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Essai - Comprendre l'islam

Ulysse Bergeron   9 novembre 2002  Livres
L'islam s'est modifié. Au cours des dernières décennies, il s'est transformé. Comme le marché, il s'est mondialisé. Et quiconque affirmerait le contraire, selon Olivier Roy, ferait erreur: «L'islam des musulmans d'aujourd'hui n'est pas un isolat culturel, c'est un phénomène global qui subit et qui accompagne la mondialisation.»

Olivier Roy, directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et spécialiste de l'Asie centrale, repousse du revers de la main les généralisations et les simplifications. Il se plonge dans une analyse méthodique et documentée de l'évolution que connaît, depuis plusieurs années, la cadette des trois principales religions monothéistes. L'Islam mondialisé se situe dans la suite logique d'une longue réflexion que l'auteur a amorcée en 1985 avec La Nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations et qu'il a poursuivie dans Afghanistan, islam et modernité politique et L'Échec de l'islam politique.

Paris, 2002, 210 pagesOlivier Roy, directeur de recherche au Centre national de recherche scientifique (CNRS) et spécialiste de l'Asie centrale, repousse du revers de la main les généralisations et les simplifications. Il se plonge dans une analyse méthodique et documentée de l'évolution que connaît, depuis plusieurs années, la cadette des trois principales religions monothéistes. L'Islam mondialisé se situe dans la suite logique d'une longue réflexion que l'auteur a amorcée en 1985 avec La Nouvelle Asie centrale ou la fabrication des nations et qu'il a poursuivie dans Afghanistan, islam et modernité politique et L'Échec de l'islam politique.

L'échec des islamistes au cours des années 90 — «mouvements qui voient dans l'islam une idéologie politique et qui considèrent que l'islamisation de la société passe par l'instauration d'un État islamique» — a marqué un point tournant dans l'histoire de la religion. Il a donné naissance à une double évolution. D'un côté, des populations musulmanes se sont déplacées vers l'Ouest, principalement en Europe. De l'autre, un néofondamentalisme a pris racine au Moyen-Orient. Le djihadisme (terme qui vient du concept de djihad, qui signifie «guerre sainte»), dont le réseau terroriste al-Qaïda fait partie, est, selon Roy, «la radicalisation politique des néofondamentalistes». Ainsi, les militants de cette branche radicale privilégient «la lutte armée plutôt que la prédication religieuse».

Phénomène nouveau, propre aux années 90, la dimension djihadiste de l'islam découlerait de la banalisation des mouvements islamistes et des transformations du champ stratégique dues à la disparition de l'ennemi communiste et à «la militarisation de la présence américaine dans tout le Moyen-Orient». Cette radicalisation, qui s'est déployée aux yeux de tous le 11 septembre 2001, mène aujourd'hui un combat contre la puissance américaine: «En se donnant comme projet de reconstruire l'oumma, les radicaux se heurtent nécessairement à la seule puissance hégémonique, les États-Unis. Ils voient le conflit en termes de lutte entre deux civilisations, l'Islam et l'Occident, dont l'expression militaro-politique est l'empire américain.»

Pourtant, la mondialisation de l'islam, qui se trouverait à l'origine des réseaux terroristes islamiques internationaux, n'aurait pu se réaliser qu'en s'appuyant sur les avancées technologiques, informatiques et scientifiques de l'Occident. Il en est de même pour les réseaux terroristes internationaux qui utilisent ces nouveaux moyens afin de mener leur djihad contre l'Ouest et contre les valeurs qui y sont véhiculées. «Grâce aux nouveaux médias (Internet et chaîne de télévision al-Jazira), à leur transversalité, à l'éducation, à la circulation des personnes et à l'usage de l'anglais, le débat n'est plus dans l'espace national: il ignore les lieux d'autorité légitime [...].» Ce que Roy baptise l'oumma virtuelle d'Internet.

L'ennemi numéro un des États-Unis

Et qu'en est-il du réseau al-Qaïda? Quelles sont ses origines? Ses caractéristiques? Ses leaders? Leurs motivations profondes? Autant de questions rapidement éclaircies par l'érudition d'Olivier Roy. Partant de la rencontre d'Oussama ben Laden avec Abdallah Azzam, le fondateur d'al-Qaïda (Frère musulman jordanien d'origine palestinienne), aux prisonniers de Guantanamo, en faisant un court détour par l'histoire du jeune Américain John Walker Lindh, l'auteur brosse de main de maître un portrait détaillé de la création et de l'évolution de ce réseau considéré à ce jour comme l'ennemi numéro un des États-Unis et de ses alliés.

L'occidentalisation de la religion de Mahomet, la réislamisation, le communautarisme ethnique et religieux, la globalisation, la naissance des djihads, l'islamisme humaniste et la révolution de l'information sont tous des facteurs que Roy utilise pour disséquer les changements survenus au sein de l'islam.

Olivier Roy réussit, en près de 200 pages, à expliquer ce que trop d'auteurs ont tenté de faire, mais sans succès, depuis près d'un an. Bref et concis, L'Islam mondialisé met de l'ordre parmi les propos et les écrits éditorialistes qui fusent de toute part. Il réfute et déconstruit les idées préconçues et stéréotypées qui hantent les discussions gravitant depuis plusieurs mois autour de l'islam. Il plonge le néophyte dans l'univers moyen-oriental et islamique. La réalité n'est jamais simpliste, et le chercheur du CNRS démontre que cette affirmation prend tout son sens lorsqu'on l'appose à une société peu connue des Occidentaux.

Intelligemment, Olivier Roy s'oppose et critique, mais par-dessus tout, il explique et clarifie. C'est après avoir mis en avant une solide argumentation qu'il peut avec objectivité affirmer qu'il n'y a pas, au XXIe siècle, de «géostratégie de l'islam, parce qu'il n'y a plus ni terre d'islam, ni communauté musulmane, mais une religion qui apprend à se désincarner et des populations musulmanes qui négocient leurs nouvelles identités, y compris dans le conflit».
 
 
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