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    «Sous la nuit solitaire» – L’enfer, c’est encore les autres

    18 novembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    L’enfer, c’est encore les autres, et nous ne restons qu’à la surface de cette idée, alors qu’on sent pourtant qu’il y a du travail et une recherche.
    Photo: Antoine Quirion-Couture L’enfer, c’est encore les autres, et nous ne restons qu’à la surface de cette idée, alors qu’on sent pourtant qu’il y a du travail et une recherche.

    Cette saison, un certain nombre de pièces reflétant l’impression d’un monde au bord du précipice se sont illustrées sur les scènes en danse. Que ce soit chez Hofesh Shechter, chez Marie Chouinard ou chez Andrew Skeels, l’enfer sur terre se décline sur divers tons et convoque sur scène autant des archétypes que des figures de migrants et de civils emportés par les conflits armés. C’est au tour d’Estelle Clareton et Olivier Kemeid de nous livrer leur propre vision de l’enfer au théâtre de Quat’sous, en s’inspirant de Dante et de son texte fondateur, la Divine comédie, tout en faisant écho à la précarité de nos enfers modernes.

     

    La chorégraphe et le dramaturge ont puisé l’imagerie de Sous la nuit solitaire dans les gravures de Gustave Doré. Dans cette pièce non verbale et mouvementée, danseurs et acteurs forment un groupe cohérent. Ici, il ne faudra pas trop chercher le théâtre. Les créateurs misent plutôt sur la théâtralité de la danse, la dramaturgie (au sens théâtral du terme) restant très discrète. Des citations en fond de scène tirées du texte de Dante viennent étoffer les séquences dansées. On s’y raccroche, sans qu’elles viennent trop commenter la danse ou que la danse essaie trop de les illustrer.

     

    Les décors modernes et minimaux signés Romain Fabre se composent de parois blanches asymétriques à angles aigus. Le septuor y apparaît d’abord immobile. Les regards sont frontaux puis, dans une lente marche, s’approchent au fur et à mesure du bord de la scène. Et soudain, un son brutal. Les corps, en alerte, se figent en figures de Guernica, bras tendus vers le ciel, gestes de protection et écrasements contre le sol. La chorégraphie s’articule en basculements, en chutes, en corps qui roulent, rampent et se redressent avant de rentrer dans le rang d’une marche de procession. On trouvera dans le tissu chorégraphique une série d’archétypes fantasmagoriques : une bacchante vorace, un trio de gorgones, un satyre violant tout ce qui bouge sur son passage, une pietà et des monstres aux têtes de sacs-poubelle.

     

    Lourdeur et redites

     

    Le duo Nicolas Patry et Esther Rousseau-Morin, que la passion pousse à s’entredévorer, reconvoque la dynamique amour-haine, cliché d’une danse contemporaine qui agace. Mais, après tout, pour certains, c’est peut-être aussi ça, l’enfer.

     

    Alors que les danseurs se lancent dans des luttes et duels acharnés, est-ce pécher que de ne pas avoir d’empathie pour ces personnages qui se malmènent sur scène ? En dépeignant la violence du monde par l’incarnation de la violence et de la souffrance, parfois avec affliction, dans un environnement précaire — sans toutefois creuser l’état assez loin pour qu’on y croie —, la proposition dégage une certaine lourdeur et des redites. La courte pièce ne s’accorde que trop peu de temps morts, et on a tendance à étouffer sous l’omniprésence de la bande sonore d’Éric Forget, qui surligne l’effet d’anxiété. En résulte malheureusement un certain détachement devant ce qui se joue sur scène, bien que le septuor soit totalement investi, s’abandonne à une fluidité et se donne dans la chorégraphie.

     

    En somme, sous la nuit, rien de nouveau. L’enfer, c’est encore les autres, et nous ne restons qu’à la surface de cette idée, alors qu’on sent pourtant qu’il y a du travail et une recherche. Mais sur ce vertige d’un monde au bord du précipice et sa descente aux enfers, il faut dire qu’on a vu plus convaincant ailleurs cet automne.

    Sous la nuit solitaire
    Création d’Estelle Clareton et Olivier Kemeid inspirée de l’ de Dante. Avec Larissa Corriveau, Renaud Lacelle-Bourdon, Esther Rousseau-Morin, Nicolas Patry, Ève Pressault, Éric Robidoux et Mark Eden-Towle. Une coproduction des Trois Tristes Tigres et de Créations Estelle Clareton, en codiffusion avec le théâtre de Quat’sous. Jusqu’au 2 décembre 2017 au théâtre de Quat’Sous.












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