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    Critique danse

    «Trois»: rencontre du troisième type

    24 novembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Karina Champoux et Mark Medrano
    Photo: Marlène Gélineau Payette Karina Champoux et Mark Medrano

    Alors que son solo d’adieu est actuellement en gestation, le chorégraphe Paul-André Fortier propose une avant-dernière pièce taillée sur mesure pour trois interprètes. Fine démonstration du travail de passation effectué par l’artiste et pédagogue chevronné, cette oeuvre de fin de carrière vient clore en beauté cette saison de l’Agora de la danse. De ce tableau abstrait aux phrasés chorégraphiques dynamiques, étoffés et foisonnants, se détache une vision à la fois drôle et pleine d’appréhension quant au corps du futur.

     

    La scène est presque nue. Seule une maquette de cubes blancs posée à l’extrémité de la scène et un tube de néon au fond viennent distraire le regard dans ce paysage sobre. C’est que les trajectoires que tracent les corps dansants suffisent pour habiter et animer l’espace vide. Karina Champoux, en pantalon à pattes d’éléphant, et Mark Medrano, en chemise fleurie, semblent anachroniques dans ce décor minimaliste. En corps à corps, les danseurs cherchent des points d’appui sur l’autre pour se hisser, se propulser, pivoter et provoquer le mouvement : tête sur le creux de la poitrine, coudes contre les épaules, mains sur les hanches, bras sous les aisselles. Le duo s’imbrique en embrassades froides de façon robotique. Ils donnent ainsi le ton à une pièce décalée pour automates tout droit parachutés des années 1970.

     

    Intelligence émotive artificielle

     

    Le visage impassible et le regard inhabité comme un robot humanoïde, Karina Champoux se pose face au public. Entre deux sanglots factices, son visage retrouve sa placidité d’origine. Ces sentiments artificiels qui s’inscrivent à travers la proposition semblent signaler une angoisse quant à la possibilité d’un corps en mutation. Une anxiété vite désamorcée par l’absurde en jeu. Car ces corps mécaniques, comme des robots déficients, finissent par dérailler.

     

    L’absurde se loge dans des chutes à la bascule d’un prototype féminin hoquetant qui ne peut compter sur personne sur scène pour le rattraper, ainsi que ces onomatopées qui viennent prendre le relais de la musique concrète et bruitiste composée par Alexander MacSween et agencée aléatoirement par Jackie Gallant.

     

    Les lucarnes de lumière deviennent d’étranges boîtes à musique, où tour à tour chacun s’illustre avec virtuosité au rythme des bruitages faits à la bouche des deux autres interprètes : grincement, halètement, essoufflement, éreintement, succion, piaillement, rires hilares… Paul-André Fortier pousse le gag jusqu’au ridicule, et les interprètes semblent y prendre un plaisir communicatif, même si le comique de répétition finit par s’épuiser et, par endroits, agacer.

     

    Plus effacé en trio, Naishi Wang — qui avait déjà travaillé in situ avec Fortier sur 15 X la nuit — excelle en solo avec ces figures virtuoses tout en spirales et contorsions jusqu’au sol. En somme, les trois danseurs s’approprient avec brio les phrasés aux axes asymétriques, cette fine et complexe géométrie aux contours aigus ponctuée d’ondulations qui parcourent les poitrines jusqu’aux bras et jambes. Une signature forte que le chorégraphe septuagénaire a su consolider, peaufiner et transmettre au fil de sa carrière d’enseignant. Avec Trois, une page se tourne, mais se réactualise sous nos yeux. Souhaitons à ce legs de perdurer, au moins jusqu’à l’avènement des corps automates du futur.

    Trois
    Une chorégraphie de Paul-André Fortier interprétée par Karina Champoux, Mark Medrano, Naishi Wang. Présenté par l’Agora de la danse, jusqu’au 25 novembre à l’Espace danse du Wilder.












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