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    Le Bloc québécois au service du Canada

    La journaliste Chantal Hébert brosse dans French Kiss le portrait des circonstances qui ont précédé et entouré l'arrivée au pouvoir du Parti conservateur à Ottawa.

    3 mars 2007 |Jules Richer | Livres
    Dans l'histoire canadienne, les astres se sont alignés à quelques occasions seulement pour permettre au Parti conservateur de prendre le pouvoir à Ottawa. John Diefenbaker et Brian Mulroney ont tous deux bénéficié de l'appui des milieux nationalistes québécois pour arriver à la destination espérée. Stephen Harper n'a pas échappé à la règle, mais, dans son cas, l'appui n'a pas été entièrement volontaire.

    En enfonçant sans relâche le clou du scandale des commandites dans le cercueil du Parti libéral et en jouant pleinement son rôle de parti fédéral, le Bloc québécois a, sans le savoir, mis «en place les conditions gagnantes de la percée électorale québécoise de Stephen Harper», souligne Chantal Hébert.

    «En rendant les libéraux quasiment impossibles à élire, le Bloc a sans doute ouvert très grande une autre boîte de Pandore.»

    Dans son livre French Kiss. Le Rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec, la chroniqueuse Chantal Hébert, qui écrit dans les pages du Devoir et du Toronto Star, brosse le portrait des circonstances qui ont précédé et entouré l'arrivée au pouvoir du Parti conservateur à Ottawa, en janvier 2006. Elle affirme, à juste titre, que c'est grâce au Québec que Stephen Harper a pu s'installer au 24, promenade Sussex et qu'il a pu se targuer de former un gouvernement représentant toutes les parties du pays. Un Québécois sur quatre a voté conservateur, ce qui a permis à 10 députés du parti de décrocher des circonscriptions dans la province.

    Dans son ouvrage, Mme Hébert détaille de façon analytique les courants qui ont agité la colline du parlement avant que Stephen Harper ne s'y installe. La partie la plus intéressante de son travail porte sans aucun doute sur le Bloc québécois, un parti qui devait être éphémère mais qui s'est maintenant fondu dans le paysage parlementaire canadien. Le débat sur la nécessité de la présence du Bloc à Ottawa n'est pas nouveau, mais les éléments que Mme Hébert apporte sont éclairants.

    «Depuis 1990, écrit-elle dans son livre, le Bloc a davantage légitimé les institutions politiques fédérales que toutes les campagnes de distribution de drapeaux mises en oeuvre par Jean Chrétien. Au lieu de renforcer la croyance qu'il existe un fossé infranchissable entre les valeurs des Québécois et celles des habitants des autres provinces, le Bloc l'a plutôt ébranlée.»

    Cette conséquence était inévitable, estime la journaliste. En installant le Bloc québécois à la Chambre des communes, son fondateur, Lucien Bouchard, avait établi que la formation jouerait un rôle constructif, de façon à présenter le mouvement souverainiste québécois sous un jour favorable au reste du Canada et à la communauté internationale.

    Investi de cette mission, le Bloc a donc tenté de travailler avec les autres partis des Communes afin d'en arriver à des résultats législatifs concrets. «Ceux qui, en dehors du Québec, s'attendaient à ce que le Bloc québécois débarque sur la colline parlementaire pour chambouler le système, tout comme ceux qui, au Québec, pronostiquaient que les députés souverainistes seraient ostracisés en raison de leurs visées sécessionnistes, ont tous fini par être confondus.»

    Selon la chroniqueuse, la présence du Bloc a même servi les intérêts de Jean Chrétien, qui a pu garder à portée de main la menace «séparatiste» et étayer, face au Canada anglais, sa position de grand défenseur de l'unité nationale.

    «Plus important encore, le Bloc, un parti dont tout le monde pensait qu'il attiserait les tensions entre Québec et Ottawa, a souvent réussi, par sa simple présence, à dédramatiser les débats.»

    Un autre effet de sa présence, rappelle Mme Hébert, fut de faire en sorte que l'on entende davantage parler français à la Chambre des communes. À l'époque où le Bloc formait l'opposition officielle, les échanges les plus importants de la période des questions eurent lieu la plupart du temps en français. Des discours importants sur des sujets qui intéressaient plus ou moins les Québécois, comme les missions de paix, furent prononcés — souvent avec éloquence par Lucien Bouchard — dans la langue de Molière.

    Dans la conclusion de son livre, Mme Hébert affirme même sans ambages que ce parti «représente un immense gaspillage de talents, dans la mesure où la plupart des membres du Bloc ne connaîtront jamais d'autre vie que celle d'un député d'opposition et n'auront pas l'occasion de mettre leur imposant bagage au service d'un gouvernement».

    Pour en revenir aux conservateurs de Stephen Harper, dans son analyse, Mme Hébert rappelle que, lorsque le scandale des commandites éclate à Ottawa, les libéraux sont en déroute. La transition entre Jean Chrétien et Paul Martin s'est mal déroulée et le nouveau chef ne remplit pas les attentes que l'on avait à son égard. Fort de son expérience parlementaire, le Bloc va exploiter à fond ce scandale et réussit à soulever la colère des Québécois. «[Cette situation a eu cependant] pour conséquence d'exposer le talon d'Achille de la formation, écrit-elle, c'est-à-dire son incapacité de servir de solution de rechange permanente aux libéraux, à un moment où bon nombre d'électeurs québécois cherchaient à punir le gouvernement Martin de façon plus durable.»

    «Sans le savoir, écrit la journaliste, Gilles Duceppe et le Bloc allaient ainsi mettre en place les conditions gagnantes de percée électorale québécoise de Stephen Harper.»

    La suite, on la connaît: la droite s'est installée sur les banquettes du pouvoir à la Chambre des communes et qui sait quand elle les quittera.

    Le Devoir

    ***

    Frenchkiss

    Le rendez-vous de Stephen Harper avec le Québec

    Chantal Hébert

    Les Éditions de l'Homme

    Montréal, 2007, 328 pages
     
     
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