La danse gagne en popularité grâce aux émissions qui la mettent en vedette

Numéro de danse urbaine à «Danser pour gagner», diffusée sur V.
Photo: Élisabeth Cloutier Numéro de danse urbaine à «Danser pour gagner», diffusée sur V.

Mercredi soir, l’ambiance était survoltée au premier direct de Danser pour gagner, lancé par la productrice Julie Snyder et l’animateur Olivier Dion. Et pas seulement à cause de l’enthousiasme débordant de Julie Ringuette en coulisses ! En voyant six des douze équipes en compétition s’exécuter sur le grand plateau circulaire, on a compris pourquoi Denis Bouchard, qui forme le jury avec Kim Gingras et Laurence Nerbonne, les a qualifiés de gladiateurs et gladiatrices.

Que l’on connaisse ou non la danse urbaine, force est d’admettre que le calibre est élevé et que la compétition s’annonce serrée à Danser pour gagner. D’ailleurs, il est surprenant qu’on n’ait pas pensé à adapter plus tôt America’s Best Dance Crew, émission numéro un de MTV, qui, en huit saisons, a attiré 86 millions de spectateurs comme l’a rappelé Julie Snyder en début d’émission.

« Si on est retard par rapport aux États-Unis, c’est qu’on n’est pas conscient de la mine d’or de talent qu’on a au Québec, surtout en danse de rue. On a plusieurs champions du monde au Québec et c’est ce qui a permis de faire connaître Hit the Floor, où l’on reçoit environ 400 équipes de danse », affirme Nicolas Bégin, fondateur de Hit the Floor et directeur artistique de Danser pour gagner.

Les gars entrent dans la danse

Ont été retenues pour Danser pour gagner, première émission du genre au Québec, cinq équipes féminines, quatre équipes masculines et trois équipes mixtes, pour un total de 77 danseurs, plus précisément 42 femmes et 35 hommes, âgés de 13 à 38 ans.

« En danse, généralement, on a un ratio de 70 % de femmes, mais sur l’émission, on a eu la chance d’avoir beaucoup de garçons qui ont auditionné et qui avaient un bon casting. On a donc une belle parité », clame fièrement Nicolas Bégin.

Du même souffle, il explique que les clichés homosexuels véhiculés sur la danse tendent à disparaître. Ainsi, depuis le début des années 2000, les garçons ne craignent plus de pratiquer le voguing et le waacking, deux styles de danse nés dans le milieu gai dans les années 1970.

Même si la danse attire davantage les femmes, elles ont de moins en moins de difficulté à trouver un partenaire de danse sociale : « Au Studio 88 Swing, on a pratiquement 50 % d’hommes. C’est sûr qu’il y a légèrement plus de femmes, mais la peur des hommes d’avoir l’air gai disparaît de plus en plus. La danse en couple les rejoint plus et le swing répond à une envie de bouger pour une génération qui est beaucoup devant son ordinateur », dévoile Sandrine Lambin-Gagnon, professeure et coach du Studio 88 Swing.

À l’école Louise Lapierre, qui a pignon sur rue depuis 45 ans, on propose même des programmes pour les garçons depuis 20 ans. « Je suis bien contente de cette parité à Danser pour gagner. Imaginez le message qui y est donné », confie Louise Lapierre. On n’a pas cette parité dans nos cours ni dans nos équipes de compétition, on a trois garçons pour onze filles. Cela dit, les garçons ont plus de chances de monter leur carrière que les filles ; si on fait une audition, il y a cent filles pour un rôle et dix garçons pour un rôle. »

« Nico Archambault, qui a commencé à cinq ou six ans et fait son secondaire en sport-études chez nous, et qui est aussi l’ambassadeur numéro un de la danse au Québec, a énormément combattu les préjugés », ajoute celle qui a été la danseuse-chorégraphe incontournable dans les grandes années des variétés. Les danses urbaines ont fait tomber les barrières de la permission de bouger « comme un garçon ». « Il a aussi fallu défaire l’idée qu’une fille ne danse pas comme un garçon ; elle fait une danse urbaine qui implique un investissement physique athlétique. »

Directrice artistique de l’École supérieure de ballet du Québec, Anik Bissonnette remarque que la danse classique évolue aussi. « Grâce au film Billy Elliott, lorsque la comédie musicale a été présentée à Toronto avec l’École nationale de ballet, on avait pour la première fois 50 % de garçons », se souvient l’ex-première danseuse des Grands Ballets canadiens. La danse classique est de plus en plus respectée. Nico Archambault, qui est venu enseigner à l’École, disait aux danseurs de l’émission Ils dansent que la danse classique allait les aider pour le futur. Il a donc fait beaucoup la promotion de la danse classique. J’ai vraiment hâte de voir Danser pour gagner et de voir si ça va changer les choses. »

Petit lexique

Breakdance : danse alliant figures et enchaînements acrobatiques au sol.

Hip-hop : danse incluant les danses debout, le breakdance et le New School (ou New Style).

Locking : danse debout se caractérisant par la décomposition des mouvements et d’effets « arrêt sur image ».

New School (ou New Style) : danse alliant breakdance, locking, popping, danse africaine et tout autre mouvement selon l’inspiration.

