Un beau 360 autour de la chanson et du microphone

Pour biser la glace, Louis-Jean Cormier reçoit Daniel Lavoie, Fanny Bloom et Patrice Michaud.
Photo: Télé-Québec Pour biser la glace, Louis-Jean Cormier reçoit Daniel Lavoie, Fanny Bloom et Patrice Michaud.

Télé-Québec a coloré sa programmation 2016-2017 aux teintes de la musique québécoise, dans le cadre de ce que la télé publique appelle « L’année de notre chanson ». Parmi les initiatives, notons l’habillage musical des génériques entièrement fait de titres d’ici, la diffusion de l’émission Félix dans la mémoire longtemps ainsi que la création et la diffusion du documentaire La musique à tout prix, coanimé par Ariane Moffatt et Louis-Jean Cormier.

 

L’émission originale Microphone, menée par le même Cormier, s’inscrit également dans cette démarche de mise en valeur de nos musiciens. Et, disons-le d’emblée, elle est peut-être à ce jour la plongée la plus concrète, la plus vraie et la plus efficace dans le monde de la création de l’initiative de Télé-Québec.

 

Au dire même de Louis-Jean Cormier, avec Microphone, « on est très, très loin de ce qu’on est habitué de voir à la télévision en vari-étés, c’est-à-dire des rayons lasers, des artifices, des chaises qui tournent... Ce n’est pas ça du tout ». Disons que l’ancien jury de La voix est plutôt bien placé pour en parler...

 
Photo: Télé-Québec Louis-Jean Cormier joue en quelque sorte le rôle de chef d’orchestre et d’animateur.

Chacun des quatre épisodes d’une heure rassemble trois musiciens, parfois venus d’époques ou d’univers différents, parfois issus de sphères plus cohérentes.

 

Le premier épisode rassemble par exemple Patrice Michaud, Fanny Bloom et Daniel Lavoie. Le second met en vedette Vincent Vallières, Marie-Pierre Arthur et Fred Fortin, alors que le troisième unira Marjo, Alex Nevsky et Yann Perreau. La finale de cette courte saison de Microphone mettra en scène Dumas, Laurence Jalbert et Karim Ouellet.

 

Au centre de tout ce beau monde se retrouve donc Louis-Jean Cormier, qui joue en quelque sorte le rôle de chef d’orchestre et d’animateur. «Meneur » serait peut-être le mot le plus précis, car la structure de Microphone est plus du type documentaire.

 

Le téléspectateur se fera espion d’un processus musical en deux étapes. D’un côté, il y a le studio, et de l’autre, la scène. Dans les coulisses, on assiste à la rencontre des différents musiciens, à leurs discussions, leurs confessions. On les voit aussi et surtout créer ensemble des versions revampées de certaines de leurs oeuvres.

 

Certains segments nous font découvrir leurs trouvailles musicales du moment ou le sens profond d’une de leurs chansons. Dans le premier épisode, que Le Devoir a pu visionner, on peut par exemple voir Daniel Lavoie parler des racines de Qui sait et de Je voudrais voir New York et Fanny Bloom émue à l’écoute du dernier disque d’Amylie.

 

Et il y a la scène, puisque toutes ces répétitions sont faites en prévision d’un spectacle, filmé devant public à l’Olympia. Le titre Microphone prend ici tout son sens, car les musiciens invités seront debout devant un de ces vieux micros rétro qui captent tout autour d’eux, les voix comme les instruments.

 

Louis-Jean Cormier résume l’approche musicale en deux mots : intemporelle et naturelle. « On a une instrumentation qui est fixée dans le temps, avec un feeling Retour vers le futur, avec un piano acoustique, une contrebasse, une batterie. Un peu comme la Féerie dansante des sirènes ! » dit l’auteur-compositeur-interprète sur le ton de la rigolade.

 

Au tournage, racontait Cormier, la plupart des artistes « oubliaient que c’était un show télé. Avec le gros micro, le fait qu’il n’y a pas d’[écouteurs] in-ear, presque pas de moniteur, ça fait une espèce de communion, on oublie qu’il y a des kodaks ».

 

Au menu musical : les pièces fortes des invités, mais aussi des nouveautés. Daniel Lavoie s’est entre autres prêté au jeu, rodant pour la première fois sur scène une de ses pièces.

 

Côté réalisation et caméra, Microphone pèche un peu par excès de changement de centre d’attention et bascule souvent entre le noir et blanc et la couleur, parfois à raison, parfois pas. Aussi, l’utilisation sur scène d’ampoules à filament pour décorer et éclairer l’Olympia est en harmonie avec l’approche musicale, mais manque d’originalité. On a entre autres vu cette approche dans la série musicale Arrière-scène, diffusée à TFO.

 

On a beau chipoter, Microphone reste une émission au contenu important, et trop rarement offert à la télévision. Alors que les émissions mettant en vedette nos professionnels de la chanson ont presque toutes disparu au fil des ans au profit du talent amateur, cette proposition de Télé-Québec apparaît essentielle. Non seulement on s’amuse en la regardant, mais on en apprend aussi sur la musique et les musiciens. Sur les bons et les mauvais côtés du métier. Avec comme conséquences fort positives une mise en valeur du travail fait au Québec et un regard sur le fond et la forme.

 

« On arrive à faire un beau 360 autour de la chanson et du microphone », résumait Louis-Jean Cormier.

Microphone

Télé-Québec, les jeudis 5, 12, 19 et 26 janvier, 20 h. En reprise le dimanche, 20 h et le lundi, 21 h.