Le producteur défend sa version non «exhaustive» de l’histoire du Canada

Un épisode de la série « Canada: The Story of Us » met en scène l’histoire de Laura Secord et du guerrier cayuga John Tutela.
Photo: CBC Un épisode de la série « Canada: The Story of Us » met en scène l’histoire de Laura Secord et du guerrier cayuga John Tutela.

Devant les critiques croisées qui descendent en flammes la série Canada The Story of Us, la ministre responsable des célébrations du 150e anniversaire de la Confédération, Mélanie Joly, refuse de commenter la série, même si elle affirme avoir vu les deux premiers épisodes.

 

« Je pense que de façon générale c’est important qu’on puisse avoir ces conversations difficiles sur notre histoire. Je ne commenterai pas davantage le contenu, la programmation à CBC Radio-Canada parce que, bien entendu, c’est indépendant de mes responsabilités, en fait, de mon ministère. »

 

Dans une déclaration publique, la compagnie de production de la série, Bristow Global Media, affirme pour sa part n’être « pas nécessairement d’accord avec tous les commentaires ou analyses » qui ont été formulés à l’encontre de la série. En raison de sa représentation et de ses choix, la série a été décriée un peu partout au Canada.

 

Bristow Global Media estime qu’elle n’a pas à justifier ses positions historiques dans la mesure où le format qu’elle a retenu est le docudrame. « Ce format n’a pas l’intention d’offrir une histoire exhaustive de notre nation. » Selon elle, la série propose de décrire une sélection d’événements qui ont aidé à « façonner le développement de notre pays ».

 

Pour justifier ses choix, Bristow Global Media s’en remet au fait qu’elle est appuyée par le diffuseur public dans cette entreprise. « Notre série a été commandée par le service de langue anglaise de CBC TV pour le public parlant anglais. » Y aura-t-il une version française de la série ? Rien de tel n’est prévu, répond la CBC au Devoir.

 

À la CBC, on affirme en outre être « très à l’écoute des critiques », mais on considère tout de même que la série répond à une intention première d’« encourager les Canadiens à discuter de leur histoire ».

 

« L’intention était de faire découvrir des événements extraordinaires », affirme Emma Bédard, la porte-parole de la CBC dans ce dossier. Pour prendre un exemple, est-ce que la déportation des Acadiens n’est pas suffisamment marquante pour qu’on puisse éviter d’en parler dans un portrait de l’histoire canadienne ?

 

« On ne peut pas parler de tout, mais seulement de cinquante histoires », se contente de répondre Mme Bédard.

 

Elle confirme qu’il ne sera pas question de cet événement tragique dans ces vignettes vouées à célébrer l’Acte de l’Amérique du Nord britannique, adopté en 1867.

 

Parmi bien des protestations, la Société nationale de l’Acadie (SNA) s’est fait entendre à ce sujet en demandant à la CBC d’offrir des excuses publiques au peuple acadien à la suite de cette série historique.

 

Dans les moments de l’Histoire retenus par le producteur, pourquoi la CBC a-t-elle cautionné le fait que les Canadiens français soient représentés comme des gens négligés, alors que les personnages issus du monde anglo-saxon montrent une apparence le plus souvent impeccable ?

 

« C’est une question que je dois poser », répond la porte-parole de la CBC, qui n’a finalement pas été en mesure de fournir une réponse au Devoir.

 

Fallait-il inviter le premier ministre Trudeau à présenter la série en lui octroyant du temps à l’écran ? « C’est un format qui a déjà été adopté en Australie et en Nouvelle-Zélande. Chaque fois, on a invité le chef du gouvernement », soutient la CBC.

 

Et ce choix de donner une voix au premier ministre n’a rien à voir, assure la CBC, avec la proximité d’un des deux rédacteurs de la série, M. John English, avec la famille Trudeau.

5 commentaires
  • Nicole Delisle - Abonné 5 avril 2017 12 h 55

    Bévue monumentale!

