Document - Passion Dalida
Pour le dire franchement, rien ne me prédisposait à apprécier ce livre. Si elle me touche quand elle chante Il venait d'avoir 18 ans, si son «caramel, bonbon et chocolat» de Paroles, paroles me communique bien sa part de drame, Dalida, tout compte fait, incarne à mes yeux le modèle quintessencié de la chanteuse kétaine dont le talent naturel, par moments, transcende les intentions.
J'ai pourtant été tout aussi franchement charmé par le Dalida - Une oeuvre en soi de l'essayiste québécois Michel Rheault. Éloge très émotif du personnage de Dalida considéré comme «une oeuvre en soi», analyse originale et bellement rédigée du parcours artistique de cette femme qui «est toujours là où on ne l'attendait pas», cet essai, lui-même inattendu, brille autant par ses enthousiasmes que par ses réserves à l'endroit de son objet de désir.
La chanteuse française d'origine italo-égyptienne, explique d'abord Rheault, a marqué la mémoire collective, ce qui témoigne, au moins d'une certaine façon, «de la valeur de son travail». L'écrivaine Andrée Chedid lui a rendu hommage en la transformant en personnage littéraire et, au passage, des auteurs comme Madeleine Chapsal, Jacques Godbout, Denise Boucher, Daniel Pinard, Yolande Villemaire et Jean-Paul Daoust l'ont tous évoquée dans leurs oeuvres.
Sorte de George Sand de la chanson habitée par «une outrance à l'origine du pire comme du meilleur», Dalida aura incarné, plutôt qu'un sex-symbol, une mère symbolique devenue consolatrice à force de vivre de mémoire et de deuil (trois de ses compagnons se sont suicidés et elle-même a survécu à une tentative de suicide en 1967 avant de s'enlever la vie en 1987).
Personnage composite à travers lequel se rejoignent les figures des actrices américaines Ava Gardner et Rita Hayworth, de la chanteuse populaire française de la première moitié du XXe siècle Mistinguett, de Cléopâtre et de Dalila, Dalida fut en quelque sorte «toutes les femmes» (selon le titre d'une de ses chansons), une égérie de la féminité complexe et insaisissable... au point de se perdre elle-même.
Rheault divise sa carrière en trois temps qui sont autant d'étapes vers un pinacle vertigineux: 1956-66, «les années d'apprentissage», où elle apparaît comme une «allégorie vivante de l'exotisme et de la légèreté» et pendant lesquelles elle «énerve les critiques»; 1967-77, «les années-lumière», ses plus riches sur le plan artistique, qui présentent «à la fois des ballades inconsistantes (voire franchement navrantes) et des textes de haute tenue» et qui voient les critiques, hier méprisants, s'incliner devant son originalité et son professionnalisme; 1978-87, «les années de la déconstruction», celles de sa conversion à la mode disco, qui se déroulent avec aux lèvres un sourire perpétuel et un peu forcé, symptomatique d'un égarement artistique. «Hier chanteuse légère, aujourd'hui tragédienne et demain meneuse de revue couverte de tenues extravagantes», résume l'essayiste en se désolant du fait que la vamp disco fasse trop souvent, aujourd'hui, oublier l'artiste véritable.
Brillant et chaleureux commentateur des chansons, surtout les meilleures, de Dalida, admirateur respectueux et discret de cette femme exaltée et torturée à la biographie plus ou moins obscure, Michel Rheault signe ici un bel hommage, à la fois déconcertant et convaincant, à la pleureuse consolatrice de la chanson française. Elle chantait Gigi l'amoroso et Pour ne pas vivre seul. J'ai réécouté ces deux-là (et quelques autres moins réussies). Touchant.
J'ai pourtant été tout aussi franchement charmé par le Dalida - Une oeuvre en soi de l'essayiste québécois Michel Rheault. Éloge très émotif du personnage de Dalida considéré comme «une oeuvre en soi», analyse originale et bellement rédigée du parcours artistique de cette femme qui «est toujours là où on ne l'attendait pas», cet essai, lui-même inattendu, brille autant par ses enthousiasmes que par ses réserves à l'endroit de son objet de désir.
La chanteuse française d'origine italo-égyptienne, explique d'abord Rheault, a marqué la mémoire collective, ce qui témoigne, au moins d'une certaine façon, «de la valeur de son travail». L'écrivaine Andrée Chedid lui a rendu hommage en la transformant en personnage littéraire et, au passage, des auteurs comme Madeleine Chapsal, Jacques Godbout, Denise Boucher, Daniel Pinard, Yolande Villemaire et Jean-Paul Daoust l'ont tous évoquée dans leurs oeuvres.
Sorte de George Sand de la chanson habitée par «une outrance à l'origine du pire comme du meilleur», Dalida aura incarné, plutôt qu'un sex-symbol, une mère symbolique devenue consolatrice à force de vivre de mémoire et de deuil (trois de ses compagnons se sont suicidés et elle-même a survécu à une tentative de suicide en 1967 avant de s'enlever la vie en 1987).
Personnage composite à travers lequel se rejoignent les figures des actrices américaines Ava Gardner et Rita Hayworth, de la chanteuse populaire française de la première moitié du XXe siècle Mistinguett, de Cléopâtre et de Dalila, Dalida fut en quelque sorte «toutes les femmes» (selon le titre d'une de ses chansons), une égérie de la féminité complexe et insaisissable... au point de se perdre elle-même.
Rheault divise sa carrière en trois temps qui sont autant d'étapes vers un pinacle vertigineux: 1956-66, «les années d'apprentissage», où elle apparaît comme une «allégorie vivante de l'exotisme et de la légèreté» et pendant lesquelles elle «énerve les critiques»; 1967-77, «les années-lumière», ses plus riches sur le plan artistique, qui présentent «à la fois des ballades inconsistantes (voire franchement navrantes) et des textes de haute tenue» et qui voient les critiques, hier méprisants, s'incliner devant son originalité et son professionnalisme; 1978-87, «les années de la déconstruction», celles de sa conversion à la mode disco, qui se déroulent avec aux lèvres un sourire perpétuel et un peu forcé, symptomatique d'un égarement artistique. «Hier chanteuse légère, aujourd'hui tragédienne et demain meneuse de revue couverte de tenues extravagantes», résume l'essayiste en se désolant du fait que la vamp disco fasse trop souvent, aujourd'hui, oublier l'artiste véritable.
Brillant et chaleureux commentateur des chansons, surtout les meilleures, de Dalida, admirateur respectueux et discret de cette femme exaltée et torturée à la biographie plus ou moins obscure, Michel Rheault signe ici un bel hommage, à la fois déconcertant et convaincant, à la pleureuse consolatrice de la chanson française. Elle chantait Gigi l'amoroso et Pour ne pas vivre seul. J'ai réécouté ces deux-là (et quelques autres moins réussies). Touchant.
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