Roman québécois - Un interminable tour de calèche
Février 1995. Frédéric Chevalier — son nom, à lui seul, constitue tout un programme — vient d'être engagé comme conseiller en communication auprès du Secrétariat à la restructuration du gouvernement du Québec. Au sein de l'équipe chargée d'évaluer les coûts de l'accession du Québec à la souveraineté en vue du référendum à venir, il est dans les coulisses du combat politique qui s'amorce pour le pays qui reste à faire. Féru d'histoire, le fonctionnaire voit aussi dans cet épisode de nombreux liens à faire avec la Conquête anglaise.
Mettant bout à bout d'inévitables et inutiles travelling, qui ne sont bien souvent que de simples prétextes pour enfiler les anecdotes historiques et architecturales, La taupe. Chronique d'un référendum. Acte I: les Américains à Québec est d'une lourdeur difficile à supporter et relève plus du rapport de recherche que du roman. Un long et minutieux récit de la Conquête, des paysages «expliqués» jusqu'à plus soif, une constellation de personnages délavés et sans vie auxquels le romancier n'a voulu concéder qu'une psychologie primaire donnent à ce roman historique un sérieux vernis de «réalisme socialiste».
Ancien journaliste (notamment au Devoir), Jean Chartier a été conseiller en communication à l'emploi du gouvernement du Québec au moment de la campagne référendaire de 1995. Témoin apparemment privilégié de cette période importante de l'histoire récente du Québec, l'auteur n'a pas su éviter les écueils qui menacent d'ordinaire les auteurs d'un premier roman et de romans historiques: le didactisme. Qui atteint ici, faut-il le dire, un sommet peut-être inédit dans la petite histoire du roman.
Exemple d'une partie de paragraphe parmi quelques centaines d'autres: «Accoudé à la Citadelle, le Parc des batailles, selon l'appellation de Boucher de la Bruère, occupe les plaines où Abraham Martin observait la progression des bateaux dans les parages de l'île d'Orléans. Ses bêtes avaient brouté l'herbe de la côte Sainte-Geneviève et de la côte portant son nom, près de sa maison sur laquelle s'ouvrait un panorama sur l'Ancienne Lorette et Charles Bourg, du côté nord de la rivière Saint-Charles... »
Mais qui donc lirait un roman pour se faire assommer? À ce titre, La Taupe, pourtant bien écrit, apparaît comme un véritable échec romanesque. Ou comme un interminable tour de calèche. C'est selon.
Collaborateur du Devoir
Mettant bout à bout d'inévitables et inutiles travelling, qui ne sont bien souvent que de simples prétextes pour enfiler les anecdotes historiques et architecturales, La taupe. Chronique d'un référendum. Acte I: les Américains à Québec est d'une lourdeur difficile à supporter et relève plus du rapport de recherche que du roman. Un long et minutieux récit de la Conquête, des paysages «expliqués» jusqu'à plus soif, une constellation de personnages délavés et sans vie auxquels le romancier n'a voulu concéder qu'une psychologie primaire donnent à ce roman historique un sérieux vernis de «réalisme socialiste».
Ancien journaliste (notamment au Devoir), Jean Chartier a été conseiller en communication à l'emploi du gouvernement du Québec au moment de la campagne référendaire de 1995. Témoin apparemment privilégié de cette période importante de l'histoire récente du Québec, l'auteur n'a pas su éviter les écueils qui menacent d'ordinaire les auteurs d'un premier roman et de romans historiques: le didactisme. Qui atteint ici, faut-il le dire, un sommet peut-être inédit dans la petite histoire du roman.
Exemple d'une partie de paragraphe parmi quelques centaines d'autres: «Accoudé à la Citadelle, le Parc des batailles, selon l'appellation de Boucher de la Bruère, occupe les plaines où Abraham Martin observait la progression des bateaux dans les parages de l'île d'Orléans. Ses bêtes avaient brouté l'herbe de la côte Sainte-Geneviève et de la côte portant son nom, près de sa maison sur laquelle s'ouvrait un panorama sur l'Ancienne Lorette et Charles Bourg, du côté nord de la rivière Saint-Charles... »
Mais qui donc lirait un roman pour se faire assommer? À ce titre, La Taupe, pourtant bien écrit, apparaît comme un véritable échec romanesque. Ou comme un interminable tour de calèche. C'est selon.
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