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Danse - Cabotins fragiles

Frédérique Doyon   11 novembre 2004  Danse
Les Ballets C. de la B. ont certes l'art d'inventer un monde à partir de petits riens. Présenté dans le cadre de Couleurs flamandes, le tout récent bâche du chorégraphe Koen Augustijnen rivalise encore de simplicité inventive, se fait complice d'un public quasiment assis sur la scène et mélange les genres sans prétention: théâtre physique, danse acrobatique, chant musical. Choix tout indiqué pour baptiser la nouvelle Série Cinquième Salle de la Place des Arts.

Quatre danseurs, un haute-contre et un pianiste engagent un curieux corps à corps, où l'intimidation se meut en une bagarre de gamins, qui s'épuise ensuite en une chorégraphie racoleuse. Les persécuteurs se plient soudain aux exigences loufoques du persécuté. Chaque membre de la joyeuse bande finira par vivre son instant de vérité, la mise à nue de sa vulnérabilité. Et, inscrits au coeur de la pièce, les chants pour haute-contre de Purcell s'offrent en contrepoint, comme des petites bulles de réconfort, liant ou relayant les scènes.

L'immense bâche qui sert de décor en recouvre une autre, si bien que l'apparent désordre d'objets hétéroclites qui se cache en dessous ne sera jamais entièrement révélé. Ce jeu de dévoilement/recouvrement se traduit aussi dans la danse. Ainsi, bâche renvoient à ces infinies couches de sens que revêtent nos gestes ou comme la carapace de notre vulnérabilité humaine. La danse un peu disloquée s'offre comme un jeu de blocs en (dé)construction perpétuelle, cède le pas aux acrobaties de cirques révélant tant le déploiement de force que la fragilité humaine qui les sous-tendent.

Toutefois, l'économie de moyens frise par moment le simplisme ou le cliché: la chorégraphie esquissée dont s'écarte un maladroit devient rengaine. Les manifestations de vulnérabilité ne convainquent pas toujours quand chacun s'avance pour livrer son témoignage ou sa confidence, manoeuvre qui sent un peu le réchauffé. Enfin, le cabotinage constructif qui parsème les oeuvres des Ballets C. de la B. prend beaucoup de place et glisse parfois vers de la bouffonnerie pure et simple. Mais certains tableaux subjuguent de poésie délicate et touchante, comme ce duo amour-rejet mi-doux, mi-amer, tango émouvant et original dérivé d'un simple enlacement.

Malgré ces petits bémols, les inconditionnels des Ballets C. de la B. seront ravis de retrouver cette fraîcheur du regard, l'atmosphère de gravité légère et de légèreté grave qui caractérise leur ingénieux travail.
 
 
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