Popping : danse debout basée sur la contraction et la décontraction localisées et rythmées des muscles.

Street Dance : terme générique désignant les danses de rue.

Voguing : danse alliant poses-mannequin et mouvements angulaires.

Waacking : danse caractérisée par des mouvements complexes et rapides des bras.

L’influence du petit écran

Bien qu’ils évoluent dans différentes sphères de la danse, Nicolas Bégin, Sandrine Lambin-Gagnon et Anik Bissonnette reconnaissent spontanément l’impact positif de la télévision dans le milieu en général.

« Pour avoir participé à So You Think You Can Dance Canada (2009) et à America’s Best Dance Crew (2010), c’est clair que ces émissions ont une grosse répercussion sur la notoriété et sur la carrière des danseurs. Ce sont de belles vitrines pour la danse. Je m’attends à ce que les troupes qui font partie de Danser pour gagner aient de belles possibilités », avance Nicolas Bégin.

Celui qui assiste le réalisateur Pierre Séguin en régie afin de s’assurer que chaque chorégraphie soit mise en valeur à l’écran poursuit : « Après l’émission, je prédis un achalandage aux inscriptions dans les écoles de danse et dans les compétitions de danse. Les émissions contribuent à piquer l’intérêt du public et à lui montrer tout le talent qu’on a ici. Les danseurs de Danser pour gagner sont de haut niveau et n’ont rien à envier à ceux des émissions américaines. On a vraiment hâte que les gens puissent constater tout le talent qu’on a au Québec. »

« Le swing, qui est la danse du plaisir, a repris vie à Montréal à la fin des années 1990 et l’intérêt ne cesse de grandir depuis. Au Studio 88 Swing, la clientèle principale a toujours été les 20 à 40 ans ; les plus jeunes vont plus vers le hip-hop. Souvent, des élèves nous disent qu’ils ont vu un numéro aux Dieux de la danse et qu’ils ont eu envie d’essayer. Serge Denoncourt dit d’ailleurs que le lindy hop, la danse swing la plus populaire dans le monde entier, est la danse chouchoute aux Dieux de la danse », explique Sandrine Lambin-Gagnon.

Selon Anik Bissonnette, les moutures américaine et canadienne de So You Think You Can Dance ont contribué à augmenter le taux de fréquentation de l’École supérieure de ballet du Québec : « Il y a aussi le documentaire Danser !, sur les finissants de l’École, qui a vraiment été fabuleux pour la danse. J’en entends encore parler. Dans cette émission, on voit que le danseur qui est chez nous ne fait pas que de la danse classique, mais aussi tous les autres styles de danse, car le danseur d’aujourd’hui doit tout faire. »

« On est dans la vague des danses urbaines. Pour moi, que ce soit la danse urbaine, la danse sociale, la danse contemporaine, c’est juste une porte pour danser. Quelle que soit la porte d’entrée, du moment qu’il y en ait une ! Les émissions de danse amènent un développement du public, je suis sûre que s’il y a une prochaine saison des Dieux de la danse, les cotes d’écoute augmenteront grâce à Danser pour gagner », croit Louise Lapierre.

Et cela donnera sans doute le vent dans les voiles de Révolution, compétition de danse qui sera diffusée l’automne prochain à TVA. Décidément, elle a du flair, Julie Snyder.

Alors on danse ?

Le match des étoiles (2005-2009)

Dans cette compétition de danse animée par Normand Brathwaite, des vedettes jumelées à des danseurs-chorégraphes s’exécutent sous les yeux des analystes Geneviève Guérard et Yves Desgagnés et de dix juges choisis parmi le public.

Voulez-vous danser ? (2010-2013)

Première danseuse des Grands Ballets canadiens de 1999 à 2006, Geneviève Guérard explore un style de danse différent chaque semaine en compagnie d’une vedette en allant à la rencontre de troupes de danse.

Ils dansent (2011-2012)

Gagnant de la première édition de So You Think You Can Dance Canada (2008), le danseur et chorégraphe Nico Archambault accompagne dix danseurs dans leur apprentissage de différents styles de danse.

Danser ! (2015)

Réalisée par Christian Lalumière, cette série documentaire suit le parcours de sept finissants aspirants danseurs de l’École supérieure de ballet du Québec.

Les dieux de la danse (2015-)

Animée par Jean-Philippe Wauthier, cette émission de variétés se veut une compétition de danse amicale entre vedettes. Chantal Lamarre, Nico Archambault et Serge Denoncourt y forment le jury.

Danser pour gagner

V, lundi, mardi, 18 h 30, mercredi, 19 h (les répétitions), mercredi, 19 h 30 (le direct), jeudi, 18 h 30 (les coulisses du direct)

1 commentaire
  • François Beaulé - Abonné 26 janvier 2018 09 h 31

    De l'entertainment grossier

    Je n'ai regardé que le début mais je n'ai pas vu l'ombre du début d'une forme d'art dans cette danse aérobique. Aucune sensibilité, aucun esthétisme, même aucune sensualité. Que de la performance musculaire et cardiaque. Aucune valeur artistique.

    On est dans le domaine de l'anti-culture et des poules sans tête.