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    Amazon menace-t-il les librairies d'ici ?

    Vers un portail unique des librairies indépendantes

    13 janvier 2007 |Frédérique Doyon | Livres
    Une visite rapide sur le site d’Amazon.ca permet de constater la présence de titres québécois, de Premier épisode d’Hubert Aquin (Leméac) à la trilogie de Marie Laberge (Boréal), en passant par La Mer de la tranquillité (Allusifs), avec quelq
    Photo: Jacques Grenier Une visite rapide sur le site d’Amazon.ca permet de constater la présence de titres québécois, de Premier épisode d’Hubert Aquin (Leméac) à la trilogie de Marie Laberge (Boréal), en passant par La Mer de la tranquillité (Allusifs), avec quelq
    Les librairies indépendantes du Québec s'unissent pour prendre le virage numérique. Un portail Internet regroupant l'ensemble des établissements sera créé sous l'impulsion de l'Association des libraires du Québec (ALQ), a appris Le Devoir.

    «Ça fait longtemps que l'Association des libraires du Québec veut se doter d'un site qui deviendrait un portail pour l'ensemble des libraires, dit Denis Lebrun, propriétaire de la librairie Pantoute et président du portail Lelibraire.org. C'est dans ce sens-là qu'on va. C'est un gros projet, on est au stade où les librairies se coalisent pour se donner une image commune, mais l'annonce est pour bientôt.»

    Chaque librairie pourrait ainsi disposer de son propre minisite Internet, mais l'objectif ultime consiste à centraliser leurs ventes de livres en ligne à un même portail. La librairie Olivieri ouvrira le bal avec le lancement de son propre site Internet, dès février ou mars.

    «Je veux quelque chose qui ressemble à ce qu'on est dans la vraie vie, précise son propriétaire, Yvon Lachance. Je veux par exemple qu'il y ait une visibilité des débats, des rencontres.»

    Outre les plus gros joueurs Renaud-Bray et Archambault, seules les librairies Monet, Morin, Raffin et Pantoute ont pignon sur Internet. Si le commerce électronique du livre demeure marginal — 3,5 % de tout le commerce —, selon Statistique Canada, le livre arrive en seconde place dans la liste des biens les plus courus en ligne, et cette part de marché va croissant.

    «Il faut s'adapter; on ne peut pas bloquer le mouvement, dit M. Lebrun, même si, après près de huit ans d'activité virtuelle, il voit à peine poindre la rentabilité de librairiepantoute.com, qui contribue pour seulement 2 % des recettes de la boutique physique. C'est rentable au chapitre de l'impact; beaucoup de gens consultent en ligne et viennent acheter ensuite. Ça contribue aussi à la notoriété.»

    La conquête d'Amazon

    Ce regroupement virtuel s'avère incontournable à l'heure où les nouvelles technologies bouleversent le marché du livre. En France, de nombreuses librairies se sont jointes à Amazon.fr pour la vente en ligne. Et le géant américain — établi au Luxembourg pour sa vitrine européenne — aurait obtenu de plusieurs éditeurs et diffuseurs les mêmes conditions commerciales que les librairies physiques, au grand dam de nombreux joueurs indépendants du secteur qui ont pris la plume dans Le Monde avant Noël.

    Ces conditions égales font fi de l'expertise du libraire, croient-ils, des charges d'une librairie physique et du rôle social de l'éditeur qui, par le fonds qu'il développe à travers ses choix éditoriaux, fait un tri dans le magma des publications qui inondent le marché.

    «Les librairies francophones qui rejoignent actuellement la plate-forme Amazon hypothèquent de manière importante leur avenir, mais également celui des autres librairies indépendantes, par l'accélération de processus déjà en cours, avec la polarisation des ventes de livres sur quelques sites Internet seulement.»

    Autre rive de l'Atlantique, même menace? «Il y a une inquiétude, dit Yvon Lachance de la librairie Olivieri. Quelle position les éditeurs, distributeurs prennent [à l'égard d'Amazon]? S'ils offrent à Amazon des conditions commerciales aussi avantageuses, ça va tuer la vente de livres en librairies. Mais tout ça est très compliqué. Le vrai problème derrière ça, c'est la concentration.»

    «Je ne pense pas que ce soit une menace pour les librairies», note Carole Morency, porte-parole du réseau Renaud-Bray, qui ne voit pas de problème à ce que des distributeurs aient Amazon comme client. Plus prévoyant qu'alarmiste, M. Lebrun appelle à des règles plus strictes pour réglementer ce marché. «Ça peut devenir dangereux; on est à la merci de n'importe qui qui s'improvise libraire.»

    Une comparaison hasardeuse

    Une visite rapide sur le site d'Amazon.ca permet de constater la présence de titres québécois, de Premier épisode d'Hubert Aquin (Leméac) à la trilogie de Marie Laberge (Boréal), en passant par La Mer de la tranquillité (Allusifs), avec quelques sous de rabais. Les distributeurs ont donc Amazon pour client.

    De l'avis de quelques-uns, le parallèle avec la France reste hasardeux, d'abord parce que le poids des magasins de grande surface est beaucoup plus important en France et que le système de remise n'est pas le même. Au Québec, la loi 51 assure à toutes les librairies agréées une remise minimum de 40 % sur le prix de vente, alors que dans l'Hexagone la remise varie en fonction du volume de vente, d'où l'avantage des grandes surfaces.

    Dans le cas d'Amazon, de manière générale chez les distributeurs, cette remise n'atteindrait pas ce plancher minimal, affirme l'un d'eux qui préfère garder l'anonymat. Le hic, c'est qu'il y a toujours des cas d'exception...

    Là où le bât d'Amazon blesse surtout, selon M. Lachance, c'est au chapitre des ventes de nouveautés étrangères, qui ne sont pas encore distribuées au Québec. Un exemple bien concret? Un livre publié en France, récemment commandé sur Amazon.fr, est revenu à 51 $CAN avec les frais de transport, alors qu'il faudra débourser 56 $ pour l'acheter dans une librairie du Québec quand il sera disponible dans quelques semaines. La rapidité d'accès et le prix avantageux ne donnent-ils pas au consommateur toutes les raisons de faire affaire avec Amazon plutôt qu'avec le libraire du quartier? Il reste peut-être à faire confiance au client, qui est après tout lecteur avant d'être consommateur.












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