    Que le parti libéral du Canada se soit livré à cette mascarade et à ce dénigrement n'est pas surprenant! Mme Joly, avec ce nouvel incident, car elle a le don de les accumuler, ainsi que M. Trudeau fils nous montrent encore une fois tout le mépris qu'ils ont envers certains citoyens canadiens. S'associer à une telle démonstration de dénigrement envers les québécois et les acadiens entre autre, le prouve. "Les éléments extraordinaires" ne sont que du côté anglophone! Qu'attendons-nous pour
    faire valoir notre propre histoire et se dissocier complètement de ce pays, ignorant, inculte et dénigrateur? Nous n'avons rien en commun avec cette culture qui ne connaît rien à la nôtre, pas plus que nous voulons connaître la leur, tellement elle ne nous ressemble pas. Nous sommes vraiment deux solitudes et à ce titre nous méritons de vivre chacun de notre côté. La liberté et la fierté plutôt que de subir ce
    dénigrement et cette ignorance totale de ce que nous sommes! Par leur attitude, les libéraux fédéraux nous poussent vers une sortie en règle de leur pays. Le nôtre vaut mieux à bien des points de vue!

  • Jean-Charles Morin - Abonné 5 avril 2017 15 h 52

    Un champ de mines.

    L'histoire du Canada se révèle de plus en plus être un terrain miné dans lequel Justin Trudeau et Mélanie Joly ont sauté (c'est le cas de le dire) à pieds joints par pure inconscience sans avoir la moindre idée de ce qu'ils faisaient. Ce n'est pas moi qui irai ramasser les morceaux...

    La vérité historique est autre chose que de la vulgaire propagande. C'est une histoire à suivre, qu'elle soit biaisée ou non.

  • Hermel Cyr - Abonné 5 avril 2017 16 h 13

    Non exhaustive ? ou malhonnête ?

    Qui peut prétendre faire de l'histoire exhaustive ? surtout dans une série télévisée? Voyons donc. Un prétexte, une mauvaise blague, pour caher qu'il s'agit d'un navet simplement.

    On ne demande pas des auteurs d'une série télévisée sur l'histoire qu'ils soient "exhaustifs" voyons. Aucun historien, même parmi les plus prolifiques, ne vise pas ça. On peut exiger tout de même qu'ils soient honnnêtes. Omettre la déportation des Acadiens, consacrer quelques minutes aux autochtones pour ensuite les récupérer dans la multiculturalisme .... il faut être très mal intentionné, pour dire le moins.

  • Nicole Ste-Marie - Abonnée 5 avril 2017 20 h 00

    Ce qui a fait la perte de la Nouvelle-France c'est ...

    La destruction de la marine française et Espagnole, en temps de paix et dans les eaux territoriales neutres, par la marine Britannique sous les ordres de William Pitt et l'amiral Boscawen.
    Il faudrait que l'on explique aussi les batailles maritimes de Lagos et de Cardinal.

    La bataille de Sainte Foy fût gagnée par les Français (Lévis et Vaudreuil ) en avril 1760 (soit après la bataille des plaines d'Abraham) mais les Canadiens n'ont pu être ravitaillés puisque la France n'avait plus de marines, ni l'Espagne son alliée, détruite par les Brie en temps de paix.

    Il y a tant à dire que le ROC ne veut pas savoir et ne voudrait pas dire s'il le savait.

  • Richard Côté - Abonné 7 avril 2017 09 h 52

    Hypocrisie des producteurs

    Oser se cacher derrière un propos tel ´notre série a été commandée par la CBC TV pour un public parlant anglais' tient d'une hypocrisie crasse. Autant dire que la série a été concue à l'intention d'un public anglophone ignorant de grands pans de notre histoire et raciste envers les autochtones et les canadiens français, obnubilant au passage l'existence même de Port-Royal. De claironner ainsi une interprétation erronée et viciée de notre histoire dévoile un manque de jugement chez les hauts placés de la CBC. C'est aussi une insulte envers un très grand nombre de nos concitoyens, toutes origines, ethnies, cultures et allégeances confondues,qui sont au faît de l'histoire du Canada.