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Littérature étrangère - Le fait divers qui fait revivre la mémoire

Naïm Kattan   16 juin 2007  Livres
Mêlant le récit autobiographique et le document historique, Miriam Anissimov a réussi à écrire un roman bouleversant. Le véritable nom de Samuel Rozowski, son héros, est Pierre Goldmann. Dans les années soixante, il fut accusé à Paris de meurtre. Défendu par la gauche, libéré, il fut mystérieusement assassiné. Miriam Anissimov, née comme lui de parents pourchassés par les nazis et réfugiés en Suisse, a connu cet homme, sa famille, et, surtout, a partagé la mémoire de la destruction de ses proches et de son peuple. Le jeune homme rescapé a cru se venger du sort dont il fut victime en commettant des braquages et en tirant sur des innocents.

La romancière, accompagnant son mari, un chef d'orchestre invité à diriger un concert à Riga, capitale de la Lettonie, visite les lieux des crimes commis contre les Juifs par les nazis allemands et leurs acolytes lettons. Elle constate qu'il ne reste plus de Juifs dans cette ville où règnent la corruption et les mafieux. La mémoire douloureuse remonte néanmoins à la surface. Miriam Anissimov ne tente guère de justifier les crimes de son héros, devenu un voyou ordinaire, ni même d'expliquer son comportement. Elle met plutôt en lumière l'arrière-plan. Les conséquences des crimes nazis peuvent être multiformes.

Les concerts dirigés par son mari et la vie quotidienne à Riga n'atténuent point la terrible mémoire de la destruction d'une communauté, d'une culture dont les traces demeurent bien vivantes pour elle-même si elles laissent indifférents les héritiers des criminels et les témoins des horreurs qu'ils avaient perpétrées. Le présent domine, mais la mémoire finit par prendre le dessus.

Miriam Anissimov est l'auteure de biographies de Primo Levi et de Romain Gary. Dans ce livre, elle raconte sa propre histoire. On n'est pas près de l'oublier.

Collaborateur du Devoir

***

Vie et mort de Samuel Rozowski

Miriam Anissimov

Éditions Denoël

Paris, 2007, 247 pages






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