La mauvaise graine
«Profession?», m'a demandé le douanier d'un air soupçonneux. «J'suis écrivain. — Et qu'est-ce que vous écrivez? — Un roman sur le terrorisme...» Pendant qu'il enregistrait l'information, j'ai ajouté: «Les vieilles histoires. 1970.» Mais le mal était fait. Il m'aurait fallu un pieux mensonge préparé d'avance, comme on le dit d'un plat dans lequel on ne va pas mettre les pieds: «J'écris des romans d'amour qui débordent littéralement de sentiments nobles et d'élévation spirituelle, monsieur le curé.» «Et ça, qu'est-ce que c'est?» Il montrait une page du carnet de notes qu'il était en train de renifler, le doigt pointé sur le mot «Afghanistan». La phrase complète disait: «Décédé au cours d'un incident impliquant des armes: le nouvel euphémisme à la mode pour désigner un soldat canadien tombé en Afghanistan.» J'ai haussé les épaules. Lu ça dans le journal. «Allez vous stationner par là», qu'il m'a ordonné d'un ton serein. Et il est parti avec mon carnet de notes.
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