloir la faire sinon parce que, sans elle, le reste nous semble irréalisable? Si tout est possible sans elle, qui n'apparaît plus alors que comme la cerise sur le sundae, à quoi bon s'y attacher? En ce sens, et contrairement à ce qu'affirme Larocque, Parizeau n'est pas un obsédé de la souveraineté vide. Elle constitue, pour lui aussi, un moyen, mais un moyen nécessaire pour l'atteinte pleine et entière, dans la mesure des possibles politiques, des autres fins. La logique de Larocque suggère plutôt qu'elle ne serait qu'un moyen accessoire, ce qui revient à lui faire perdre une grande partie de sa pertinence. Précisons, toutefois, que ce n'est pas là ce que conclut Larocque, qui pense, par exemple, en s'inspirant de l'esprit de Lévesque, que l'instauration du mode de scrutin proportionnel et une véritable politique de décentralisation créeraient une dynamique démocratique plus favorable à la souveraineté. Il y a là un vrai débat, essentiel, à mener.

Le PQ en anecdotes

Plus légère, la deuxième partie de cet ouvrage est un vrai régal pour les passionnés de la petite histoire de la politique québécoise. Larocque a vécu de l'intérieur la naissance du PQ et sa transformation en force politique de premier plan. Il raconte avec humour et passion, dans ces pages, les hauts et les bas de cette formidable aventure.

Il revient sur les épisodes litigieux qui ont mené aux choix du sigle, «calqué sur celui d'Hydro-Québec» et du nom du Parti québécois, que le chef détestait. Il rappelle que Lévesque craignait comme la peste l'impétuosité de Pierre Bourgault (le collègue Nadeau en aura long à dire cet automne à ce sujet dans son Bourgault) et qu'il souhaitait la survie du RIN afin de faire ressortir la modération du PQ. Amusé, il relate les événements qui ont amené le parti à adopter des statuts copiés sur ceux de la Ligue communiste de Yougoslavie.

Lévesque, nous confirme Larocque, a pleuré à chaudes larmes le jour de l'enlèvement de Pierre Laporte, un événement qui l'a rendu furieux. En 1971, quand Larocque a dû se présenter contre lui lors d'une course à la chefferie pour que Radio-Canada daigne couvrir le congrès du PQ, il a joué le jeu avec plaisir.

Les péquistes, à l'époque, travaillaient déjà fort, contribuaient à instaurer une manière moderne de faire de la politique en développant le volet recherche et documentation de leur travail parlementaire, mais ils savaient aussi s'amuser. En 1972, par exemple, Camille Laurin, à l'Assemblée nationale, livre un long discours... en latin! Le libéral Claude Castonguay lui réplique dans la même langue, suivi en cela par l'unioniste Jean-Noël Tremblay. Reprenant la parole, Laurin enchaîne... en grec ancien! Sa tirade n'aura pas de réplique.

Dans le même esprit, son collègue Claude Charron, toujours en 1972, se lève en Chambre pour souligner la mort du grand dramaturge Jean Racine. Jean-Noël Tremblay en rajoute, et le piège fonctionne. Le coloré Camille Samson, qui n'en manque pas une, déplore à son tour la mort de ce grand... Québécois dont tous se souviennent, de Val-d'Or à Gaspé! «Évidemment, conclut Larocque, ce fut fête au village et on en riait encore des années plus tard... » Comme on riait encore des performances magistrales de Claude Charron, maître dans l'art de parler des heures durant pour retarder l'adoption de projets de loi libéraux.

En fin de parcours, délaissant ce désopilant festival d'anecdotes, Larocque ne manque pas de critiquer le PQ d'aujourd'hui, oublieux de l'héritage du parti de René Lévesque. Il revient aux péquistes actuels de lui donner tort en retrouvant leur dynamisme.

louisco@sympatico.ca

***

Le parti de René Lévesque

Un retour aux sources

André Larocque

Fides

Montréal, 2007, 256 pages
René Lévesque au soir du premier référendum
 
 
 
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  • jacques noel
    Inscrit
    samedi 16 juin 2007 08h33
    Lévesque a tué l'indépendance
    En y collant son obsessive association à la scandinave, béquille que l'on traine encore 40 ans plus tard, René Lévesque a tué l'indépendance.

    La fin de semaine passée, George W. Bush s'est prononcé pour l'indépendance du Kosovo. Le Kosovo betôt. Le Montenegro à 55% yes. Le Timor oriental avec l'aide des troupes de Jean Chrétien yes. La Slovénie des Stastny yes. La Lithuanie de Stanké yes. Mais le Québec de Ti-Poil? No way les p'tits gars. Le Père fondateur a tué le projet dans l'oeuf...

  • Bernard Charron
    Abonné
    samedi 16 juin 2007 13h08
    Pourquoi ces 2 déceptions ?
    La politique n'est-elle pas que l'art du possible ?
    Quand un parti se perçoit lui-même et réussit à être cru, notamment grâce à son leader fondateur et l'équipe qu'il choisit pour l'entourer, comme l'intégrateur de toutes les aspirations d'un peuple --société somme toute de taille réduite mais dont elle ne prend pas, encore aujourd'hui, toute la mesure des implications, géographiquement isolée et dont la langue et l'histoire ont rendu la composition, les convictions et les croyances homogènes et résistantes, même, paradoxalement, imperméables aux menaces réelles objectives identifiées par une partie de ses élites, parce que présentées généralement d'une manière peut-être trop abstraite-- est-il réaliste d'attendre que ce microcosme, institué naturellement pour l'exercice du Pouvoir basé sur la légitimité simple du nombre, organise institutionnellement, en plus, sa fragmentation ?

    Quant à la « décentralisation politique » comme mode d'organisation des pouvoirs publics, peut-on raisonnablement dé-centraliser ce qui est jugé largement insuffusant (compétences et ressources publiques) pour faire face aux enjeux et défis urgents de l'heure ? Ceux d'une population qui vient tout juste de s'habituer à l'idée légitime que « l'État est l'un de nous et le plus fort d'entre-nous » mais qui est entretenue tous les jours dans la confusion quant aux limites du fait qu'il soit fédéré ?

    La dynamique-pédagogique escomptée par une telle mesure n'était-elle pas plutôt un risque de diversion disfonctionnelle suicidaire dans un contexte où l'État concerné ne pouvait, pour donner suite à une théorie abstraite d'organisation adaptées aux pays déjà souverains, déléguer le peu de leviers dont le Québec dispose pour assurer l'intérêt général sur son territoire?

    L'autre, l'État fédéral centralisé dont les élus sont animés par une fonction publique formée pour administrer un état unitaire, ne se serait-il pas délecté du spectacle de « chamaillage » interne induit par une telle mesure prématurée ? Dynamique négative dont il aurait pu entretenir encore davantage la flamme, à partir de textes juridiques... québécois ?

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 16 juin 2007 23h15
    Un pays conquis démocratiquement
    René Lévesque voulait d'abord faire du Québec une véritable démocratie. Mais les opposants à la souveraineté du Québec n'en ont rien à foutre de la démocratie (voir le vol du référendum de 1995). Dans ce sens, oui, René Lévesque a tué la souveraineté. Mais voudrait d'un Québec dirigé par les crottés qui nous vendent leur salade néolibérale depuis bientôt 30 ans ! Pas moi en tout cas.
    Roland Berger
    London, Ontario

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