Danse - Fascinant et déconcertant Naharin
Énigmatiques, belles et impertinentes à souhait, les trois pièces qui composent Visite impromptue d'Ohad Naharin concluent la saison des Grands Ballets canadiens (GBC) avec panache. Trois ans après Minus One, qui a séduit public et critique, on tombe donc encore sous le charme des oeuvres du chorégraphe israélien Ohad Naharin.
Derrière l'excentricité et la grandeur des chorégraphies se cachent à la fois une ode et un pied de nez à notre condition humaine. Ce caractère à double tranchant convient parfaitement aux danseurs de la troupe montréalaise, qui livrent une habile performance.
Le programme n'est pas des plus récents puisque Kaamos date de 1995, Arbos remonte à 1989 et Perpetuum, à 1992. Les deux premières oeuvres ont quelque chose de cérémonial, presque spirituel, chacune à sa manière.
À la fois risible et solennel, Kaamos ressemble à l'allégorie d'une société futuriste qui honore dieux et guerriers. Dans le silence et la pénombre, des danseurs affublés de pagnes, de bustiers et de rubans colorés gesticulent tantôt lentement, tantôt de façon acrobatique, par saccades convulsives, suivies d'immobilités. L'un d'entre eux brisera le silence à quelques reprises en courant s'allonger à l'avant-scène pour prononcer des paroles mystérieuses (en anglais).
Derrière eux, alignés en fond de scène et immobiles comme des statues, d'autres danseurs tout de noir vêtus dont le visage seul est inondé de lumière, exécutent ici et là quelques manèges. Rituel guerrier ou divertissement de cour nouvelle manière? Allez savoir. Les pièces de Naharin se dérobent à toute explication. Il suffit de s'y abandonner...
D'une beauté plus austère et pourtant éclatante à sa manière, Arbos touche au sublime, sans être dépourvu d'humour et de lucidité. C'est là toute l'intelligence de Naharin, qui sait jouer de contrastes et de revirements. Aussitôt que le spectateur risque de trop s'émouvoir devant la beauté ou la gravité, une image le surprend, le fait sourire ou se moquer de sa propre espèce.
Par exemple, Arbos s'ouvre sur une dizaine de danseurs immobiles qui s'écroulent soudainement au sol. Puis, habillés de grandes robes qui donnent une ambiance médiévale, ils marchent, se retiennent, se soutiennent, s'accompagnent, entraînant dans leur danse le flottement des tissus aux couleurs chaudes. La gestuelle évoque la prière, la communion, voire la prostration, ce qu'amplifie la musique chorale d'Arvo Pärt. Mais les mouvements simples et enlevants insufflent à l'ensemble une liberté presque insolente. Un rituel répété à l'avant-scène avec un bout de tapis et maintes génuflexions complète le tableau avec délices.
La dernière pièce de la soirée, Perpetuum, est sans doute celle qui a le plus mal vieilli. On évolue ici dans le grotesque et la caricature sur fond de Johann Strauss grinçant. Les danseuses incarnent toutes la même cantatrice échevelée, en mal de talent et d'amour, et les danseurs jouent les pantins de ces dames. Les disques 33 tours volent à travers la scène. Le délire joyeux, l'exubérance théâtrale font sourire. Mais on repassera pour la subtilité! Et que dire de cette scène de lit, parachutée au milieu de la chorégraphie, dans laquelle un couple tantôt s'ébat — ou se bat? Joli, mais curieusement hors contexte. Fascinant et déconcertant Naharin...
Derrière l'excentricité et la grandeur des chorégraphies se cachent à la fois une ode et un pied de nez à notre condition humaine. Ce caractère à double tranchant convient parfaitement aux danseurs de la troupe montréalaise, qui livrent une habile performance.
Le programme n'est pas des plus récents puisque Kaamos date de 1995, Arbos remonte à 1989 et Perpetuum, à 1992. Les deux premières oeuvres ont quelque chose de cérémonial, presque spirituel, chacune à sa manière.
À la fois risible et solennel, Kaamos ressemble à l'allégorie d'une société futuriste qui honore dieux et guerriers. Dans le silence et la pénombre, des danseurs affublés de pagnes, de bustiers et de rubans colorés gesticulent tantôt lentement, tantôt de façon acrobatique, par saccades convulsives, suivies d'immobilités. L'un d'entre eux brisera le silence à quelques reprises en courant s'allonger à l'avant-scène pour prononcer des paroles mystérieuses (en anglais).
Derrière eux, alignés en fond de scène et immobiles comme des statues, d'autres danseurs tout de noir vêtus dont le visage seul est inondé de lumière, exécutent ici et là quelques manèges. Rituel guerrier ou divertissement de cour nouvelle manière? Allez savoir. Les pièces de Naharin se dérobent à toute explication. Il suffit de s'y abandonner...
D'une beauté plus austère et pourtant éclatante à sa manière, Arbos touche au sublime, sans être dépourvu d'humour et de lucidité. C'est là toute l'intelligence de Naharin, qui sait jouer de contrastes et de revirements. Aussitôt que le spectateur risque de trop s'émouvoir devant la beauté ou la gravité, une image le surprend, le fait sourire ou se moquer de sa propre espèce.
Par exemple, Arbos s'ouvre sur une dizaine de danseurs immobiles qui s'écroulent soudainement au sol. Puis, habillés de grandes robes qui donnent une ambiance médiévale, ils marchent, se retiennent, se soutiennent, s'accompagnent, entraînant dans leur danse le flottement des tissus aux couleurs chaudes. La gestuelle évoque la prière, la communion, voire la prostration, ce qu'amplifie la musique chorale d'Arvo Pärt. Mais les mouvements simples et enlevants insufflent à l'ensemble une liberté presque insolente. Un rituel répété à l'avant-scène avec un bout de tapis et maintes génuflexions complète le tableau avec délices.
La dernière pièce de la soirée, Perpetuum, est sans doute celle qui a le plus mal vieilli. On évolue ici dans le grotesque et la caricature sur fond de Johann Strauss grinçant. Les danseuses incarnent toutes la même cantatrice échevelée, en mal de talent et d'amour, et les danseurs jouent les pantins de ces dames. Les disques 33 tours volent à travers la scène. Le délire joyeux, l'exubérance théâtrale font sourire. Mais on repassera pour la subtilité! Et que dire de cette scène de lit, parachutée au milieu de la chorégraphie, dans laquelle un couple tantôt s'ébat — ou se bat? Joli, mais curieusement hors contexte. Fascinant et déconcertant Naharin...
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