«Hubert et Fanny»: drôle d’endroit pour une rencontre

Les comédiens Thomas Beaudoin et Mylène St-Sauveur sur le tapis rouge de la série «Hubert et Fanny», en décembre dernier
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les comédiens Thomas Beaudoin et Mylène St-Sauveur sur le tapis rouge de la série «Hubert et Fanny», en décembre dernier

Travailleuse sociale au grand coeur, Fanny (Mylène St-Sauveur) coule des jours tranquilles avec son amoureux (Mickaël Gouin) depuis sept ans. Tatoueur au charme ravageur, Hubert (Thomas Beaudoin) collectionne les histoires d’un soir et n’a que pour seul amour son chien. Au cours d’un cambriolage dans une banque où ils sont pris en otages, Fanny et Hubert perdent leurs repères. Et si Hubert était l’homme de sa vie ? Et si Fanny pouvait être la seule femme dans son lit ?

« Est-ce à cause de ce moment-là qu’ils risquent d’être ensemble ? Ou est-ce ce moment qui va les changer ? C’est cette base que j’avais envie de travailler. Au départ, j’avais envie d’aller vers une série policière, mais je savais que District 31 et Fait divers s’en venaient, et qu’il y avait aussi une intrigue policière dans Mémoires vives. J’ai donc pris instinctivement un autre virage », révèle l’auteur Richard Blaimert (Les hauts et les bas de Sophie Paquin, Nouvelle adresse) à propos de sa nouvelle série, Hubert et Fanny (laquelle comblera l’espace laissé dans la case horaire par Mémoires vives).


Regarder Hubert et Fanny ou pas? La réponse de Manon Dumais.

Roméo et Juliette à Rosemont

Réalisée par Mariloup Wolfe (Ruptures), à l’exception des épisodes sept à neuf signés Richard Blaimert, cette série de douze épisodes met non seulement en scène un tandem dépareillé, mais deux familles où tout n’est pas toujours de tout repos. Ainsi, Hubert, qui vit avec son colocataire (Rodley Pitt), un geek « adulescent », doit composer avec son père (Marc Messier), marginal anxieux, sa mère (Anne-Marie Cadieux), éternelle amoureuse, et le nouvel amant de cette dernière (Bernard Fortin). Au fil des épisodes, on découvrira le passé familial de Hubert, ce qui le rendra encore plus attachant.

Du côté de Fanny, qui peut compter sur sa meilleure amie (Olivia Palacci), on retrouve son père (Henri Chassé) et sa belle-mère (Fanny Mallette), qui devront bientôt cheminer avec leur fils (André Kasper, le Siffleux des Pays d’en haut), qui dévoile être une fille. Pour brasser la cage de tout ce beau monde, et faire rire dans les chaumières, il y a la grande soeur de Fanny (Christine Beaulieu) et son mari (Mani Soleymanlou).

Est-ce à cause de ce moment-là qu’ils risquent d’être ensemble ? Ou est-ce ce moment qui va les changer ? C’est cette base que j’avais envie de travailler.

À la rencontre de presse, suivant la projection des trois premiers épisodes d’Hubert et Fanny, Richard Blaimert et Mariloup Wolfe ne tarissaient pas d’éloges sur le professionnalisme du jeune André, qui défend un rôle délicat : « Ç’aurait été difficile avec un acteur sans expérience de jouer un personnage avec autant d’ambiguïté et de profondeur à un âge où tu peux subir de l’intimidation à l’école. André a tous les outils, il a déjà une carrière, il ne sera pas identifié à ce rôle-là. À l’audition, il vivait déjà toutes les émotions qu’il a à vivre dans la série. Je l’ai seulement accompagné là-dedans », confie la réalisatrice.

« Dans Nouvelle adresse, j’avais un personnage gai. On essaie toujours de se faire des défis, de traiter quelque chose de nouveau. Je trouvais vraiment intéressant d’arriver avec une nouvelle couleur parce que j’avais l’impression d’avoir fait le tour. J’ai fait beaucoup de recherches parce que je ne connaissais pas vraiment la transsexualité. La difficulté, c’est que ça reste un drame familial, qui explore comment on aime, comment on a été aimé, comment on a grandi », explique l’auteur.

Alors que l’action de Nouvelle adresse était ancrée dans un univers bourgeois, Blaimert et Wolfe ont voulu que les intrigues de Hubert et Fanny, tournée dans le quartier Rosemont, évoluent dans un monde plus populaire. « Je travaille beaucoup avec la photographie, raconte Mariloup Wolfe. Je fais des tableaux avec Pinterest ; tout y est décortiqué : lumière, couleurs, décors, costumes… Il y en a qui peuvent rire de ça, mais moi, je fonctionne bien avec ça. Je fais des tableaux pour chaque univers, c’est-à-dire que je peux avoir 50 tableaux pour le tattoo shop de Hubert. Je me suis inspirée des vieux barber shops ; j’ai donc fait plusieurs tableaux avec des objets vintage. »

La metteure en scène poursuit : « J’aime beaucoup les contre-jours, avoir des décors avec des fenêtres, placer les personnages devant ou derrière des fenêtres afin d’avoir plusieurs couches. Dans la mise en scène, je veux retrouver aussi l’idée du bordel, du désordre, parce que je veux que les décors soient réalistes, habités, que ce soit fluide, organique, sans qu’on sente la mise en scène. »

Outre l’esthétique de la série, ce qui frappe, c’est aussi l’utilisation de la voix off : « Dans les deux premiers blocs, c’était la façon de présenter Hubert et Fanny ; je voulais qu’on ait un panorama de leur vie. Je trouvais ça assez rafraîchissant et ça me donnait la liberté d’exprimer le contraire de ce que l’on voit ou de mettre l’accent sur quelque chose », conclut Richard Blaimert.

Hubert et Fanny

Radio-Canada, mardi, 21 h