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Roman québécois - Vaudeville universitaire

Une amusante satire grivoise signée Robert Gagnon

Christian Desmeules   16 juin 2007  Livres
La Mère morte, comme le suggère le titre en forme de calembour du second roman de Robert Gagnon, est une comédie. Mais une comédie avec des dents qui se nourrit des petites et grandes détestations, des rancunes indélébiles et des guerres de clochers qui colorent depuis toujours le «tout petit monde» universitaire. Névrosés magnifiques, savants fous à lier, frustrés en tous genres, manipulatrices extravagantes et porteurs de barbe en collier, le milieu universitaire offre à sa façon toute une galerie de portraits loufoques et sait parfaitement prêter flanc au rire.

François Cournoyer, le premier des deux narrateurs de La Mère morte, est professeur d'histoire au département d'études religieuses d'une université montréalaise. C'est un homme apparemment sans histoire, si ce n'est que sa mère est décédée en mettant au monde un enfant mort-né alors qu'il avait une douzaine d'années.

Les lecteurs de La Thèse (Quinze, 1994, prix Robert-Cliche) se souviendront peut-être qu'il s'agit également du nom que portait l'un des personnages de ce premier roman reçu plutôt froidement de Robert Gagnon — qui enseigne au département d'histoire de l'UQAM. À certains égards, La Mère morte pourra aussi apparaître comme une variation plus ludique sur le même thème des querelles intestines universitaires, avec leurs sanctions, leurs vengeances et leurs petits crimes.

Homo academicus

Animal académique comme l'université sait en produire, l'homme est un petit monstre d'érudition qui a fait sa thèse sur la physique aristotélicienne et son influence sur le concile de Trente. Il est atteint d'une peur panique de mourir et déteste sa collègue Simone Grenier à s'en confesser. Rien de plus normal sous le soleil terne des tubes au néon.

Sa relative sérénité craque tout à fait le jour où il découvre, grâce aux bons soins de la machiavélique Simone, que sa mère avait eu une relation extraconjugale avec son patron, puisqu'elle a bel et bien donné naissance, avant de mourir, à un fils illégitime qui s'est plus tard suicidé après avoir vu sa thèse refusée par un jury qu'il présidait...

Il reçoit quelque temps plus tard la visite de deux hurluberlus membres d'une secte millénariste peu connue, Les Derniers Frères esséniens de Jésus, visite rapidement suivie d'une apparition en chair et en os de sa «mère morte» qui lui demande de venir la rejoindre au royaume des cieux. Ces révélations trop nombreuses lui monteront à la tête: il s'enferme et fait des plans pour rejoindre sa maman. Tout le monde voudra bien entendu s'en mêler pour le ramener à la raison universitaire...

Un chassé-croisé de coups bas

Abracadabrant? Ajoutez à cela une visite dans un club échangiste parisien, l'incontournable colloque à l'étranger, des drag-queens en nombre, et vous aurez une idée de cet étonnant cocktail sur fond de comédie universitaire. Un chassé-croisé de coups bas et de petites vengeances dont on vous passe les détails afin de préserver un peu de votre innocence de lecteur éventuel.

La seconde partie du roman, de la même teinte, donne le point de vue de Marcella Persico, voisine et collègue secrètement amoureuse de lui, qui mènera sa petite enquête au sujet de la secte et de ses drôles de commis-voyageurs.

Avec ses accents de vaudeville, La Mère morte nous offre un amalgame assez surprenant d'érotisme grivois et de satire universitaire. Amusant et léger, plutôt vif dans son genre, capable d'une certaine inventivité si on oublie le petit goût de réchauffé de ce roman, dont Robert Gagnon emprunte largement personnages, thèmes, décor et intrigues à sa première fiction.

Collaborateur du Devoir

***

LA MÈRE MORTE

Robert Gagnon

Boréal

Montréal, 2007, 272 pages
 
 
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