Littérature étrangère - Le mélodrame de la politique
Dans un château du Dorset, transformé en hôtel, Sophie interpelle son oncle Benjamin. Elle vient de découvrir dans le livre d'or de l'endroit la signature de sir Arthur Pusey-Hamilton, de son vrai nom Sean Harding, écrivain disparu qui avait la fantaisie de s'associer aux néonazis, de prétendre avoir rencontré Ben Laden et d'entrevoir la mort de l'humour anglais.
Pusey-Hamilton était une connaissance de Benjamin, expert-comptable qui écrit dans ses loisirs un roman interminable. «Pour faire une bonne satire ou une bonne parodie, il fallait, quelque part, aimer son objet.» Telle était la théorie de Pusey-Hamilton. Est-ce aussi celle du romancier britannique Jonathan Coe, né à Birmingham en 1961, qui, dans Le Cercle fermé, nous raconte toutes ces choses inusitées? Ce n'est pas impossible.
Si Coe fait une satire de l'Angleterre de Tony Blair, il trouve assez attachant le «peuple pâle», c'est-à-dire le peuple anglais qui «emplissait les rues de Londres en ce dernier soir du vingtième siècle». Il n'a guère le choix. À la différence de Pusey-Hamilton qui, découragé, avait définitivement cessé d'écrire, il ne se résigne pas à envisager la mort de l'humour anglais.
Coe n'a ni le mordant extrême ni le ton désespéré de son compatriote Martin Amis qui, en 1984, dans le roman Money, Money, a fait une satire de l'Occident de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Mais il décrit avec une subtilité comparable le lien mystérieux entre la vie intime et la vie politique.
Au moment où son mariage s'effrite, Benjamin rencontre la charmante Malvina. Cependant, c'est de Paul, frère de Benjamin et député travailliste, que la jeune femme tombe amoureuse. On apprend finalement que Malvina est la fille naturelle de Benjamin, et donc la nièce de Paul! Elle est le fruit jusqu'alors inconnu d'une liaison éphémère que l'expert-comptable a eue à l'adolescence.
Cette histoire qui tient du mélodrame, Coe réussit sans effort à en faire le symbole convaincant du caractère tout à fait bizarre de la vie politique britannique. Au seuil de l'invraisemblance et du mauvais goût romanesques, l'amour a, comme l'humour anglais, une puissance insoupçonnée.
À cause de Malvina, Paul prend une décision cruciale. Il démissionne de ses fonctions de député. «Si j'agis ainsi, écrit-il au premier ministre travailliste Tony Blair, c'est pour des raisons uniquement personnelles et non politiques.» Il lui apprend qu'il quitte sa femme et ses enfants.
Espère-t-il en démissionnant empêcher les cancans sur sa liaison avec Malvina de se propager? Il le croit. «J'ai décidé, explique-t-il à Blair, de recourir à une action préventive. (Un concept qui vous est familier, j'en suis sûr!)»
De fil en aiguille, la lettre se transforme paradoxalement en manifeste politique. Paul affirme que la participation de la Grande-Bretagne à la guerre contre l'Irak était injustifiable et qu'il a honte de l'avoir approuvée en tant que député travailliste.
L'explication ultime de son attitude est savoureuse: «J'ai pris conscience du bouleversement intervenu dans la hiérarchie entre mes priorités politiques et mes priorités personnelles. Cette prise de conscience est directement à l'origine de ma décision de quitter ma femme, et donc, fatalement, de ma décision de démissionner.»
Y a-t-il quelque chose de mieux que cette logique saugrenue pour résumer l'Angleterre de Tony Blair?
Collaborateur du Devoir
Pusey-Hamilton était une connaissance de Benjamin, expert-comptable qui écrit dans ses loisirs un roman interminable. «Pour faire une bonne satire ou une bonne parodie, il fallait, quelque part, aimer son objet.» Telle était la théorie de Pusey-Hamilton. Est-ce aussi celle du romancier britannique Jonathan Coe, né à Birmingham en 1961, qui, dans Le Cercle fermé, nous raconte toutes ces choses inusitées? Ce n'est pas impossible.
Si Coe fait une satire de l'Angleterre de Tony Blair, il trouve assez attachant le «peuple pâle», c'est-à-dire le peuple anglais qui «emplissait les rues de Londres en ce dernier soir du vingtième siècle». Il n'a guère le choix. À la différence de Pusey-Hamilton qui, découragé, avait définitivement cessé d'écrire, il ne se résigne pas à envisager la mort de l'humour anglais.
Coe n'a ni le mordant extrême ni le ton désespéré de son compatriote Martin Amis qui, en 1984, dans le roman Money, Money, a fait une satire de l'Occident de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan. Mais il décrit avec une subtilité comparable le lien mystérieux entre la vie intime et la vie politique.
Au moment où son mariage s'effrite, Benjamin rencontre la charmante Malvina. Cependant, c'est de Paul, frère de Benjamin et député travailliste, que la jeune femme tombe amoureuse. On apprend finalement que Malvina est la fille naturelle de Benjamin, et donc la nièce de Paul! Elle est le fruit jusqu'alors inconnu d'une liaison éphémère que l'expert-comptable a eue à l'adolescence.
Cette histoire qui tient du mélodrame, Coe réussit sans effort à en faire le symbole convaincant du caractère tout à fait bizarre de la vie politique britannique. Au seuil de l'invraisemblance et du mauvais goût romanesques, l'amour a, comme l'humour anglais, une puissance insoupçonnée.
À cause de Malvina, Paul prend une décision cruciale. Il démissionne de ses fonctions de député. «Si j'agis ainsi, écrit-il au premier ministre travailliste Tony Blair, c'est pour des raisons uniquement personnelles et non politiques.» Il lui apprend qu'il quitte sa femme et ses enfants.
Espère-t-il en démissionnant empêcher les cancans sur sa liaison avec Malvina de se propager? Il le croit. «J'ai décidé, explique-t-il à Blair, de recourir à une action préventive. (Un concept qui vous est familier, j'en suis sûr!)»
De fil en aiguille, la lettre se transforme paradoxalement en manifeste politique. Paul affirme que la participation de la Grande-Bretagne à la guerre contre l'Irak était injustifiable et qu'il a honte de l'avoir approuvée en tant que député travailliste.
L'explication ultime de son attitude est savoureuse: «J'ai pris conscience du bouleversement intervenu dans la hiérarchie entre mes priorités politiques et mes priorités personnelles. Cette prise de conscience est directement à l'origine de ma décision de quitter ma femme, et donc, fatalement, de ma décision de démissionner.»
Y a-t-il quelque chose de mieux que cette logique saugrenue pour résumer l'Angleterre de Tony Blair?
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