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    Critique danse

    «Flicker»: voyage initiatique et épreuve du langage

    15 novembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    L’une des principales préoccupations de la compagnie Dancers of Damelahamid est la transmission et la préservation d’un patrimoine dansé.
    Photo: Derek Dix L’une des principales préoccupations de la compagnie Dancers of Damelahamid est la transmission et la préservation d’un patrimoine dansé.

    Compagnie autochtone familiale, il y a chez Dancers of Damelahamid à la fois une urgence de transmission de la danse et des pratiques artistiques traditionnelles de culture gitksan — Première Nation de Colombie-Britannique — et un objectif holistique qui sous-tend la création scénique. Pour sa première venue à Montréal, la troupe dirigée par la chorégraphe et danseuse Margaret Grenier propose une pièce narrative contant le voyage initiatique d’un jeune homme (interprété par Nigel Grenier) en errance à travers des paysages naturels peuplés d’esprits. Dans la destinée de cet individu et son cheminement semé d’embûches se lit la métaphore collective d’un peuple éprouvé cherchant à persister en reconnectant avec des forces spirituelles pour le guider.

     

    Dans un dispositif scénique à l’italienne et une scénographie intégrant des projections vidéo sur un triptyque en fond de scène, on découvre des danses prenant leur source dans des traditions autochtones diverses. De tableau en tableau, on reconnaîtra surtout les danses de pow wow, avec ces sauts et jeux de jambes en croisé et décroisé en rythme avec des percussions régulières. On discernera aussi des danses mimétiques intrinsèquement liées à la nature et agrémentées de graphismes animaliers de la côte nord-ouest. Sur scène, Margaret Grenier et ses interprètes féminines en tuniques rouges incarnent tour à tour la figure du pic-bois. Des mouvements vifs de la tête, des pas qui se déplient avec délicatesse sur le sol, des bras comme des ailes déployées, des mains qui symbolisent des becs d’oiseau et des courses dans l’espace dessinant des trajectoires courbes forment une séquence dansée qui revient avec insistance comme un leitmotiv au long de la pièce.

     

    Barrière de la langue et décalage des codes

     

    Même si la danse peut être perçue comme un langage universel, sans sous-titrage, on n’accède malheureusement pas à un pan de la poésie de la pièce. Un manque d’autant plus crucial quand la pièce se veut narrative. Ainsi, les chants des interprètes aux allures de berceuses soutenant à plusieurs reprises la danse et les fragments de texte enregistrés qui résonnent entre les tableaux restent opaques pour qui ne connaît pas la langue gitksan et crie. Pour cette raison, une certaine distance non volontaire s’installe face à l’aventure du personnage qui culmine jusqu’à sa métamorphose.

     

    Les codes de représentations des danses traditionnelles autochtones et leurs évolutions ne nous étant pas familiers, avec notre regard blanc, il sera difficile de cerner ce qu’il y a de contemporain dans Flicker, hormis la scénographie dans laquelle Margaret Grenier pose la chorégraphie. L’une des principales préoccupations de la compagnie étant la transmission et la préservation d’un patrimoine dansé, le contemporain, à l’inverse, suppose une déconstruction des codes traditionnels et surtout un certain rejet d’une linéarité narrative.

     

    On comprendra bien l’urgence qui habite Dancers of Damelahamid à faire persister ses danses et pratiques artistiques, à continuer à les faire vivre et vibrer dans le monde actuel pour qu’elles ne disparaissent pas. Mais il y a une contradiction, ou du moins un décalage, qui donne lieu de s’interroger dans cette intention de la chorégraphe de lier le traditionnel au contemporain, alors que la pièce embrasse la narrativité. D’autant plus que l’ancrage dans les traditions n’enlève rien en qualité à ces danses des masques et de costumes à la facture artisanale. Le fait de se tourner vers le passé pour puiser matière n’empêche en rien la possibilité d’innover, alors que la tradition se trouve réactualiser. Ainsi elle perdure, continue d’évoluer et se transmet. En cela Flicker reste un bon exemple.

    Flicker
    Une chorégraphie de Margaret Grenier (Dancers of Damelahamid) avec Margaret Grenier, Nigel Grenier, Kristy Janvier, Rebecca Baker, Jeanette Kotowich ; une co-présentation de Danse Danse et Montréal, arts interculturels (MAI), du 14 au 18 novembre à la Cinquième Salle de la Place des Arts.












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