«La cure»: l’envers des hommes

André St-Pierre avait eu l’idée de s’infiltrer au centre Mélaric avant que ce dernier ne ferme subitement en janvier 2016 et ne fasse les manchettes.
Photo: Télé-Québec André St-Pierre avait eu l’idée de s’infiltrer au centre Mélaric avant que ce dernier ne ferme subitement en janvier 2016 et ne fasse les manchettes.

Prison, dettes, rupture, perte d’emploi, perte de contact avec les enfants et la famille, problèmes de santé physique et mentale. Rentrer en « désintox », c’est être, bien souvent, au pied du mur.

C’était le centre ou la mort, dit Claude, lucide, à la lentille du réalisateur André St-Pierre dans le premier épisode de la série documentaire La cure qui prend l’affiche jeudi à Télé-Québec. Au-delà des confidences des hommes meurtris qui se retrouvent en thérapie fermée pour plusieurs mois, ce sont les tranches de vie authentiques qu’il a réussi à filmer, une rare incursion dans un monde hermétique, qui ébranlent dans ses images.

André St-Pierre avait eu l’idée de s’infiltrer au centre Mélaric avant que ce dernier ne ferme subitement en janvier 2016 et ne fasse les manchettes. Quand la Fondation Robert-Piché, du commandant bien connu, a permis la réouverture sous un nouveau nom, le réalisateur a réussi à convaincre la nouvelle administration de lui ouvrir ses portes.

Obtenir des dizaines d’hommes qui vivent les « pires moments de leur vie » qu’ils apparaissent à visage découvert allait être un plus grand défi encore. « Ce ne sont pas des gars qui veulent gagner une maison dans une téléréalité. Ils veulent sauver leur vie ! compare André St-Pierre en entrevue. Je leur disais que je les comprenais d’être méfiants. Mais pour moi, quand tu passes la porte d’un centre comme celui-là, tu es un héros, parce que tu fais enfin face à la situation. »

Entre l’espoir et la lucidité

Les hommes qu’il a filmés sont pour certains très conscients des torts qu’ils ont pu causer dans la foulée de leur dépendance. « J’ai menacé ma blonde de la tuer », avoue Marc-André à la caméra. « Pour être un meilleur papa, il va falloir que je sois un meilleur Marc-André », décide-t-il.

La série de cinq épisodes commence en douceur. Des dizaines d’hommes toxicomanes qui pleurent enlacés en chantant du Vincent Vallières ? Oui. Mais ce n’est pas ça le plus touchant. Au deuxième épisode, certains résidents disent à d’autres leurs quatre vérités, avec toute la part d’ombre que cela comporte. C’est dans ces scènes sans artifice, parfois difficiles à regarder, que l’humanité du projet de St-Pierre puise toute sa force et sa pertinence.

« Ce n’est pas l’apologie des toxicos, mais je veux montrer leur combat et je crois que les gens vont comprendre, dit-il. J’ai essayé de montrer le côté combattant, mais il faut aussi être lucide. Ce qu’on dit, c’est que de 5 à 10 % des gens s’en sortent dans une cure donnée. »

Au cours de sa vie, environ une personne sur cinq éprouvera des troubles liés à la consommation de drogues ou d’alcool, selon un portrait publié en 2015 par l’Institut de la statistique du Québec.

Un financement précaire

Aux prises avec d’importantes difficultés financières, le centre — rebaptisé centre Robert Piché-Elphège Roussel — a dû finalement mettre la clé dans la porte l’été dernier, définitivement. Le Québec compte plusieurs autres centres, publics et privés, qui accueillent les personnes aux prises avec une dépendance.

« Quand on voit l’argent qu’on dépense par jour pour un prisonnier en comparaison de quelqu’un en thérapie, il y a un décalage par rapport aux choix qu’on fait collectivement », constate le réalisateur St-Pierre, à qui l’on doit notamment le documentaire Beauté fatale et Dix ans des Francs-tireurs. Le manque de financement aura été le sous-thème du tournage, qui s’est échelonné sur plusieurs mois jusqu’à l’inéluctable fermeture. À l’aube de la diffusion de la deuxième saison de la série Deuxième chance, aussi sous sa gouverne, à Radio-Canada, quel est le fil conducteur de ses choix professionnels ? « Je fais une télé qui montre la lumière des gens, que la réconciliation et la rédemption sont possibles. »

La cure

Le jeudi à 20 h dès le 18 janvier à Télé-Québec