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    «Major Motion Picture»: l’art du remix cinématographique

    11 novembre 2017 | Mélanie Carpentier - Collaboratrice | Danse
    Ce qui ressort en premier lieu de «Major Motion Picture», pièce ludique à la dramaturgie divertissante et à la scénographie léchée, est un hommage au cinéma de genre.
    Photo: Michelle Doucette Ce qui ressort en premier lieu de «Major Motion Picture», pièce ludique à la dramaturgie divertissante et à la scénographie léchée, est un hommage au cinéma de genre.

    En provenance de Vancouver, le duo Tiffany Tregarthen et David Raymond s’inscrit dans le sillage des pièces narratives de leur compatriote et mentor Crystal Pite (Kidd Pivot). Une approche qu’on voit rarement chez nos chorégraphes québécois, mais assez populaire en Colombie-Britannique, où l’influence de la chorégraphe est notable, comme ne manquait pas de le souligner le critique de danse Philip Szporer lors d’une discussion post-spectacle ce jeudi soir à l’Agora.

     

    Ce qui ressort en premier lieu de Major Motion Picture, pièce ludique à la dramaturgie divertissante et à la scénographie léchée, est un hommage au cinéma de genre. Des références facilement identifiables et réjouissantes pour les cinéphiles traversent la proposition, qui reprend à son compte une panoplie de codes filmiques. Mais si les chorégraphes entendaient timidement porter une critique sur les thèmes de propagande et de surveillance, c’est pourtant le spectaculaire qui l’emporte dans cette pièce hyperénergétique et chorégraphiée au quart de tour.

     

    D’entrée de jeu, l’attention se focalise sur la voix de Renée Sigouin, qui invite le spectateur à plonger dans l’univers qui s’offre à nous. Un message répétitif qui nous félicite et nous martèle d’une voix douce qu’on est à notre service. Sous les projecteurs mouvants, les sept danseurs font leur apparition. Les silhouettes noires se fondent et se détachent de l’obscurité, forment des chaînes humaines aux portées habiles (très Crystal Pite). La création en collectif se discerne dans ces chorégraphies virtuoses dont les mouvements entrelacent le vocabulaire de la danse contemporaine avec les figures véloces du breakdance et des touches d’arts martiaux.

     

    Une drôle de caméra-gadget télécommandée, oeil absolu suspendu à l’avant-scène, capte les mouvements des danseurs et du public en direct et les projette en fond de scène. Des caméras placées aux quatre coins de la scène permettent aux interprètes — personnages pris en flagrant délit — d’aller jouer jusque dans les coulisses. La vidéographie bellement intégrée évoque tantôt les écrans de surveillance, tantôt les films expérimentaux avec ces effets stroboscopiques et esthétiques qui décortiquent les mouvements au ralenti.

     

    La musique à suspense entretient une tension et devient matière à chorégraphie, tandis que les ingénieuses et dynamiques lumières de James Proodfoot balaient la scène. Elles agrémentent les pantomimes des films muets, participent à générer l’angoisse des films noirs et appuient les courses folles, les chasses à l’homme et les affrontements des films d’action.

     

    Une portée critique éclipsée par le spectaculaire

     

    Les références cinématographiques éclectiques amusent et participent à créer une magie en scène, tout comme le cinéma sait si bien le faire à l’écran. À vive allure, la pièce vogue de l’expressionnisme façon M le maudit — avec ce manteau extralarge qui flotte et avale des proies sur son passage — jusqu’aux affrontements des héros des productions Marvel. Les interprètes s’amusent avec le manichéisme (les bons vs les méchants) des films mainstream en offrant des caricatures de film de ninjas avec ces figures cagoulées aux uniformes bariolés, trouble-fête qu’on croirait sortis des murales de Banksy.

     

    On sait que les sept danseurs se sont inspirés du Pervert’s Guide to Ideology de Slavoj Zizek, où le philosophe iconoclaste propose une lecture des symboles et des sens cachés dans les films hollywoodiens, et démontre comment y opère une certaine propagande. Le sous-texte critique quant à la propagande et la surveillance dans Major Motion Picture reste foncièrement secondaire, si ce n’est effacé. Cette dimension apparaît plutôt comme un message à déchiffrer dans ces images d’une menace non identifiée et polymorphe planant sur les personnages au long de la pièce. Ces thèmes restent abordés sur un ton léger et avec humour — à l’instar de Zizek, pourrait-on avancer —, mais au risque de se voir éclipsés par le spectaculaire en scène. Dès lors, pour parvenir à saisir cette portée critique, au-delà du divertissement, il faudra tirer l’analyse par les cheveux.

    Major Motion Picture
    Une chorégraphie de David Raymond et Tiffany Tregarthen (Out Innerspace). Présentée par l’Agora de la danse jusqu’au 11 novembre à l’Espace Danse du Wilder.












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