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Accommoder ou résister

Louis Cornellier   19 mai 2007  Livres
Les récentes affaires concernant des demandes d'accommodements raisonnables de la part de certaines communautés culturelles québécoises ont littéralement soulevé les passions. Quelques médias populaires, peu soucieux de remettre les choses en perspective, en ont fait leurs choux gras, et Mario Dumont a vaguement récupéré le tout pour se présenter en héraut du monde ordinaire inquiet. Bousculé par les événements, le gouvernement Charest, pour une fois, a pris la bonne décision en mettant sur pied une commission d'étude, coprésidée par Gérard Bouchard et Charles Taylor, destinée à faire le point sur cet enjeu. En attendant les résultats de cet exercice, prévus pour mars 2008, il n'est pas interdit de réfléchir calmement aux tenants et aboutissants de ce complexe débat.

L'essayiste Yolande Geadah nous en fournit l'occasion en publiant un bref mais substantiel ouvrage intitulé Accommodements raisonnables. Droit à la différence et non différence des droits. Nous avons le droit, le devoir même, écrit-elle, d'exprimer «un malaise face à certaines revendications qui remettent en question certaines de [nos] valeurs essentielles». Ce réflexe, en soi, n'a rien de raciste ou de xénophobe.

Le Québec accueille environ 40 000 nouveaux immigrants par année. Cette immigration et le pluralisme qui l'accompagne «représentent une richesse inestimable et non une menace». En moyenne, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse ne reçoit, annuellement, que 17 plaintes fondées sur un motif religieux, et plusieurs d'entre elles sont déposées par des protestants. Ces chiffres montrent bien que le phénomène des revendications religieuses n'a pas l'ampleur que certains voudraient bien lui donner. Ils nous incitent aussi à la prudence: ces revendications ne sont pas portées par l'ensemble des membres d'une communauté, mais seulement par une minorité. Faux problème, alors? Attention, répond Geadah: «On aurait tort de conclure que leurs impacts sociaux sont minimes.»

Les intégrismes religieux existent et cherchent «à manipuler la religion à des fins politiques, s'attaquant au pouvoir séculier et réclamant toujours plus d'espace social, juridique et politique». Une saine vigilance est donc de mise face à ces mouvements qui «se réclament de la démocratie pour tenter de s'arroger un pouvoir abusif, niant ainsi des libertés fondamentales». Cette vigilance doit toutefois éviter le double piège du racisme («les immigrés sont tous pareils, ils exagèrent») et du relativisme culturel («il faut satisfaire toutes leurs revendications, pour ne pas les stigmatiser»). Les médias, dans ce contexte, ont une responsabilité: ne pas monter en épingle certains cas d'accommodements spectaculaires, afin d'éviter de susciter des crispations identitaires et d'accorder trop d'importance à des revendicateurs marginaux.

L'enjeu principal

L'enjeu principal de ce débat pourrait se résumer ainsi: «Comment respecter les droits des minorités religieuses, reconnus par les chartes québécoise et canadienne, tout en préservant les valeurs communes, liées entre autres au droit des femmes d'occuper des postes dans tous les domaines, sans voir leurs compétences professionnelles remises en cause par des valeurs religieuses traditionnelles?»

La notion juridique d'accommodement raisonnable, apparue dans le droit canadien en 1985, impose à un employeur ou à une institution d'accommoder un individu qui serait discriminé sur la base de son origine ethnique, de sa couleur, de son âge, de son sexe, d'une déficience ou de sa religion. Elle est à sens unique, puisqu'elle incombe uniquement à l'employeur ou à l'institution, et, surtout, elle «ne permet pas de tenir compte des droits collectifs ni d'autres enjeux sociaux importants».

Geadah critique sévèrement cette approche juridique. Elle en parle comme d'une «logique individualiste des droits qui vise l'inclusion restreinte des individus à court terme, mais qui ignore les objectifs d'intégration des communautés à long terme». À ce «modèle de développement séparé» (le multiculturalisme), elle oppose «l'intégration qui exige un certain cheminement pour créer un rapprochement au niveau des valeurs communes à respecter». Les juifs hassidiques du Québec, mentionne-t-elle, ont bénéficié de plusieurs accommodements, mais cela n'a que conforté leur choix «de vivre à l'écart de la population».

Geadah analyse quatre catégories de revendications religieuses: le port de symboles religieux dans les institutions, la ségrégation sexuelle dans l'espace public, les demandes de salles de prière dans les institutions et l'application de principes religieux au plan juridique. Elle affirme qu'elles devraient toutes être refusées afin de protéger l'espace public de «l'empiétement du religieux».

