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    Les librairies indépendantes s'unissent

    72 libraires se regroupent pour faire face aux géants

    23 février 2007 |Caroline Montpetit | Livres
    Pour faire face à la concurrence féroce que leur livrent les Zellers, Wal-Mart et autres Costco qui offrent de gros rabais sur les best-sellers, les librairies indépendantes du Québec ont entrepris de se regrouper. Soixante-douze librairies ont déjà adhéré au regroupement des Librairies indépendantes du Québec (LIQ), qui a vu le jour hier à Montréal.

    Elles uniront donc leurs efforts pour produire et diffuser du matériel promotionnel et s'associeront officiellement au magazine Le Libraire. Elles comptent également se servir du site Internet du Libraire (www.lelibraire.org) comme outil promotionnel et, éventuellement, comme portail de vente en ligne. Tout en préservant l'identité et l'indépendance de chacune des librairies, qui conserveront leur nom et leurs politiques de gestion, celles-ci pourraient offrir certains rabais de groupe, passer ensemble certaines commandes ou publier des catalogues conjoints. Ce regroupement réunit des librairies de l'ensemble du territoire québécois, de Gaspé à Hull, de Val-d'Or à Cowansville et dans toute la vallée du Saint-Laurent. D'entrée de jeu, Stanley Péan, rédacteur en chef du magazine Le Libraire et président de l'Union des écrivains et des écrivaines du Québec, s'est réjoui de cette entreprise de protection de la diversité culturelle. À sa suite, Normand Provençal, président de l'Association des libraires du Québec, qui chapeaute le projet, a parlé d'«entente historique» et de «mise en commun de toutes nos ressources».

    Selon les données de l'Observatoire de la culture et des communications, les librairies indépendantes auraient perdu 3 % de leur part du marché de 2004 à aujourd'hui. On sait que le métier de libraire indépendant est difficile et que les marges de profit de ces commerçants sont souvent très faibles. Plutôt que de se concentrer sur les livres les plus rentables (les best-sellers), ces librairies tiennent une très grande variété de titres, soit 10 000 en moyenne. Plusieurs développent des spécialités et peuvent fournir des conseils adaptés à leur clientèle. C'est aussi ce «label de qualité» que le regroupement veut mettre en avant, a souligné Normand Provençal, aussi propriétaire de la librairie J. A. Boucher à Rivière-du-Loup. Ces passionnés ont d'ailleurs choisi comme slogan «Le livre avant tout», ce qui implique qu'on ne cherche pas nécessairement un «rendement sur investissement».

    Denis Lebrun, de la librairie Pantoute, à Québec, et aussi instigateur, il y a huit ans, du projet de magazine Le Libraire, voit quand même là une façon de réagir aux pratiques d'exclusivité et de guerres de prix des magasins dits à grande surface.

    Le magazine Le Libraire, qui propose des textes tant de libraires que de journalistes sur les livres et la littérature, jouit actuellement d'un tirage de plus de 40 000 exemplaires. Ce chiffre devrait exploser avec l'ajout de quelque 70 nouveaux points de distribution grâce au nouveau regroupement. Selon M. Lebrun, le site Internet du Libraire serait fréquenté par «5000 personnes par jour».

    Le regroupement devrait encadrer certaines pratiques de ses membres. Ceux-ci devront par exemple offrir à leurs clients un service de commandes spéciales pour les livres qu'ils n'ont pas sur leurs tablettes. Le projet de service de ventes en ligne est pour sa part encore assez loin d'être mis au point, mais le regroupement espère cependant en créer un «à moyen terme». Fait inusité, le client en ligne devra éventuellement choisir lui-même la librairie par laquelle il voudra commander un livre. Reste aussi à déterminer le fonctionnement d'un système de «coups de coeur» de littérature québécoise, qui pourraient mettre en valeur des livres qui se sont bien vendus ou que les libraires ont particulièrement aimés. Le regroupement prévoit aussi mettre en circulation une artillerie de produits, sacs et signets par exemple, afin de faire valoir son existence.

    On compte 214 librairies agréées au Québec, y compris les grandes chaînes que sont Renaud-Bray et Archambault. 95 d'entre elles sont membres de l'Association des libraires du Québec, à l'origine de ce projet de regroupement. «On compte éventuellement représenter 100 librairies», a dit M. Provençal. Il y a quelques mois, plusieurs éditeurs de livres s'étaient réunis au sein du Regroupement des éditeurs littéraires indépendants (RELI). Les éditeurs (Boréal, Hurtubise HMH, Fides et Québec-Amérique) avaient ainsi pris les moyens de faire face notamment à la concurrence «verticale» que leur mène le groupe Quebecor, qui possède à la fois des librairies, des maisons d'édition, des médias, des imprimeries, etc. On s'inquiétait aussi de l'expansion continue des chaînes de librairies.

    «C'est sûr que [les grandes chaînes de librairies] fragilisent un maillon de la chaîne», a reconnu hier Pierre Filion, de Leméac éditeur, qui ne fait d'ailleurs par partie du RELI. Au Canada anglais, on sait que les difficultés financières de la chaîne de librairies Chapters avaient mis à mal certains éditeurs qui en étaient entièrement dépendants pour la diffusion de leurs livres.












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