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    Littérature anglaise - Un admirable travail de faussaire

    26 octobre 2002 |Louise-Maude Rioux Soucy | Livres
    Incursion intime dans le tumulte d'un siècle, le dernier roman de William Boyd est avant tout un admirable travail de faussaire. Après Les Nouvelles Confessions, autobiographie factice librement inspirée des Confessions de Rousseau, et Nate Tate, un artiste américain, pseudo-biographie d'un peintre tout droit sorti de son imaginaire, l'écrivain anglais propose, avec À livre ouvert, une autofiction fantasmée d'une troublante justesse. À la fois sosie, ventriloque et pasticheur, Boyd y poursuit sa propre quête de la vérité — clé de voûte de son imaginaire — à travers les carnets intimes rédigés sur sept décennies par l'étonnant Logan Mountstuart.

    Homme de lettres, Logan Mountstuart, alias LMS, se définit d'emblée comme un menteur professionnel. S'improvisant diariste à l'âge de 17 ans, il fera le pari d'emprisonner cette collection d'êtres dont chaque humain est individuellement formé et d'ainsi résister «à toutes les tentatives de se présenter sous son meilleur jour». En résulte un exercice brillant dans l'art de la confession où Boyd, penché sur l'épaule de son héros, trace le portrait d'un homme dont le principal mérite aura été «de se trouver là où il le fallait quand il le fallait au cours de ce siècle».

    Collégien intelligent mais paresseux, LMS entame en 1931, à l'âge de 25 ans, une prometteuse carrière littéraire que l'Europe explosive viendra bouleverser. D'abord journaliste pendant la guerre civile en Espagne, il s'improvisera agent spécial sous la houlette de nul autre que Ian Fleming — le créateur de James Bond —, affecté à la surveillance du couple Windsor, qu'il suivra de Lisbonne aux Bahamas. Parachuté en Suisse, il sera emprisonné pour espionnage, une expérience kafkaïenne qui donnera lieu à un huis clos prenant, La Villa au bord du lac, accueilli comme l'un des «romans les plus originaux et les plus obsédants nés de la dernière guerre», dixit le Listener.

    Brisé par la guerre, Mountstuart se retrouve à Paris, dans l'atelier de Picasso, où son vieil ami Ben Leeping, galeriste reconnu, lui offre un passeport pour l'Amérique afin d'y tenir sa nouvelle succursale new-yorkaise. Il y joindra le cercle des peintres d'avant-garde pour ensuite s'associer à l'extrême gauche. Dans cette existence parfaitement vraisemblable, William Boyd se plaît à faire intervenir, le plus naturellement du monde, quelques grands du XXe siècle. On y croise des écrivains, dont Virginia Woolf, véritable «pimbêche», Aldous Huxley, James Joyce ou Ernest Hemingway, «le Jackson Pollock de la littérature américaine». S'ajoutent à cette imposante galerie des peintres comme Pablo Picasso, dont la «compagnie est épuisante», ou Jackson Pollock, «ce type est nul et il le savait».

    William Boyd réussit ainsi à peindre non seulement le portrait d'un homme mais aussi celui de tout un siècle à travers la lecture tourmentée qu'en fait Mountstuart dans ses carnets. Un tour de force d'autant plus admirable que sa plume a su s'éclipser pour faire briller celle de LMS sans qu'il ait pour autant eu à renier ses thèmes favoris. «Votre vie se résume à la somme de toutes les chances et malchances que vous avez connues», découvrira tardivement Mountstuart. Une pensée que ne renierait certainement pas Boyd, dont l'oeuvre, hanté par le hasard, rappelle cette idée de Montaigne que Mountstuart reprend en écho: «Il nous faut souffrir en silence les lois de l'humaine condition.»
     
     
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