Le turban sikh dans la GRC, selon elle, remet en cause l'idée de neutralité de cette institution envers tous les groupes de notre société multiculturelle. Le problème du kirpan à l'école ne tient pas tant à la dangerosité objective de l'objet qu'à sa symbolique violente. Le hidjab «repose sur une image plutôt négative des femmes» et sa reconnaissance juridique «ouvre la porte au prosélytisme». L'interdire à l'école serait souhaitable, mais, pour éviter de ghettoïser celles qui le portent, Geadah propose «de miser davantage sur l'éducation». La ségrégation sexuelle dans les lieux publics, quant à elle, «remet en question l'égalité des sexes et la place des femmes dans la société» et est indéfendable. L'octroi de salles de prière dans les institutions «ouvre la voie à une surenchère de revendications» et encourage l'empiétement du religieux sur l'espace public. Même certains pays musulmans refusent ce genre de demande. Quant au pluralisme juridique, il justifie le sexisme et «ne favorise nullement l'intégration, mais la division de la société en communautés séparées, ce qui contribue à affaiblir encore plus la cohésion sociale, déjà difficile à réaliser».

Partisane d'une gestion laïque des institutions, Yolande Geadah précise que la société d'accueil n'a pas à bannir de l'espace public ses référents historiques et culturels (souvent d'héritage catholique) et que certaines revendications minoritaires de congés pour cause de fêtes religieuses sont acceptables. Elle insiste surtout sur le devoir du gouvernement de mettre en place, et de financer adéquatement, des programmes et mesures d'intégration économique, sociale et culturelle des immigrants. Être vraiment à la hauteur, en cette matière, nous éviterait bien des dérapages. La paix sociale et notre développement national sont à ce prix. Une autre dépense? Non: un investissement.

D'origine égyptienne, Yolande Geadah a choisi, il y a quarante ans, l'intégration à la société québécoise. Même s'il manque d'éclat sur le plan stylistique, son essai, qui est un plaidoyer raisonné en faveur d'une laïcité respectueuse des différences, en constitue une preuve manifeste et réjouissante.

***

ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES - Droit à la différence et non-différence des droits

Yolande Geadah, VLB, Montréal, 2007, 96 pages

***

Collaborateur du Devoir






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Vos réactions

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  • Valdor Lagacé-Gallant
    Inscrit
    samedi 19 mai 2007 10h25
    À bas toutes ces croyances spirituelles.
    « Nous vivons actuellement une période très intéressante. Nous sentons encore la résistance des pouvoirs religieux qui s'accrochent et qui vont tout tenter pour ne rien perdre.

    Mais c'est trop tard. Ils auront sans doute un sursaut causé par la peur des grands changements climatiques, mais les gens comprendront vite que les pouvoirs religieux et leurs dieux adorés n'y pourront rien.

    Les êtres humains sont des esprits incarnés dans la matière,ils ont déjà tout ce qu'il faut pour bien vivre. Ils sont grands... mais beaucoup trop naifs pour le moment.

    Cessons de subventionner ces prêcheurs de peur !

    Vive la laicité !

    Valdor Lagacé-Gallant »

  • Roland Berger
    Abonné
    samedi 19 mai 2007 13h10
    Des fêtes religieuses unifiées
    « Pour ce qui est d'accommoder certains groupes religieux en leur permettant de s'absenter du travail pour célébrer leurs fêtes religieuses, l'idéal serait que toutes les fêtes religieuses, catholiques, protestantes, musulmanes, bouddhistes, etc., soient célébrées en même temps lors de journées déterminées par l'ensemble de ces groupes. Surtout que l'on sait que l'origine des célébrations actuelles est toujours extrêmement difficile à situer dans le temps. À titre d'exemple, le Jésus des chrétiens serait né quatre ans avant le début de l'ère chrétienne. Un laïc impénitent a le droit de rêver, non?
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Sylvain Pimpare
    Inscrit
    dimanche 20 mai 2007 06h43
    Je poursuis présentement la CDPDJ pour discrimination
    « Je poursuis présentement la CDPDJ pour discrimination.
    La Commisison est intolérantes envers moi parceque je suis un Athéistes et vont même à détruire les plaintes que l'ont leur envoie et même mentir qu'il n'ont jamais recu ou entudue ma plainte. Ils vont le regretter puisque qu'ils ont osser faire cela par écrit et comme défense légal devant le tribunal et J'AI ENREGISTRER MES CONVERSATION AVEC EUX, ALORS JE PEUT PROUVER DEVANT LE TRIBUNAL QU'ILS SE PARJURE!!!! J'attend toujours mon audience, J'ai très hâte!! Ils vont payer pour ce qu'ils m'ont fait subir. Ils ont même appeller chez moi en se ffaisant passer pour un ancient juge de la cours suprême et j'ai tout ENREGISTRER!!! J'ai vraiment hâte d'aller en cours et d'en envoyer quelque'un en prison!

