Roman québécois - Le Québec baroque de Simone Piuze
En 1965, à Rawdon, Jean Courtemanche, un adolescent de seize ans, se fait initier sexuellement par une créature qu'il est le seul à baptiser la femme-homme. Au lieu de lui donner un préservatif, elle lui donne un chapelet. Et ils rêvent de partir ensemble pour l'Asie...
La femme-homme a bien quelques poils au menton. Mais, à part ça, cette femme solitaire de quarante-deux ans, Martha Lupien, semble parfaitement constituée. Elle vit dans une maison abandonnée à la lisière d'un bois, lit la Bible, le traité d'un sage hindou et les pensées d'un trappiste d'Oka. Elle porte une robe de soie mauve, toujours sale, et, avec Jean, danse follement le tango.
Cette atmosphère baroque du milieu des années soixante, la journaliste Simone Piuze, née à Montréal en 1946, la dépeint très bien dans son roman La Femme-Homme. Modernisé en vain par le souffle de Vatican II, le catholicisme québécois, qui était sur le point de s'écrouler, se mêlait souvent à un exotisme frivole, à un esprit bohème candide et aux premiers émois de la révolution sexuelle.
Le récit a une indéniable valeur ethnographique, mais la prolixité de la romancière l'affaiblit. Il aurait mieux valu que Simone Piuze, dans une prose plus dense, écrive une simple nouvelle. La découverte que Jean a faite de Martha violée et assassinée par un inconnu à l'intérieur de la maison abandonnée aurait eu plus de force.
Simone Piuze aurait ainsi fait ressortir, parallèlement au Québec idéaliste de 1965, un autre Québec, que les changements sociaux effervescents et prometteurs de l'époque occultaient: un certain pays figé, sordide et populacier que le succès phénoménal du tabloïd Allô Police symbolisait.
C'est sans doute ce Québec infantile que les amants les plus fous, comme Jean et Martha, rêvaient confusément de quitter pour s'envoler vers les paradis lointains et illusoires. Mais Simone Piuze, la créatrice de ces personnages, ne devrait pas oublier trop vite qu'écrire est le viol et l'assassinat pacifiques des bons sentiments et des lieux communs.
Collaborateur du Devoir
La femme-homme a bien quelques poils au menton. Mais, à part ça, cette femme solitaire de quarante-deux ans, Martha Lupien, semble parfaitement constituée. Elle vit dans une maison abandonnée à la lisière d'un bois, lit la Bible, le traité d'un sage hindou et les pensées d'un trappiste d'Oka. Elle porte une robe de soie mauve, toujours sale, et, avec Jean, danse follement le tango.
Cette atmosphère baroque du milieu des années soixante, la journaliste Simone Piuze, née à Montréal en 1946, la dépeint très bien dans son roman La Femme-Homme. Modernisé en vain par le souffle de Vatican II, le catholicisme québécois, qui était sur le point de s'écrouler, se mêlait souvent à un exotisme frivole, à un esprit bohème candide et aux premiers émois de la révolution sexuelle.
Le récit a une indéniable valeur ethnographique, mais la prolixité de la romancière l'affaiblit. Il aurait mieux valu que Simone Piuze, dans une prose plus dense, écrive une simple nouvelle. La découverte que Jean a faite de Martha violée et assassinée par un inconnu à l'intérieur de la maison abandonnée aurait eu plus de force.
Simone Piuze aurait ainsi fait ressortir, parallèlement au Québec idéaliste de 1965, un autre Québec, que les changements sociaux effervescents et prometteurs de l'époque occultaient: un certain pays figé, sordide et populacier que le succès phénoménal du tabloïd Allô Police symbolisait.
C'est sans doute ce Québec infantile que les amants les plus fous, comme Jean et Martha, rêvaient confusément de quitter pour s'envoler vers les paradis lointains et illusoires. Mais Simone Piuze, la créatrice de ces personnages, ne devrait pas oublier trop vite qu'écrire est le viol et l'assassinat pacifiques des bons sentiments et des lieux communs.
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