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    Musique - L'héritage du bénédictin yéyéphile

    9 novembre 2002 |Sylvain Cormier | Livres
    Vingt ans, mazette! Vingt ans que Richard Baillargeon s'y colle. Vingt ans que ce bénédictin de la Basse-Ville de Québec fouille, scrute et creuse ces années-là. Les années yé-yé, s'entend. Et plus spécifiquement «le temps des groupes», tel que vécu chez nous au milieu des années 60, alors que chaque sous-sol et chaque garage et chaque salle paroissiale était réquisitionné par de boutonneux Beatles, Stones et Kinks en herbe, qui adaptaient dans un français plus ou moins boiteux les airs de leurs idoles ou en osaient des variantes plus ou moins originales.

    Baillargeon n'était pas de ceux-là. C'était un spectateur assidu et passionné, un fan. Et un indécrottable ramasseux d'«artéfacts yé-yé», comme il le dit lui-même, colligeant disques, revues, journaux, affiches et babioles diverses en quantité aussi industrielle qu'effarante. Ramasseux, il l'est encore, à cela près qu'on dit archiviste autodidacte ou ethnomusicologue amateur pour parler de lui entre émules admiratifs, parce que ce drôle de zig, qui ressemble à Tryphon Tournesol et peut sans crier gare se mettre à danser un redoutable twist, mérite le plus grand respect. Pour services exceptionnels rendus à la mémoire collective de la musique populaire du Québec.

    Baillargeon a en effet donné au Québec rien de moins qu'une encyclopédie de «la musique d'agrément» (une expression de son cru, qui désigne autant le western et la musique instrumentale que le yé-yé proprement dit): trop peu de gens, hélas, possèdent la totale de ses recherches publiées depuis le début des années 80. Il faut dire qu'au départ, c'est dans les pages photocopiées, pliées en deux et brochées à la main d'un simple bulletin à parution élastique intitulé Yé-yé 84 (puis 85, 86 et ainsi de suite), qu'il signa ses premiers «portraits de famille», biographies détaillées de groupes célébrés ou obscurs, des Sultans aux Bises, à partir de dizaines d'entrevues avec les membres survivants, dénichés avec la patience d'un limier. Limier yé-yé, beau métier.

    L'informatique et l'infographie aidant, les bulletins deviendront cahiers dans les années 90, et Baillargeon faisant des petits, des collaborateurs s'ajouteront peu à peu, jusqu'à constituer une authentique équipe de chercheurs patentés (dont chacun peut danser un redoutable twist, comme de raison). Ce sont les deux derniers de ces cahiers annuels qui paraissent simultanément ces jours-ci sous la bannière Rendez-vous 2002: il y avait trop d'articles pour un seul fascicule, la dernière parution remontant à 1998, faute de moyens. De fait, Baillargeon en profite pour fermer boutique, ayant ratissé le jardin yé-yé jusqu'aux innombrables groupes d'un seul 45-tours, trop occupé depuis deux ans à mettre en place le site Québec-Info-Musique (www.qim.com) et à fournir moult livrets de disques en bios abrégées, souhaitant désormais faire entendre le yé-yé à la radio après en avoir écrit l'histoire.

    Formidable baroud d'honneur que ce Rendez-vous 2002, où le bénédictin bien nommé, en plus des habituels «portraits de famille» (Excentriques, Alexandrins), entrevues et reportages variés (dont une fascinante étude des groupes espagnols des années 60, signée Jean-Christophe Laurence, par ailleurs journaliste à La Presse), livre son plus titanesque travail: une liste de mille chansons de «musique d'agrément» dont il retrace systématiquement l'origine, parfois jusqu'auÉ Moyen Âge. Sachez ainsi que Le Frère Jean, chouette rock'n'roll interprété par Les Sultans, provient d'un Bruder Martin du XVIe siècle. Rendez-vous 2002, c'est ça. Des heures de pareil plaisir en perspective. Reste à trouver les fascicules: seuls quelques disquaires spécialisés en ont. Mieux vaut s'adresser à Baillargeon lui-même: c. p. 1051, succ. Haute-Ville, Québec (Québec) G1R 4V2. Et acheter toute la collection. Et danser un redoutable twist.












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