    J'ai aussi plusieurs preuves et témoignage de beaucoup de gens que la CDPDJ se parjure et détruise des plaintes pour ne pas les fairent.

    Les membres de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse sont de véritable monstres. J'espère que vous aller suivre le développement de ma plainte. Je ne cromprend pas pourquoi vouos ne semblez pas intéresser même si je vous à dit (au Devoir) que j'ai des enregistrement. Êtes vous sure que vous ne voulez pas les écoutés?!!?? »

  • Roland Berger
    Abonné
    dimanche 20 mai 2007 19h36
    Autre accommodement raisonnable
    « Étant donné la naïve ouverture des Québécois envers le prosélytisme religieux, on peut s'attendre à ce que l'Église demande au gouvernement le droit d'enseigner à nouveau la religion catholique et d'exempter les enfants catholiques du cours de culture religieuse qui fera bientôt partie de l'enseignement du primaire.
    Roland Berger
    London, Ontario »

  • Renaud Blais
    Inscrit
    dimanche 20 mai 2007 22h45
    À bas le prosélytisme
    « Pour moi, contrairement à Monsieur Lagacé-Gallant,
    je ne crois pas qu'il faut abolir les croyances...
    Ce serait intolérant, extrémiste, intégriste etc.

    Je crois qu'il faut radicalement INTERDIRE
    tout prosélytisme.
    Celles ou celui qui prétend avoir de meilleures croyance qu'un autre devrait être traduit en justice pour "prétention odieuse".

    Toutes les croyances doivent être tolérées.

    Par exemple, l'essentiel de la mienne,
    est que Dieu, singulier ou pluriel est une création
    humaine, par paresse intellectuelle.

    Je ne crois pas, par ailleurs, devoir CONVERTIR qui que ce soit à cette croyance.

    Renaud Blais
    Citoyen engagé pour la survie de Gaïa notre planète. »

  • Pierre Bonbeau
    Inscrit
    mardi 21 août 2007 09h43
    L'enjeu principal : l'être humain
    « Je dirai que l'enjeu principal du débat n'est ni l'immigration, ni les religions, ni toutes étiquettes que l'on colle au genre pour les distinguer.

    Donc comme société, nous devons avant définir c'est quoi le genre humain et voir à l'éduquer à l'école de sorte que les débats deviennent plus instructifs et plus respectueux.

    Un être humain ne peut pas vivre solitairement (lire Robinson Crusoé) ; il faut d'autres humains pour former une société. Quelques soit son origine religieuse ou ethnique, tous les êtres humains ont des besoins essentiels (primaires) et d'autres secondaires. Il faut les établir comme société québécoise. Je suis certain qu'une fois que l'on aura établi ces paramètres, ceux-ci ne seront pas très différents de ceux des français, d'un marocain, d'un tunisien, d'un mauritanien, d'un malgache, d'un malais, etc., car il s'agit des éléments de base.

    Arrêtons de mélanger l'aspect politique contemporaine que les américains nous impose (les guerres économiques que se livrent les américains en Iraq et Afghanistan), car ce n'est pas un enjeu religieux : c'est purement économique. S'il n'y avait pas de pétrole dans le sous-sol iraquien, les américains n'iraient pas « foutre » leur pied là-bas. Lorsque l'on voit une résurgence religieuse, c'est principalement à cause d'une injustice sociale qui se déroule dans une partie du monde que les gens reviennent à la religion car elle devient un point d'attache important pour une équité humaine et transhumaine.

    Bâtissons une société avec des paramètres équitables pour l'ensemble des québécois : quelque que soit l'origine ou la religion de chaque individu, qu'il soit de « souche », arrivé il y a vingt ans ou arrivé hier, il n'y a pas de différence entre ceux qui sont chrétiens, musulmans, protestants, juifs ou athées : nous sommes tous des êtres humains et nous avons à vivre ensemble et former une communauté québécoise dynamique et fier de l'être.

    Pierre Bonbeau »

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