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Danse - Aliénation et envol

Frédérique Doyon   10 mars 2005  Danse
La nouvelle création du tandem vancouvéroise, The Holy Body Tattoo se voulait un hommage à la force de résilience de l'être humain. Monumental (du 8 au 12 mars à l'Usine C) se révèle avant tout la démonstration éclatante de l'aliénation dont le citoyen urbain moderne est la proie. La charge est puissante et efficace.

Neuf danseurs vêtus conventionnellement de blanc, noir et gris sont juchés chacun sur un socle. Leurs gestes répétitifs jusqu'à l'abrutissement livrés souvent à l'unisson sur une cadence quasi militaire évoquent l'obsession, les petites anxiétés du quotidien, les tics et une certaine forme de violence latente qui éclatera à quelques reprises. La musique grandiose et obsédante de GodSpeed You! Black Emperor bat la mesure en un crescendo d'intensité.

La pièce emprunte beaucoup à l'esthétique de la vidéo et de la publicité dans sa forme: mouvements saccadés, en arrêts sur image, souvent suggestifs, surcharge auditive. Des phrases, petites réflexions sur les désirs frustrés, les peurs sociales, sont d'ailleurs projetées en fond de scène à la manière de messages publicitaires. Mais dans le fond, la pièce dénonce tout ce à quoi renvoient ces formes: le conformisme, l'obsession du regard de l'autre. La forme séduit, le fond dérange.

Une fois descendus de leur piédestal où ils exhibaient à la fois leur force et leur mal-être, les danseurs s'affrontent, s'accusent, se rejettent et se pardonnent si peu. Trouver la beauté dans l'adversité semble leur seul instinct de résilience. Triste constat. Critique de l'aliénation par sa démonstration, monumental fait mouche, mais s'essouffle un peu dans la répétition des mêmes rengaines.

Scènes d'envol

On se sent certes plus léger en sortant du programme double d'Estelle Clareton à l'Agora de la danse (jusqu'au 12 mars), bien qu'il aborde la solitude inhérente à toute perte. Pour Messieurs, la chorégraphe québécoise s'est livrée à un exercice de style vidéographique, manière de conjuguer son désir de travailler avec 13 interprètes masculins (ce qui aurait été financièrement impossible sur scène) et de s'initier à la technique du montage. Le pari est joliment relevé. Malgré les noirs fréquents entre les scènes qui brisent parfois un peu le rythme, sa vidéo s'avère un bel essai poétique sur l'instinct ludique des hommes et leur insatiable quête d'envol. Elle y fait éloquemment dialoguer ses images.

Au-delà de la superbe performance de l'interprète Anne Plamondon, le solo Dame n'exerce malheureusement pas le même charme poétique que Messieurs. La volubilité gestuelle de la danseuse s'arrime mal à la théâtralité de la chorégraphe, bien que l'une et l'autre, prises séparément atteignent des sommets de virtuosité et d'humour. Et fallait-il forcer un lien entre Messieurs et Dame? Le prologue qui les précède, s'il plonge dans une humeur propice, se révèle aussi un peu superflu.
 
 
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